| | | Ma première diagonale des fous, Yoz, 2009 | |
| | Auteur | Message |
|---|
boyerjhugues Soyez sympa, je suis un nouveau membre !!

Nombre de messages: 4 Age: 46 Localisation: normandie
Infos/Résultats Niveau: VMA: Proch. course:
 | Sujet: Re: Ma première diagonale des fous, Yoz, 2009 Lun 16 Nov - 20:31 | |
| BRAVO YOZ DE L EMOTION ET UN OBJECTIF DEPASSE ,J'ESPERE CONNAITRE LA MEME CHOSE QUE TOI EN 2010 | Yoz a écrit: | 1. Le projet et la préparation :
Cela fait bientôt 4 ans que nous vivons à la Réunion, et bientôt 4 ans que l’idée de prendre le départ de cette fameuse « Diagonale des Fous » me trotte dans la tête. J’ai déjà fait un marathon, plusieurs semi, et beaucoup de randonnées sportives, mais les courses de trail, et encore plus celles d’ultra trail, sont une nouveauté pour moi. Mais pour se préparer à une telle épreuve, il faut du temps bien sur, et la venue de notre petit Txomin le 1er Novembre 2007 m’ a fait repousser le moment de mon inscription.
Grâce à Ludo mon mari, qui accepte de faire des concessions, de rester avec Txomin alors que je fais mes sorties d’entraînement, de venir me récupérer à la fin d’une reco à plusieurs heures de voiture de là, je me lance dans la préparation « grand raid ». Puis vient le jour du tirage au sort pour nous autres Réunionnais et là quelle déception, je ne suis pas dans la liste des retenus… Je me dis alors que c’est peut-être mieux comme ça, et que je dois me focaliser sur le semi, oubien laisser tomber, ces courses ne sont pas pour moi…
Et finalement, le sort me donne une dernière chance et je croise la route d’un des organisateurs du Grand Raid qui me propose une place parmi les fous… C’est reparti, on reprend l’entraînement !
Le 20 Juin 2009, 1ère expérience en course de trail long, l’Arc en Ciel (62km, 3500m de déniv.+), superbe, pour laquelle je passe la ligne d’arrivée en 12h50, en bon état général , et heureuse.
Puis les entraînements se font plus sérieux, lorsque Ludo n’est pas là, je cours avec mon fils dans la poussette 3 roues, je m’organise des sorties en montagne plus ou moins longues, pour lesquelles je pars seule avec mon chien, départ très tôt à la frontale pour m’habituer à marcher de nuit… Mes participations aux reconnaissances du parcours avec l’asso Promo Run (un bus qui passe dans la nuit nous prendre devant chez nous, et nous récupère à la fin de la reco) me permet de me familiariser avec l’itinéraire, les principales difficultés attendues, et surtout de rencontrer d’autres raiders motivés, sympas, et pleins de bons conseils.
Je lis des magazines spécialisés dans le trail, je traîne mes savates dans les boutiques de sports de l’Ile, je discute sur le forum afin de me mettre dans le bain, et de peaufiner ma préparation matérielle, physique et mentale pour le raid. Je suis en pleine forme, les entrainements se passent bien, le Grand Raid devient peu à peu mon obsession, et mon mari n’en peut plus de ne m’entendre parler que de ça à longueur de journée !!!
Pourtant, plus le jour J approche, et plus je doute de mes capacités à accomplir une telle épreuve, une série d'angine-rhino-bronchite me tombant dessus dans la dernière quinzaine... Cependant, ce jeudi là, jour du départ le mental est au top, et je veux y croire.
2. Le départ :
Le départ est prévu à St Philippe à minuit dans la nuit de jeudi à vendredi. Ludo et Txomin m'accompagnent au point de passage de la navette qui vient du nord et amène les fous au départ. C'est rigolo de voir ces raideurs arriver de tous côtés et s'installer pour attendre le bus, seuls ou en groupes, concentrés ou blaguant.
Après 1/2h d'attente (j'essaie d'en profiter pour me reposer, assise la tête sur les bras), un cortège de bus arrive enfin, l'inscription "Grand Raid" affichée sur les pare brises. Les proches acclament leurs sportifs, les voitures qui nous croisent klaxonnent pour nous encourager, les "rendez-vous à la Redoute!" fusent de toutes parts. Je tente à nouveau de me reposer, voire de trouver le sommeil car je sais que la (les) nuits prochaines seront longues... Le silence s'est imposé dans le bus, lorsqu'une pluie battante se met à fouetter les vitres, de plus en plus abondante au fur et à mesure que l'on approche de St Philippe...
A quelques kilomètres du départ, nous sommes pris dans les bouchons, sous la pluie toujours, et la tension semble croissante.
Vers 22h30 enfin, le bus ouvre ses portes, et nous rejoignons à pieds le stade de Cap Méchant, illuminé sous la pluie et résonnant de musiques et percussions.
Premier pointage, et vérification du matériel obligatoire dans les sacs. Je n’ai qu’une bande de contention alors que deux sont demandées, j’explique qu’il suffit que je la divise en 2 pour être en règle, et on me laisse finalement passer ! Un bon café et une chocolatine, et je vais m'asseoir à l'abri de la pluie devant la ligne de départ afin d'être assez bien placée pour démarrer dans la foule. Cracheur de feu, danseuses, encouragements de Marcelle Puy qui ne courra pas cette année, et on nous fait avancer sur la ligne, sous une pluie qui redouble de force. Encore 1/2h d'attente debout là, l'eau s'est déjà infiltrée partout avant même de démarrer...
Enfin, les "locomotives" sont lancées (les "fous" champions, qui ont terminé dans les 20 premiers l'année passées) et la horde de grand-raiders, véritable marée humaine, s’immisce dans les rues de St Philippe, acclamée par une foule trempée.
3. La montée vers le Volcan :
Il pleut, il pleut, ça n'en finit pas, l'eau ruisselle de partout, on dirait que l'on court dans un torrent! J'essaie de garder un bon rythme sans me mettre dans le rouge, afin de passer avant les bouchons qui se forment à partir du kiosque de Basse Vallée.
Le rythme reste gérable, et la horde de coureurs s’étale peu à peu, même si il reste du monde et que les bousculades sont incessantes. Je fixe ma foulée sur celle d’un raideur au parapluie (!!!) facilement repérable et qui me semble avoir un rythme compatible avec ce qu’il me faut tenir. Je discute avec un Béarnais sympa, qui tente la Diagonale pour la 1ère fois, après avoir participé en Août au semi-Raid des Pyrénées. Le temps passe plus vite quand on parle, et après 2h et quelques minutes de montée rapide sur la piste forestière, on atteint le 1er ravitaillement. La pluie s’est calmée. Je ne m’arrête pas car je sais qu’arrive le sentier raide et étroit de la montée vers Foc-Foc, et que j’aurai le temps d’y reprendre mon souffle dans les bouchons…
En fait, il ne s’agira que de légers ralentissements, me permettant de ne pas trop forcer tout en gardant une assez bonne cadence. Certains raiders impolis ne trouvent rien de mieux à faire que de doubler lorsque des bouchons se forment devant un passage difficile,bousculant tout le monde, et ne gagnant à mon avis que quelques secondes… Les 1ers déchets apparaissent aussi malheureusement sur les bords du sentier.. Ce comportement me dépasse complètement, comment peut-on être aussi irrespectueux de la Nature dans un cadre si parfait… ….
Enfin, arrivée sur Foc-Foc, les premières lueurs du jour apparaissent sur les sommets, c’est magique. Il fait frais mais comme il n’y a pas de vent, c’est tout à fait supportable, et nous savons que le Volcan n’est plus loin ! Je me sens en bonne forme, pas de douleur, mais je sais que la route et encore longue et je ne veux pas me griller..
La Plaine des Sables !!!!! Une bonne soupe, un régal, bien chaude et bien salée, c’est fou comme des choses simples et futiles en temps normal prennent une toute autre saveur en d’autres circonstances !
Après quelques minutes au poste, les encouragements d’amies qui y font l’assistance, je repars vers l’oratoire Ste Thérèse et le Piton Textor.
4. Vers Mare à Boue :
J’ai de l’avance sur le temps que j’avais prévu, et je sais que je dois retrouver Ludo et Txomin au prochain pointage à Mare à Boue. Je marche d’un bon pas. Je discute avec un raider malgache, qui me parle d’une course de montagne dans son pays : 100km pour… 200m de dénivelé positif !!!! Oui, la Réunion, c’est différent ! Ils sont une vingtaine à être venus ensemble de Mada pour participer au Raid. Agréable rencontre. Je le quitte au début de montée, il me dit que je suis une bonne grimpeuse, merci !
L’Oratoire Ste Thérèse passé, enfin la descente vers Mare à boue. D’abord minérale, puis végétale sur un tapis d’herbe et de terre au milieu des vaches qui nous regardent. Chouette, le terrain est sec, je craignais ce passage car lors de ma reco on avait de la boue jusqu’au genoux !
Arrivée à Mare à Boue, 50km sont passés, il est 10h et quart.
Je tourne en rond pendant une bonne demi heure, à chercher mon fils et mon mari qui doivent m’apporter quelques affaires, et qui ont été obligés de se garer à perpet à cause du monde ! Je sens alors la fatigue déjà bien présente, et le fait de devoir marcher à contre sens du flot de raiders me donne envie de pleurer. « Que fais-tu ? » me demandent les autres coureurs en me voyant aller dans le mauvais sens. « Je cherche mon mari et mon fils ! ».
Je les retrouve enfin, et je m’arrête sur le bord du chemin pour changer de chaussettes, remplir mon camel back de Cilaos, manger des fraises tagada avec mon fils ( !), et je les laisse déjà repartir car une pluie fine s’est remise à tomber, j’ai peur que Txomin n’ai froid.

Merci mes hommes, c’était rapide, je suis désolée, mais je dois repartir, j’ai perdu beaucoup de temps. Je pointe au poste, et je n’ai pas la patience de faire la queue pour avoir une part de poulet grillé, je repars vers Kerveguen…
5. De Mare à Boue à la Caverne Dufour :
Me voilà lancée sur la seule portion du Grand Raid que je ne connais pas. Je me dis que ça ne doit pas être trop trop long…. Quelle désillusion !!! Ca monte, ça monte, d’abord plutôt doucement, puis de plus en plus raide. Le sentier devient glissant, des racines et des pierres viennent nous entraver et casser notre souffle. On est à nouveau en file indienne, certains s’arrêtant souffler ou étirer leurs muscles sur le bord du chemin. Soudain j’entends un hurlement « ATTENTION!!!!!!!!!!!!!! » derrière moi. Je me retourne et j’ai juste le temps de voir un raider disparaître dans le ravin !!!! Quelle frayeur, mais heureusement il s’est arrêté juste plus bas dans des branches. On l’aide à sortir, tout tremblant. Ouf, ça aurait pu être bien plus grave….
On repart, j’ai de plus en plus de mal à monter, et ça n’en finit pas. Le brouillard s’est levé et on ne voit plus très loin, alors j’imagine chaque fois que le prochain poste est juste là, mais une nouvelle montée humide dans les rochers se dresse devant moi. Mes quadriceps se durcissent et je n’arrive plus à monter mes jambes. Je craque, je stoppe au bord du sentier quelques minutes. L’idée d’abandonner me passe par la tête, mais je la chasse immédiatement. Il faut continuer ti pas ti pas, jusqu’au poste de la Caverne Dufour… Après c’est la descente du Piton des Neiges que je connais bien pour l’avoir faite plusieurs fois en courant. Puis Cilaos où je pourrais manger, me doucher, et dormir un peu… Après ça seulement, je pourrai y réfléchir à nouveau…
Il fait froid, j’ai mal, mais je lutte pour avancer peu à peu. Je me fais doubler régulièrement, c’est pas bon pour le moral ! Certains sont impressionnants, courant presque dans les montées, sautant de rochers en rochers !!!
Enfin !!!!! Le croisement pour le gîte de la Caverne Dufour est là !!!!!!! !!!!!! Une bonne soupe, et je demande à voir le médecin du poste d’assistance, que je connais bien et à qui j’avais promis de passer dire bonjour. Il me trouve en forme, ce qui me redonne un peu le moral, et me propose un café, et de me faire masser au chaud dans la tente du service médical. Quel traitement de faveur ! Le massage des quadriceps me fait beaucoup de bien, et j’apprend que les principaux pépins médicaux ont été un arrêt cardiaque à Foc-Foc (réanimé et évacué en hélico) et des chutes dans des ravins (fractures.). Avec le mauvais temps qui s’est levé, les hélicos ne peuvent plus effectuer les évacuations des blessés qui attendent aux différents postes de secours..
Merci François, je repars déjà car j’espère dormir un peu à Cilaos, et que je suis gelée.
6. Cilaos :
C’est parti pour la descente vers le Bloc et Cilaos. J’aime bien cette portion, contrairement à beaucoup d’autres raiders. Je dépasse plusieurs dizaines de coureurs, malgré quelques glissades sur la piste.
En moins d’une heure et demi, je suis au Bloc. Je mange quelques bricoles et je repars en marchant sur la route, direction le stade de Cilaos. Un cafre avec qui j’avais discuté et que j'avais croisé à plusieurs reprises arrive en trottinant à mon niveau et m’encourage à courir avec lui jusqu’au poste. « Ah non, le goudron me fait trop mal aux jambes, et je commence à avoir mal au tendon d’Achille! » je lui répond. En fait, je me lance quand même, et je suis étonnée de la facilité avec laquelle on avance, tout en blaguant et dépassant ceux qui marchent. Arrivés dans Cilaos tous sourires, ensemble, sous la pluie. Je le remercie, et il repart aussi sec car son assistance perso l’attend à Marla où il compte dormir un peu.
De mon côté, je récupère mon sac d’assistance et part me doucher. Ca fait du bien !!!! Puis poulet grillé-pâtes, délicieux je n’en avais jamais mangé d’aussi bon. Finalement, je ne vais pas me faire masser les jambes, mais plutôt essayer de dormir quelques heures dans une des tentes de l’armée, sur un lit picot. On se donne rendez vous au pointage de départ à 21h avec une autre raideuse (un peu peur de faire la portion de Bras Rouge seules à la frontale, le sentier est dangereux !). Je me couche à 19h et règle mon réveil sur 20h45. Beaucoup d’affaires sont trempées, il pleut toujours et l’eau s’infiltre sur le sol de la tente. Pas moyen de m’endormir la 1ère demi heure, des va-et-vient incessants, des coureurs qui vident et remplissent leurs sacs dans un bruit insupportable de poches plastiques… Puis enfin le calme. 1h30 de sommeil réparateur, et me voilà de nouveau sur pieds, prête à affronter la suite…
7. De Cilaos à Marla :
Je craignais d’être seule sur cette portion, et nous voilà une dizaine à nous suivre sur le sentier vers la cascade de Bras Rouge. J’ai même retrouvé une amie des reco, qui repart à peine arrivée sur Cilaos ! Chapeau, moi je suis douchée et reposée.
La descente va bien, mais je crains la remontée vers le Taïbit, car mes jambes ont bien souffert dans le coin du Kerveguen… Finalement, notre wagon de raideurs a un rythme qui me convient bien, pas trop rapide mais soutenu quand même.
Arrivés au poste du pied du Taïbit, je prends une soupe et je repars, car je sais que la montée va être rude, et je n’ai plus assez de jambe pour aller vite. Un pied devant l’autre, doucement, j’avance peu à peu. Je dépasse quelques marcheurs épuisés ou nauséeux, qui ne peuvent plus avancer, d’autres me dépassent rapidement. J’atteins l’Ilet les 3 Salazes dans la musique, où on nous offre des tisanes maison, dont la fameuse « ascenseur » qui doit nous aider à aller jusqu’au col du Taïbit !!! Merci les gars, c’est super ce que vous faites !!!!!
Pas de temps à perdre, je préfère continuer doucement. Chaque fois que je lève la tête je vois la file de lumières des raideurs devant moi qui s’élève…. Ohlàlà, ça ne s’arrête jamais de monter !!! J’ai mal aux jambe, plus de ju, je suis fatiguée.
Mais enfin, le col est atteint ! Mon moral est remonté, ça y est, Mafate, me voilà ! Je me lance dans la descente raide vers l’Ilet, d’où s’élèvent rapidement musique et lumière. Je distingue de moins en moins bien le sentier et ses pièges, et je suis forcée de m’arrêter pour changer les piles de ma frontale. Ouf, ça va quand même beaucoup mieux quand on y voit clair !
Il est 2h12, et l’arrivée à Marla est étrange : des dizaines de couvertures de survie dispersées par ci par là sur le sol glacé, des gens au visage fatigué qui errent autour, des blessés au poste médical… Je m’assied manger une assiette de pâtes chaudes, il fait très froid. Un raider me regarde manger d’un air dépité. « Tu arrives à manger toi ? Tu as de la chance, je ne peux rien avaler.. » et il regarde tristement son assiette déjà froide sur ses genoux…
Il fait froid ici, et je me dis que mes quelques heures de sommeil à Cilaos doivent me permettre de continuer. J’attend que quelqu’un reparte pour lui emboîter le pas et ne pas me retrouver seule sur les sentiers noirs de Mafate.
9. La nuit dans Mafate : entre Marla et Roche Plate :
Cette partie est la plus étrange et irréelle. Je me retrouve seule sur le sentier, dans la nuit noire, éclairée par la seule lueur de ma frontale. Je regarde de temps à autre devant ou derrière moi, et j’aperçois à mon grand soulagement une ou deux lumières signant la présence de raiders à moyenne distance. Soudain, 2 silhouettes se dressent devant moi : pointage surprise ! On me colle une vignette verte sur mon dossard, et je repars dans le noir… Ca alors, ils passent 2 jours et 2 nuits à cet endroit du sentier ? Dans le froid ? A coller des vignettes ???
Je progresse toujours peu à peu, et ma vision devient un peu floue. Un sentiment d’irréalité me tombe dessus, je perd la notion du temps, je ne sais plus trop où je suis et je ne reconnais plus les sentiers que j’avais pourtant déjà repérés. Je relève la tête et je suis alors étonnée de voir en face de moi des dizaines de lumières qui émettent un gros halo tout autour. Je regarde le sol et je lève à nouveau la tête et là je prend peur.. Est-ce que c’est réel ? Les lumières sont devenues des spots qui tournent en tout sens et éclairent à la façon des hélico militaires qui effectuent des recherches… Puis un spot semble venir d’en haut et je distingue une silhouette humaine, comme dans un concert de rock. Je me demande si ce que je vois est possible, et les lumières se modifient alors, devenant des points blancs régulièrement espacés qui glissent vers la droite… J’hésite à m’arrêter pour attendre qu’un autre raider me rejoigne et me dise si il voit la même chose que moi, mais finalement je décide de continuer en ne regardant que le sol car ces visions me font peur.
Je traverse la ravine sur la passerelle Etheve qui bouge sous mes pieds et j’ai l’impression que le sol reste instable encore un bon moment après ça. Je dépasse 3-4 personnes endormies sous leur couverture de survie sur les bords du chemin, et je me fais rattraper par un petit groupe de marcheurs. Heureuse de ne plus être seule dans cette atmosphère délirante !
La route jusqu’à la Plaine aux Sables puis Trois Roches me semble interminable, mais enfin nous y voilà. Les bénévoles du poste sont adorables, tous sourires, réconfortants. Mon tendon d’Achille me fait de plus en plus souffrir et je me passe un peu de Percutalgine dans l’espoir de le soulager un peu. Cette pause me permet de souffler, mais je sais que mon amie Alix m’attend au prochain poste de Roche Plate, que je veux atteindre avant 7h… Allez, courage ma fille, on y va !
Je traverse la rivière en me tenant à la main courante installée là, et je me retrouve face à un jeune homme tremblant, assis sur un rocher sous sa couverture de survie. « Est-ce que ça va ? » je lui demande. En fait, il est tombé dans la rivière, il est trempé et frigorifié, n’a plus d’affaire sèche. Je lui donne mon coupe vent, c’est tout ce que j’ai mais ça peut peut-être l’aider ? Il me remercie et je continue ma route.
Le jour se lève alors que nous gravissons péniblement les 3 cols successifs qui séparent Trois Roches de Roche Plate. C’est magnifique. La gorge à droite, abrupte, et la rivière qui coule paisiblement au fond, dans les lueurs de l’aube. Mon tendon me fait souffrir, mais je reconnais la descente vers Roche Plate, ce qui me redonne courage.
A l’entrée de l’Ilet, une bénévole regarde mon dossard et me lance « Allez Brigitte, tu es très attendue ici, on a suivi ta progression toute la nuit !!! ». Ca alors, je n’en reviens pas ! J’atteins le poste et Alix arrive tout sourire pour m’accueillir : « tu veux un café ? une couverture ? Un lit ? Tes affaires de rechange ? Ca va ? Vient t’asseoir, te reposer ! On peut te masser si tu veux !». Quel accueil !!! Merci les amis, ça m’a redonné du peps, et après avoir changé de chaussettes et avalé soupe et mars (!!!) je décide que je continue tant que le manque de sommeil ne m’assomme pas.
10. De Roche Plate à Aurère : Mafate sous une chaleur étouffante
Ti pas, ti pas, je descends vers la Roche Ancrée. Je trouve là un homme allongé au milieu du sentier, très pâle et apparemment mal en point. Il ne peut plus rien avaler depuis la veille, ni eau ni nourriture, et ses jambes ne veulent plus le porter. Je lui donne un comprimé d’anti-émétiques que je porte dans ma mini trousse à pharmacie, et lui conseille d’essayer de boire quelques gorgées d’eau s il peut. Il reste avec un compagnon en attendant les secours. Je lui laisse un bonbon au miel à sucer et une compote si le cachet lui permet de la supporter. Bon courage camarade. Et bravo pour ce que tu as déjà accompli.
Arrive la TERRIBLE montée de la Roche Ancrée, en plein soleil torride. Je n’en peux vraiment plus. Je souffre. Je m’arrête toutes les 3 minutes, je vide ma réserve d’eau très rapidement. Ohlàlà, quelle horreur, c’est trop dur, je n’y arriverai jamais…. Allez, allez, courage… D’autres ont l’air encore plus mal que moi, et malgré ma lenteur je dépasse 2 ou 3 raiders. Soudain, des bruits de course derrière moi et des cris d’encouragement : « Allez, allez ! Ouuuuaaiis !!! Bravo ! ». Voilà le 1er semi-raideur qui nous rattrape ! Bravo ! Suivent de près les 2ème et 3ème. quelle puissance ! Ca alors ! Dur dur de se pousser à chaque fois pour ne pas les gêner, ça ne doit pas être non plus évident pour eux…
Ouuuuuf enfin, nous voilà en haut ! Et Grand Place qui nous tend les bras !!!! J’en profite pour regarder mon portable, quelques messages d’encouragement et de soutien, ça fait toujours du bien ! On y croit, allez !
Je discute avec un Grenoblois sympa sur toute la descente. Il est arrivé à la Réunion depuis peu et découvre les sentiers au fur et à mesure. Chapeau mon ami, ça ne doit pas être évident de ne pas du tout savoir à quoi s’attendre ! Il me parle de l’UTMB dont il connaît un peu le type de chemins : beaucoup moins accidentés et surtout plus larges donc permettant de progresser à son propre rythme sans se gêner les uns les autres.
Poste de Grand Place Les Bas. Il commence à faire très chaud. J’attend mon compagnon du moment, et on repart dans ce que je ne pensais être qu’une « petite montée » dans mes souvenirs. Ouf, et bien, je me suis trompée ! Et le soleil qui chauffe, chauffe, et la fatigue qui me rattrape. Envie de me coucher là et de fermer les yeux ! Ma respiration devient sifflante et je comprends que ma bronchite me reprend. Des quintes de toux grasse, une gêne expiratoire de plus en plus marquée. Je m’imagine déjà faire une crise d’asthme sévère au milieu du sentier… J’ai ma ventoline avec moi, j’en prends 2 bouffées, puis à nouveau 2 autres, et je continue…
Mon camarade me dit qu’il a trouvé son petit coin de paradis, et il s’arrête dormir sous les arbres. Peut-être à plus tard ?
Ilet à Bourses, Ilet à Malheur, encore quelques montées et Aurère n’est plus loin. Je retrouve un bon moral car je sais qu’arrivent ensuite la descente vers Deux Bras, et la sortie de Mafate. On approche de la fin, je suis encore en forme.
Clément, du forum, me rattrape alors, et on fait quelques kilomètres ensemble en tchatchant. C’est aussi son 1er Grand Raid, et il semble en pleine forme malgré la chaleur.
Aurère !!!! Pointage, ravitaillement. Raiders et semi-raiders sont à présent tous mélangés, et nous sommes nombreux sur cette descente pierreuse.
La 3ème féminine au semi me dépasse en courant à toute allure et je ne peux que la féliciter. Elle ralentit alors, se retourne, me regarde : « Quoi ??? Tu me dis bravo ? Mais toi tu es sur le Grand Raid, c’est quand même autre chose !!! ». Oh, merci, quelle fierté de m’entendre dire ça de la part de cette sportive hors pair ! Elle ne pensait pas me faire autant de bien, mais je sens alors mes jambes qui se renforcent, mon mental prêt à affronter la terrible montée de Dos d’Ane qui n’est plus très loin…
Poste de Deux Bras « Deux Bras plage » comme c’est indiqué sur le panneau ! Je récupère mon 2ème sac d’assistance, et je retrouve une amie sur le poste. Elle est une ancienne grande raideuse qui s’est blessée cette année et n’a pas pu prendre le départ. « Est-ce que tu crois que je dors un peu avant de repartir ? Je n’ai pas sommeil mais j’ai peur que ça me tombe dessus tout d’un coup dans quelques heures ! ». « Non, non, tu es en forme, fais-toi masser, mange, et vas-y fonce !!! ».
Je me lave les jambes, change de chaussettes, me fais masser par 2 jeunes kinés adorables et souriantes (merci les filles!!!). J’avale une assiette de rougail boucané (je n’aurai jamais pensé pouvoir avaler ça après plus de 120km de course !). Marcelle Puy est là avec toute l’équipe de Run Handi Moove. Bravo pour ce que vous faites, c’est magnifique ! L’équipe effectue le semi raid en portant un handicapé, à travers les passages difficiles et escarpés, les éboulis, sous le soleil ou dans le froid ! Le Grand Raid Run Handi Moove a par contre été annulé à cause des conditions météo effroyables du départ.
11. Deux Bras-La Redoute : des ailes me poussent !
Je me lance, confiante, sur la montée vers Dos d’Ane. Tout doucement car j’éprouve d’énormes difficultés dans les côtes. Beaucoup de monde me dépasse, mais je reste à mon rythme d’endormi. Je rattrape un homme dans la même situation que la précedente : ne peut rien avaler : ni solide ni liquide, depuis de nombreuses heures, et il ne tient plus debout. Ses amis restent avec lui en attendant les secours. Son épreuve s’arrête là, au milieu de la dernière grosse montée du parcours... Je m’étonne de monter si vite, et finalement, je rattrape même un groupe où se trouvent 3 autres féminines ! Notre entrée dans Dos d’Ane est épique, nous sommes toutes les 4 ensemble et les gens nous acclament : « Bravo les filles ! Vivent les femmes ! Wouaaa ! Représentantes de la gente féminine ! Bravo ! Bravo ! ». C’est extra. De la musique, des danses, des applaudissements !!! Et il fait encore jour, c’est super je ne pouvais pas espérer mieux. On traverse le bourg jusqu’au stade. J’avale quelques bricoles et c’est reparti. La nuit commence à tomber, la fin est proche. Il ne reste « plus que » cette ultime portion Dos d’Ane-La Redoute, j’y crois vraiment, je n’y ai jamais cru autant. Je peux le faire, je VAIS le faire. Je me sens bien. Tout est pour le mieux. C’est reparti.
De nuit, tous les repères disparaissent. Une nouvelle file indienne s’est constituée : raideurs, semi-raideurs, on avance tous au même rythme sur cette crête vers Piton Fougère. Oh non….Je me rend compte que j’ai oublié de remplir mon camel-back à Dos d’Ane et je n’ai plus une goutte d’eau. Je regarde les bords du sentiers en me disant que, peut-être, je pourrais trouver une bouteille perdue ou de quoi m’hydrater. Heureusement il fait nuit, frais, et je transpire moins.
La montée vers Piton Bâtard (la dernière !!!), me redonne un dernier coup de fouet. Après avoir changé à nouveau les piles de ma frontale, j’accélère le pas et je me met à dépasser peu à peu tous les marcheurs qui me précèdent.
Kiosque d’Affouche, pas de temps à perdre, je ne pense qu’à arriver. Je cours dans la descente glissante, m’accrochant aux branches et aux troncs des goyaviers lorsque je perds l’équilibre. Je me retrouve à nouveau seule dans la pénombre. Le Colorado n’est plus très loin. Je n’en reviens pas, je peux encore mettre moins de 50h pour terminer mon Grand Raid !!!!
Le Colorado est atteint, je retrouve une amie sur le poste médical, mais je lui demande de m’excuser, je dois repartir !!! On se retrouve à nouveau en groupe, et la descente vers La Redoute devient du n’importe quoi, chacun étant devenu trop impatient ! Les raideurs dévalent la pente glissante dans le noir, surfent sur les cailloux qui roulent, se retiennent aux plantes pour prendre des virages serrés en courant !!!! C’est vraiment un coup à se faire une entorse à quelques kilomètres du but !!!!! Pourtant certains craquent encore, et boitent sur le bord du chemin, ou titubent, ou posent leurs pieds n’importe où.
De mon côté, j’ai la chance de me sentir parfaitement bien, et je saute de pierres en pierres, zigzague entre les racines, cours sur les portions roulantes. Les lumières de St Denis apparaissent. C’est grandiose, les larmes m’en viennent aux yeux. J’appelle mon mari qui m’attend en bas avec notre fils.
Enfin, le pont, la route, les supporters, les familles ! Ludo est là avec Txomin, que je prends dans mes bras puis sur mes épaules tout en courant pour terminer ma course. Il reste encore un petit bout de chemin !!!! Txomin pèse lourd, mais je suis aux anges !
Mes amis Agnes et Antoine sont là eux aussi lorsque je passe enfin la ligne d’arrivée en 47h et 53 minutes !!! Ca y est, je l’ai fait, je suis euphorique parait-il, et je n’arrête pas de parler, de dire que je me sens en pleine forme, etc… (ce que je ne pourrai plus affirmer le lendemain !!!!). Agnes a amené une bouteille de champagne, Ludo va me chercher une assiette de boucané. Je suis si heureuse. Je suis arrivée au bout de cette épreuve, et dans un temps moindre que celui que j’avais espéré !

Merci à tous, d’avoir cru en moi et de m’avoir supportée tout au long de cette épreuve, de cette expérience de vie, de cette aventure. Merci tout particulièrement à ma grand-mère « Mamoune » en convalescence actuellement et à qui je dédis cette course, et à mon fils Txomin, je voulais qu’il soit fière de sa maman ! Je ne pense pas que sans vous je l’aurai fait.
Merci aussi à tous ces raideurs et ces bénévoles rencontrés tout au long du parcours. Merci pour tous ces sourires et ces encouragements.
Et surtout, bravo à tous ceux qui se sont lancés ce défi, qu’ils soient arrivés à la Redoute ou non. Tellement de souffrance et de désespoir rencontrés sur ma route…. La décision la plus difficile à prendre, c'est bel et bien celle de l'abandon. |
|
|  | | titok Tangue


Nombre de messages: 70 Age: 38 Localisation: le tampon
Infos/Résultats Niveau: VMA: Proch. course:
 | Sujet: Re: Ma première diagonale des fous, Yoz, 2009 Jeu 29 Oct - 6:56 | |
| salut yoz... c'est bien avec moi  que tu as courue entre le bloc et cilaos.............c'est vrai que c'était une bonne idée surtout a l' allure où on était. Je t'ai revu à la Redoute au moment ou je repartai Bravo pour ta réussite  et peu etre a bientot sur les sentier. |
|  | | lili Papangue


Nombre de messages: 245 Age: 38 Localisation: La Rochelle
Infos/Résultats Niveau: VMA: Proch. course:
 | Sujet: Re: Ma première diagonale des fous, Yoz, 2009 Mer 28 Oct - 20:15 | |
|  Bravo Yoz...c'est magnifique...j'aurai tellement aimé vivre ça...tum'as permi d'y goûter... |
|  | | sengreve Papangue


Nombre de messages: 464 Age: 38 Localisation: la réunion st gilles les bains
Infos/Résultats Niveau: VMA: Proch. course:
 | Sujet: Re: Ma première diagonale des fous, Yoz, 2009 Mar 27 Oct - 14:43 | |
| merci pour ce récit!!! touchant, simple... qui résume magnifiquement ce que tu as ressenti sur cette si belle course... |
|  | | mathieu974 Cabri


Nombre de messages: 977 Age: 36 Localisation: Rivière st Louis
Infos/Résultats Niveau: Orange - Confirmé(e) VMA: 16 Proch. course:
 | Sujet: Re: Ma première diagonale des fous, Yoz, 2009 Mar 27 Oct - 13:46 | |
| |
|  | | Yoz Papangue


Nombre de messages: 151 Age: 32 Localisation: St Gilles les Hauts
Infos/Résultats Niveau: VMA: Proch. course:
 | Sujet: Ma première diagonale des fous, Yoz, 2009 Mar 27 Oct - 13:14 | |
| 1. Le projet et la préparation :Cela fait bientôt 4 ans que nous vivons à la Réunion, et bientôt 4 ans que l’idée de prendre le départ de cette fameuse « Diagonale des Fous » me trotte dans la tête. J’ai déjà fait un marathon, plusieurs semi, et beaucoup de randonnées sportives, mais les courses de trail, et encore plus celles d’ultra trail, sont une nouveauté pour moi. Mais pour se préparer à une telle épreuve, il faut du temps bien sur, et la venue de notre petit Txomin le 1er Novembre 2007 m’ a fait repousser le moment de mon inscription.Grâce à Ludo mon mari, qui accepte de faire des concessions, de rester avec Txomin alors que je fais mes sorties d’entraînement, de venir me récupérer à la fin d’une reco à plusieurs heures de voiture de là, je me lance dans la préparation « grand raid ». Puis vient le jour du tirage au sort pour nous autres Réunionnais et là quelle déception, je ne suis pas dans la liste des retenus… Je me dis alors que c’est peut-être mieux comme ça, et que je dois me focaliser sur le semi, oubien laisser tomber, ces courses ne sont pas pour moi… Et finalement, le sort me donne une dernière chance et je croise la route d’un des organisateurs du Grand Raid qui me propose une place parmi les fous… C’est reparti, on reprend l’entraînement !Le 20 Juin 2009, 1ère expérience en course de trail long, l’Arc en Ciel (62km, 3500m de déniv.+), superbe, pour laquelle je passe la ligne d’arrivée en 12h50, en bon état général , et heureuse.Puis les entraînements se font plus sérieux, lorsque Ludo n’est pas là, je cours avec mon fils dans la poussette 3 roues, je m’organise des sorties en montagne plus ou moins longues, pour lesquelles je pars seule avec mon chien, départ très tôt à la frontale pour m’habituer à marcher de nuit… Mes participations aux reconnaissances du parcours avec l’asso Promo Run (un bus qui passe dans la nuit nous prendre devant chez nous, et nous récupère à la fin de la reco) me permet de me familiariser avec l’itinéraire, les principales difficultés attendues, et surtout de rencontrer d’autres raiders motivés, sympas, et pleins de bons conseils.Je lis des magazines spécialisés dans le trail, je traîne mes savates dans les boutiques de sports de l’Ile, je discute sur le forum afin de me mettre dans le bain, et de peaufiner ma préparation matérielle, physique et mentale pour le raid. Je suis en pleine forme, les entrainements se passent bien, le Grand Raid devient peu à peu mon obsession, et mon mari n’en peut plus de ne m’entendre parler que de ça à longueur de journée !!!Pourtant, plus le jour J approche, et plus je doute de mes capacités à accomplir une telle épreuve, une série d'angine-rhino-bronchite me tombant dessus dans la dernière quinzaine... Cependant, ce jeudi là, jour du départ le mental est au top, et je veux y croire. 2. Le départ :Le départ est prévu à St Philippe à minuit dans la nuit de jeudi à vendredi. Ludo et Txomin m'accompagnent au point de passage de la navette qui vient du nord et amène les fous au départ. C'est rigolo de voir ces raideurs arriver de tous côtés et s'installer pour attendre le bus, seuls ou en groupes, concentrés ou blaguant.Après 1/2h d'attente (j'essaie d'en profiter pour me reposer, assise la tête sur les bras), un cortège de bus arrive enfin, l'inscription "Grand Raid" affichée sur les pare brises. Les proches acclament leurs sportifs, les voitures qui nous croisent klaxonnent pour nous encourager, les "rendez-vous à la Redoute!" fusent de toutes parts. Je tente à nouveau de me reposer, voire de trouver le sommeil car je sais que la (les) nuits prochaines seront longues... Le silence s'est imposé dans le bus, lorsqu'une pluie battante se met à fouetter les vitres, de plus en plus abondante au fur et à mesure que l'on approche de St Philippe...A quelques kilomètres du départ, nous sommes pris dans les bouchons, sous la pluie toujours, et la tension semble croissante.Vers 22h30 enfin, le bus ouvre ses portes, et nous rejoignons à pieds le stade de Cap Méchant, illuminé sous la pluie et résonnant de musiques et percussions. Premier pointage, et vérification du matériel obligatoire dans les sacs. Je n’ai qu’une bande de contention alors que deux sont demandées, j’explique qu’il suffit que je la divise en 2 pour être en règle, et on me laisse finalement passer ! Un bon café et une chocolatine, et je vais m'asseoir à l'abri de la pluie devant la ligne de départ afin d'être assez bien placée pour démarrer dans la foule. Cracheur de feu, danseuses, encouragements de Marcelle Puy qui ne courra pas cette année, et on nous fait avancer sur la ligne, sous une pluie qui redouble de force. Encore 1/2h d'attente debout là, l'eau s'est déjà infiltrée partout avant même de démarrer...Enfin, les "locomotives" sont lancées (les "fous" champions, qui ont terminé dans les 20 premiers l'année passées) et la horde de grand-raiders, véritable marée humaine, s’immisce dans les rues de St Philippe, acclamée par une foule trempée. 3. La montée vers le Volcan :Il pleut, il pleut, ça n'en finit pas, l'eau ruisselle de partout, on dirait que l'on court dans un torrent! J'essaie de garder un bon rythme sans me mettre dans le rouge, afin de passer avant les bouchons qui se forment à partir du kiosque de Basse Vallée.Le rythme reste gérable, et la horde de coureurs s’étale peu à peu, même si il reste du monde et que les bousculades sont incessantes. Je fixe ma foulée sur celle d’un raideur au parapluie (!!!) facilement repérable et qui me semble avoir un rythme compatible avec ce qu’il me faut tenir. Je discute avec un Béarnais sympa, qui tente la Diagonale pour la 1ère fois, après avoir participé en Août au semi-Raid des Pyrénées. Le temps passe plus vite quand on parle, et après 2h et quelques minutes de montée rapide sur la piste forestière, on atteint le 1er ravitaillement. La pluie s’est calmée. Je ne m’arrête pas car je sais qu’arrive le sentier raide et étroit de la montée vers Foc-Foc, et que j’aurai le temps d’y reprendre mon souffle dans les bouchons…En fait, il ne s’agira que de légers ralentissements, me permettant de ne pas trop forcer tout en gardant une assez bonne cadence. Certains raiders impolis ne trouvent rien de mieux à faire que de doubler lorsque des bouchons se forment devant un passage difficile,bousculant tout le monde, et ne gagnant à mon avis que quelques secondes… Les 1ers déchets apparaissent aussi malheureusement sur les bords du sentier.. Ce comportement me dépasse complètement, comment peut-on être aussi irrespectueux de la Nature dans un cadre si parfait… ….Enfin, arrivée sur Foc-Foc, les premières lueurs du jour apparaissent sur les sommets, c’est magique. Il fait frais mais comme il n’y a pas de vent, c’est tout à fait supportable, et nous savons que le Volcan n’est plus loin ! Je me sens en bonne forme, pas de douleur, mais je sais que la route et encore longue et je ne veux pas me griller..La Plaine des Sables !!!!! Une bonne soupe, un régal, bien chaude et bien salée, c’est fou comme des choses simples et futiles en temps normal prennent une toute autre saveur en d’autres circonstances !Après quelques minutes au poste, les encouragements d’amies qui y font l’assistance, je repars vers l’oratoire Ste Thérèse et le Piton Textor. 4. Vers Mare à Boue :J’ai de l’avance sur le temps que j’avais prévu, et je sais que je dois retrouver Ludo et Txomin au prochain pointage à Mare à Boue. Je marche d’un bon pas. Je discute avec un raider malgache, qui me parle d’une course de montagne dans son pays : 100km pour… 200m de dénivelé positif !!!! Oui, la Réunion, c’est différent ! Ils sont une vingtaine à être venus ensemble de Mada pour participer au Raid. Agréable rencontre. Je le quitte au début de montée, il me dit que je suis une bonne grimpeuse, merci ! L’Oratoire Ste Thérèse passé, enfin la descente vers Mare à boue. D’abord minérale, puis végétale sur un tapis d’herbe et de terre au milieu des vaches qui nous regardent. Chouette, le terrain est sec, je craignais ce passage car lors de ma reco on avait de la boue jusqu’au genoux ! Arrivée à Mare à Boue, 50km sont passés, il est 10h et quart.Je tourne en rond pendant une bonne demi heure, à chercher mon fils et mon mari qui doivent m’apporter quelques affaires, et qui ont été obligés de se garer à perpet à cause du monde ! Je sens alors la fatigue déjà bien présente, et le fait de devoir marcher à contre sens du flot de raiders me donne envie de pleurer. « Que fais-tu ? » me demandent les autres coureurs en me voyant aller dans le mauvais sens. « Je cherche mon mari et mon fils ! ».Je les retrouve enfin, et je m’arrête sur le bord du chemin pour changer de chaussettes, remplir mon camel back de Cilaos, manger des fraises tagada avec mon fils ( !), et je les laisse déjà repartir car une pluie fine s’est remise à tomber, j’ai peur que Txomin n’ai froid. Merci mes hommes, c’était rapide, je suis désolée, mais je dois repartir, j’ai perdu beaucoup de temps. Je pointe au poste, et je n’ai pas la patience de faire la queue pour avoir une part de poulet grillé, je repars vers Kerveguen…5. De Mare à Boue à la Caverne Dufour :Me voilà lancée sur la seule portion du Grand Raid que je ne connais pas. Je me dis que ça ne doit pas être trop trop long…. Quelle désillusion !!! Ca monte, ça monte, d’abord plutôt doucement, puis de plus en plus raide. Le sentier devient glissant, des racines et des pierres viennent nous entraver et casser notre souffle. On est à nouveau en file indienne, certains s’arrêtant souffler ou étirer leurs muscles sur le bord du chemin. Soudain j’entends un hurlement « ATTENTION!!!!!!!!!!!!!! » derrière moi. Je me retourne et j’ai juste le temps de voir un raider disparaître dans le ravin !!!! Quelle frayeur, mais heureusement il s’est arrêté juste plus bas dans des branches. On l’aide à sortir, tout tremblant. Ouf, ça aurait pu être bien plus grave….On repart, j’ai de plus en plus de mal à monter, et ça n’en finit pas. Le brouillard s’est levé et on ne voit plus très loin, alors j’imagine chaque fois que le prochain poste est juste là, mais une nouvelle montée humide dans les rochers se dresse devant moi. Mes quadriceps se durcissent et je n’arrive plus à monter mes jambes. Je craque, je stoppe au bord du sentier quelques minutes. L’idée d’abandonner me passe par la tête, mais je la chasse immédiatement. Il faut continuer ti pas ti pas, jusqu’au poste de la Caverne Dufour… Après c’est la descente du Piton des Neiges que je connais bien pour l’avoir faite plusieurs fois en courant. Puis Cilaos où je pourrais manger, me doucher, et dormir un peu… Après ça seulement, je pourrai y réfléchir à nouveau…Il fait froid, j’ai mal, mais je lutte pour avancer peu à peu. Je me fais doubler régulièrement, c’est pas bon pour le moral ! Certains sont impressionnants, courant presque dans les montées, sautant de rochers en rochers !!! Enfin !!!!! Le croisement pour le gîte de la Caverne Dufour est là !!!!!!! !!!!!! Une bonne soupe, et je demande à voir le médecin du poste d’assistance, que je connais bien et à qui j’avais promis de passer dire bonjour. Il me trouve en forme, ce qui me redonne un peu le moral, et me propose un café, et de me faire masser au chaud dans la tente du service médical. Quel traitement de faveur ! Le massage des quadriceps me fait beaucoup de bien, et j’apprend que les principaux pépins médicaux ont été un arrêt cardiaque à Foc-Foc (réanimé et évacué en hélico) et des chutes dans des ravins (fractures.). Avec le mauvais temps qui s’est levé, les hélicos ne peuvent plus effectuer les évacuations des blessés qui attendent aux différents postes de secours.. Merci François, je repars déjà car j’espère dormir un peu à Cilaos, et que je suis gelée. 6. Cilaos :C’est parti pour la descente vers le Bloc et Cilaos. J’aime bien cette portion, contrairement à beaucoup d’autres raiders. Je dépasse plusieurs dizaines de coureurs, malgré quelques glissades sur la piste. En moins d’une heure et demi, je suis au Bloc. Je mange quelques bricoles et je repars en marchant sur la route, direction le stade de Cilaos. Un cafre avec qui j’avais discuté et que j'avais croisé à plusieurs reprises arrive en trottinant à mon niveau et m’encourage à courir avec lui jusqu’au poste. « Ah non, le goudron me fait trop mal aux jambes, et je commence à avoir mal au tendon d’Achille! » je lui répond. En fait, je me lance quand même, et je suis étonnée de la facilité avec laquelle on avance, tout en blaguant et dépassant ceux qui marchent. Arrivés dans Cilaos tous sourires, ensemble, sous la pluie. Je le remercie, et il repart aussi sec car son assistance perso l’attend à Marla où il compte dormir un peu.De mon côté, je récupère mon sac d’assistance et part me doucher. Ca fait du bien !!!! Puis poulet grillé-pâtes, délicieux je n’en avais jamais mangé d’aussi bon. Finalement, je ne vais pas me faire masser les jambes, mais plutôt essayer de dormir quelques heures dans une des tentes de l’armée, sur un lit picot. On se donne rendez vous au pointage de départ à 21h avec une autre raideuse (un peu peur de faire la portion de Bras Rouge seules à la frontale, le sentier est dangereux !). Je me couche à 19h et règle mon réveil sur 20h45. Beaucoup d’affaires sont trempées, il pleut toujours et l’eau s’infiltre sur le sol de la tente. Pas moyen de m’endormir la 1ère demi heure, des va-et-vient incessants, des coureurs qui vident et remplissent leurs sacs dans un bruit insupportable de poches plastiques… Puis enfin le calme. 1h30 de sommeil réparateur, et me voilà de nouveau sur pieds, prête à affronter la suite…7. De Cilaos à Marla :Je craignais d’être seule sur cette portion, et nous voilà une dizaine à nous suivre sur le sentier vers la cascade de Bras Rouge. J’ai même retrouvé une amie des reco, qui repart à peine arrivée sur Cilaos ! Chapeau, moi je suis douchée et reposée.La descente va bien, mais je crains la remontée vers le Taïbit, car mes jambes ont bien souffert dans le coin du Kerveguen… Finalement, notre wagon de raideurs a un rythme qui me convient bien, pas trop rapide mais soutenu quand même. Arrivés au poste du pied du Taïbit, je prends une soupe et je repars, car je sais que la montée va être rude, et je n’ai plus assez de jambe pour aller vite. Un pied devant l’autre, doucement, j’avance peu à peu. Je dépasse quelques marcheurs épuisés ou nauséeux, qui ne peuvent plus avancer, d’autres me dépassent rapidement. J’atteins l’Ilet les 3 Salazes dans la musique, où on nous offre des tisanes maison, dont la fameuse « ascenseur » qui doit nous aider à aller jusqu’au col du Taïbit !!! Merci les gars, c’est super ce que vous faites !!!!! Pas de temps à perdre, je préfère continuer doucement. Chaque fois que je lève la tête je vois la file de lumières des raideurs devant moi qui s’élève…. Ohlàlà, ça ne s’arrête jamais de monter !!! J’ai mal aux jambe, plus de ju, je suis fatiguée.Mais enfin, le col est atteint ! Mon moral est remonté, ça y est, Mafate, me voilà ! Je me lance dans la descente raide vers l’Ilet, d’où s’élèvent rapidement musique et lumière. Je distingue de moins en moins bien le sentier et ses pièges, et je suis forcée de m’arrêter pour changer les piles de ma frontale. Ouf, ça va quand même beaucoup mieux quand on y voit clair ! Il est 2h12, et l’arrivée à Marla est étrange : des dizaines de couvertures de survie dispersées par ci par là sur le sol glacé, des gens au visage fatigué qui errent autour, des blessés au poste médical… Je m’assied manger une assiette de pâtes chaudes, il fait très froid. Un raider me regarde manger d’un air dépité. « Tu arrives à manger toi ? Tu as de la chance, je ne peux rien avaler.. » et il regarde tristement son assiette déjà froide sur ses genoux…Il fait froid ici, et je me dis que mes quelques heures de sommeil à Cilaos doivent me permettre de continuer. J’attend que quelqu’un reparte pour lui emboîter le pas et ne pas me retrouver seule sur les sentiers noirs de Mafate.9. La nuit dans Mafate : entre Marla et Roche Plate :Cette partie est la plus étrange et irréelle. Je me retrouve seule sur le sentier, dans la nuit noire, éclairée par la seule lueur de ma frontale. Je regarde de temps à autre devant ou derrière moi, et j’aperçois à mon grand soulagement une ou deux lumières signant la présence de raiders à moyenne distance. Soudain, 2 silhouettes se dressent devant moi : pointage surprise ! On me colle une vignette verte sur mon dossard, et je repars dans le noir… Ca alors, ils passent 2 jours et 2 nuits à cet endroit du sentier ? Dans le froid ? A coller des vignettes ???Je progresse toujours peu à peu, et ma vision devient un peu floue. Un sentiment d’irréalité me tombe dessus, je perd la notion du temps, je ne sais plus trop où je suis et je ne reconnais plus les sentiers que j’avais pourtant déjà repérés. Je relève la tête et je suis alors étonnée de voir en face de moi des dizaines de lumières qui émettent un gros halo tout autour. Je regarde le sol et je lève à nouveau la tête et là je prend peur.. Est-ce que c’est réel ? Les lumières sont devenues des spots qui tournent en tout sens et éclairent à la façon des hélico militaires qui effectuent des recherches… Puis un spot semble venir d’en haut et je distingue une silhouette humaine, comme dans un concert de rock. Je me demande si ce que je vois est possible, et les lumières se modifient alors, devenant des points blancs régulièrement espacés qui glissent vers la droite… J’hésite à m’arrêter pour attendre qu’un autre raider me rejoigne et me dise si il voit la même chose que moi, mais finalement je décide de continuer en ne regardant que le sol car ces visions me font peur.Je traverse la ravine sur la passerelle Etheve qui bouge sous mes pieds et j’ai l’impression que le sol reste instable encore un bon moment après ça. Je dépasse 3-4 personnes endormies sous leur couverture de survie sur les bords du chemin, et je me fais rattraper par un petit groupe de marcheurs. Heureuse de ne plus être seule dans cette atmosphère délirante !La route jusqu’à la Plaine aux Sables puis Trois Roches me semble interminable, mais enfin nous y voilà. Les bénévoles du poste sont adorables, tous sourires, réconfortants. Mon tendon d’Achille me fait de plus en plus souffrir et je me passe un peu de Percutalgine dans l’espoir de le soulager un peu. Cette pause me permet de souffler, mais je sais que mon amie Alix m’attend au prochain poste de Roche Plate, que je veux atteindre avant 7h… Allez, courage ma fille, on y va ! Je traverse la rivière en me tenant à la main courante installée là, et je me retrouve face à un jeune homme tremblant, assis sur un rocher sous sa couverture de survie. « Est-ce que ça va ? » je lui demande. En fait, il est tombé dans la rivière, il est trempé et frigorifié, n’a plus d’affaire sèche. Je lui donne mon coupe vent, c’est tout ce que j’ai mais ça peut peut-être l’aider ? Il me remercie et je continue ma route. Le jour se lève alors que nous gravissons péniblement les 3 cols successifs qui séparent Trois Roches de Roche Plate. C’est magnifique. La gorge à droite, abrupte, et la rivière qui coule paisiblement au fond, dans les lueurs de l’aube. Mon tendon me fait souffrir, mais je reconnais la descente vers Roche Plate, ce qui me redonne courage.A l’entrée de l’Ilet, une bénévole regarde mon dossard et me lance « Allez Brigitte, tu es très attendue ici, on a suivi ta progression toute la nuit !!! ». Ca alors, je n’en reviens pas ! J’atteins le poste et Alix arrive tout sourire pour m’accueillir : « tu veux un café ? une couverture ? Un lit ? Tes affaires de rechange ? Ca va ? Vient t’asseoir, te reposer ! On peut te masser si tu veux !». Quel accueil !!! Merci les amis, ça m’a redonné du peps, et après avoir changé de chaussettes et avalé soupe et mars (!!!) je décide que je continue tant que le manque de sommeil ne m’assomme pas. 10. De Roche Plate à Aurère : Mafate sous une chaleur étouffanteTi pas, ti pas, je descends vers la Roche Ancrée. Je trouve là un homme allongé au milieu du sentier, très pâle et apparemment mal en point. Il ne peut plus rien avaler depuis la veille, ni eau ni nourriture, et ses jambes ne veulent plus le porter. Je lui donne un comprimé d’anti-émétiques que je porte dans ma mini trousse à pharmacie, et lui conseille d’essayer de boire quelques gorgées d’eau s il peut. Il reste avec un compagnon en attendant les secours. Je lui laisse un bonbon au miel à sucer et une compote si le cachet lui permet de la supporter. Bon courage camarade. Et bravo pour ce que tu as déjà accompli.Arrive la TERRIBLE montée de la Roche Ancrée, en plein soleil torride. Je n’en peux vraiment plus. Je souffre. Je m’arrête toutes les 3 minutes, je vide ma réserve d’eau très rapidement. Ohlàlà, quelle horreur, c’est trop dur, je n’y arriverai jamais…. Allez, allez, courage… D’autres ont l’air encore plus mal que moi, et malgré ma lenteur je dépasse 2 ou 3 raiders. Soudain, des bruits de course derrière moi et des cris d’encouragement : « Allez, allez ! Ouuuuaaiis !!! Bravo ! ». Voilà le 1er semi-raideur qui nous rattrape ! Bravo ! Suivent de près les 2ème et 3ème. quelle puissance ! Ca alors ! Dur dur de se pousser à chaque fois pour ne pas les gêner, ça ne doit pas être non plus évident pour eux…Ouuuuuf enfin, nous voilà en haut ! Et Grand Place qui nous tend les bras !!!! J’en profite pour regarder mon portable, quelques messages d’encouragement et de soutien, ça fait toujours du bien ! On y croit, allez ! Je discute avec un Grenoblois sympa sur toute la descente. Il est arrivé à la Réunion depuis peu et découvre les sentiers au fur et à mesure. Chapeau mon ami, ça ne doit pas être évident de ne pas du tout savoir à quoi s’attendre ! Il me parle de l’UTMB dont il connaît un peu le type de chemins : beaucoup moins accidentés et surtout plus larges donc permettant de progresser à son propre rythme sans se gêner les uns les autres. Poste de Grand Place Les Bas. Il commence à faire très chaud. J’attend mon compagnon du moment, et on repart dans ce que je ne pensais être qu’une « petite montée » dans mes souvenirs. Ouf, et bien, je me suis trompée ! Et le soleil qui chauffe, chauffe, et la fatigue qui me rattrape. Envie de me coucher là et de fermer les yeux ! Ma respiration devient sifflante et je comprends que ma bronchite me reprend. Des quintes de toux grasse, une gêne expiratoire de plus en plus marquée. Je m’imagine déjà faire une crise d’asthme sévère au milieu du sentier… J’ai ma ventoline avec moi, j’en prends 2 bouffées, puis à nouveau 2 autres, et je continue…Mon camarade me dit qu’il a trouvé son petit coin de paradis, et il s’arrête dormir sous les arbres. Peut-être à plus tard ? Ilet à Bourses, Ilet à Malheur, encore quelques montées et Aurère n’est plus loin. Je retrouve un bon moral car je sais qu’arrivent ensuite la descente vers Deux Bras, et la sortie de Mafate. On approche de la fin, je suis encore en forme. Clément, du forum, me rattrape alors, et on fait quelques kilomètres ensemble en tchatchant. C’est aussi son 1er Grand Raid, et il semble en pleine forme malgré la chaleur. Aurère !!!! Pointage, ravitaillement. Raiders et semi-raiders sont à présent tous mélangés, et nous sommes nombreux sur cette descente pierreuse.La 3ème féminine au semi me dépasse en courant à toute allure et je ne peux que la féliciter. Elle ralentit alors, se retourne, me regarde : « Quoi ??? Tu me dis bravo ? Mais toi tu es sur le Grand Raid, c’est quand même autre chose !!! ». Oh, merci, quelle fierté de m’entendre dire ça de la part de cette sportive hors pair ! Elle ne pensait pas me faire autant de bien, mais je sens alors mes jambes qui se renforcent, mon mental prêt à affronter la terrible montée de Dos d’Ane qui n’est plus très loin…Poste de Deux Bras « Deux Bras plage » comme c’est indiqué sur le panneau ! Je récupère mon 2ème sac d’assistance, et je retrouve une amie sur le poste. Elle est une ancienne grande raideuse qui s’est blessée cette année et n’a pas pu prendre le départ. « Est-ce que tu crois que je dors un peu avant de repartir ? Je n’ai pas sommeil mais j’ai peur que ça me tombe dessus tout d’un coup dans quelques heures ! ». « Non, non, tu es en forme, fais-toi masser, mange, et vas-y fonce !!! ».Je me lave les jambes, change de chaussettes, me fais masser par 2 jeunes kinés adorables et souriantes (merci les filles!!!). J’avale une assiette de rougail boucané (je n’aurai jamais pensé pouvoir avaler ça après plus de 120km de course !). Marcelle Puy est là avec toute l’équipe de Run Handi Moove. Bravo pour ce que vous faites, c’est magnifique ! L’équipe effectue le semi raid en portant un handicapé, à travers les passages difficiles et escarpés, les éboulis, sous le soleil ou dans le froid ! Le Grand Raid Run Handi Moove a par contre été annulé à cause des conditions météo effroyables du départ. 11. Deux Bras-La Redoute : des ailes me poussent !Je me lance, confiante, sur la montée vers Dos d’Ane. Tout doucement car j’éprouve d’énormes difficultés dans les côtes. Beaucoup de monde me dépasse, mais je reste à mon rythme d’endormi. Je rattrape un homme dans la même situation que la précedente : ne peut rien avaler : ni solide ni liquide, depuis de nombreuses heures, et il ne tient plus debout. Ses amis restent avec lui en attendant les secours. Son épreuve s’arrête là, au milieu de la dernière grosse montée du parcours... Je m’étonne de monter si vite, et finalement, je rattrape même un groupe où se trouvent 3 autres féminines ! Notre entrée dans Dos d’Ane est épique, nous sommes toutes les 4 ensemble et les gens nous acclament : « Bravo les filles ! Vivent les femmes ! Wouaaa ! Représentantes de la gente féminine ! Bravo ! Bravo ! ». C’est extra. De la musique, des danses, des applaudissements !!! Et il fait encore jour, c’est super je ne pouvais pas espérer mieux. On traverse le bourg jusqu’au stade. J’avale quelques bricoles et c’est reparti. La nuit commence à tomber, la fin est proche. Il ne reste « plus que » cette ultime portion Dos d’Ane-La Redoute, j’y crois vraiment, je n’y ai jamais cru autant. Je peux le faire, je VAIS le faire. Je me sens bien. Tout est pour le mieux. C’est reparti.De nuit, tous les repères disparaissent. Une nouvelle file indienne s’est constituée : raideurs, semi-raideurs, on avance tous au même rythme sur cette crête vers Piton Fougère. Oh non….Je me rend compte que j’ai oublié de remplir mon camel-back à Dos d’Ane et je n’ai plus une goutte d’eau. Je regarde les bords du sentiers en me disant que, peut-être, je pourrais trouver une bouteille perdue ou de quoi m’hydrater. Heureusement il fait nuit, frais, et je transpire moins. La montée vers Piton Bâtard (la dernière !!!), me redonne un dernier coup de fouet. Après avoir changé à nouveau les piles de ma frontale, j’accélère le pas et je me met à dépasser peu à peu tous les marcheurs qui me précèdent. Kiosque d’Affouche, pas de temps à perdre, je ne pense qu’à arriver. Je cours dans la descente glissante, m’accrochant aux branches et aux troncs des goyaviers lorsque je perds l’équilibre. Je me retrouve à nouveau seule dans la pénombre. Le Colorado n’est plus très loin. Je n’en reviens pas, je peux encore mettre moins de 50h pour terminer mon Grand Raid !!!! Le Colorado est atteint, je retrouve une amie sur le poste médical, mais je lui demande de m’excuser, je dois repartir !!! On se retrouve à nouveau en groupe, et la descente vers La Redoute devient du n’importe quoi, chacun étant devenu trop impatient ! Les raideurs dévalent la pente glissante dans le noir, surfent sur les cailloux qui roulent, se retiennent aux plantes pour prendre des virages serrés en courant !!!! C’est vraiment un coup à se faire une entorse à quelques kilomètres du but !!!!! Pourtant certains craquent encore, et boitent sur le bord du chemin, ou titubent, ou posent leurs pieds n’importe où. De mon côté, j’ai la chance de me sentir parfaitement bien, et je saute de pierres en pierres, zigzague entre les racines, cours sur les portions roulantes. Les lumières de St Denis apparaissent. C’est grandiose, les larmes m’en viennent aux yeux. J’appelle mon mari qui m’attend en bas avec notre fils. Enfin, le pont, la route, les supporters, les familles ! Ludo est là avec Txomin, que je prends dans mes bras puis sur mes épaules tout en courant pour terminer ma course. Il reste encore un petit bout de chemin !!!! Txomin pèse lourd, mais je suis aux anges ! Mes amis Agnes et Antoine sont là eux aussi lorsque je passe enfin la ligne d’arrivée en 47h et 53 minutes !!! Ca y est, je l’ai fait, je suis euphorique parait-il, et je n’arrête pas de parler, de dire que je me sens en pleine forme, etc… (ce que je ne pourrai plus affirmer le lendemain !!!!). Agnes a amené une bouteille de champagne, Ludo va me chercher une assiette de boucané. Je suis si heureuse. Je suis arrivée au bout de cette épreuve, et dans un temps moindre que celui que j’avais espéré ! Merci à tous, d’avoir cru en moi et de m’avoir supportée tout au long de cette épreuve, de cette expérience de vie, de cette aventure. Merci tout particulièrement à ma grand-mère « Mamoune » en convalescence actuellement et à qui je dédis cette course, et à mon fils Txomin, je voulais qu’il soit fière de sa maman ! Je ne pense pas que sans vous je l’aurai fait. Merci aussi à tous ces raideurs et ces bénévoles rencontrés tout au long du parcours. Merci pour tous ces sourires et ces encouragements. Et surtout, bravo à tous ceux qui se sont lancés ce défi, qu’ils soient arrivés à la Redoute ou non. Tellement de souffrance et de désespoir rencontrés sur ma route…. La décision la plus difficile à prendre, c'est bel et bien celle de l'abandon.
Dernière édition par Yoz le Ven 6 Nov - 21:05, édité 2 fois |
|  | | | | Ma première diagonale des fous, Yoz, 2009 | |
|
Sujets similaires |  |
|
| | Permission de ce forum: | Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
| |
| |
| |