| | | La Diagonale des VRAIMENT fous, ou Yoz, le retour | |
| | Auteur | Message |
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ironman Tangue


Nombre de messages: 62 Age: 42 Localisation: Bordeaux
 | Sujet: Re: La Diagonale des VRAIMENT fous, ou Yoz, le retour Mar 23 Nov - 2:45 | |
| Salut yoz,
D'abord superbe récit que votre aventure avec Fleur et félicitation pour la finisher.
Je t'avoue que depuis une course faite il n'y a pas longtemps, je me suis posé les questions existentielles que tu t'es posé "pourquoi je m'inflige ça", "qu'est ce que je fous là"...etc. et puis je suis venu sur le site de la diago, et j'ai lu plusieurs récit dont le tiens et la magie reviens desuite. Les émotions et la chaire de poule que seul les survivants peuvent éprouver. Comme tu dis " on sait qu'il sait". C'est comme les oiseaux migrateurs, à la même période au mois d'ocobre mes pensées vont vers la réunion et ce trail de fous qui porte si bien son nom.
Merci de nous faire revivre notre graal.
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|  | | lili Papangue


Nombre de messages: 245 Age: 38 Localisation: La Rochelle
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 | Sujet: Re: La Diagonale des VRAIMENT fous, ou Yoz, le retour Jeu 28 Oct - 15:06 | |
| Génial...je t'ai déjà félicité Yoz...mais je recommence...et merci pour le récit...super!!! Tous des oufs!!!! hi hi... |
|  | | Vick Papangue


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 | Sujet: Re: La Diagonale des VRAIMENT fous, ou Yoz, le retour Jeu 28 Oct - 2:37 | |
| Félicitations en tout cas, ça fait plaisir d'avoir un CR de la queue de peloton ©Leplunul |
|  | | schuchu Topo Guide


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 | Sujet: Re: La Diagonale des VRAIMENT fous, ou Yoz, le retour Mer 27 Oct - 21:02 | |
| yoz j'ai eu les yeux humides à la fin de ton récit Olivier, leplunul a raison il faut faire publier ce récit dans les deux quotidiens. quelle belle leçon _________________ entrainement difficile - guerre facile
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|  | | titok Tangue


Nombre de messages: 70 Age: 38 Localisation: le tampon
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 | Sujet: Re: La Diagonale des VRAIMENT fous, ou Yoz, le retour Mer 27 Oct - 19:00 | |
| Désolé de t'avoir fait faux bon au pied du bloc cette année Allez encore une Diago  (et pas diégo) pour la route. Félicitation pour le récit toujours un plaisir de te lire Une seule chose  BRAVO Et à l'année prochaine |
|  | | Leplunul Ultra-Trailer


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 | Sujet: Re: La Diagonale des VRAIMENT fous, ou Yoz, le retour Mer 27 Oct - 16:48 | |
| | Olivier a écrit: | | Leplunul a écrit: | A faire publier dans la presse et à faire lire à tout le monde... |
Je vieux bien essayer encore cette année, mais l'an dernier, ils m'ont fait un sale coup à la dernière minute, après le concours de récit :
"Trop long" ils ont dit..... pfffffffffffffff..... |
C'est vrai que c'est long dans l'absolu. Mais au moins, c'est réaliste, sans détours, sans édulcorants et représentatif de ce que peut vivre un/une raideur/deuse durant cette épreuve. Et puis, il y a un happy end! Il faudrait publier le récit de Yoz (par exemple) qui fini bien malgré les galères sans nom, et aussi une récit d'abandon, pour mieux informer faire vivre aux lecteurs un peu de la vérité vraie...et parfois cruelle. _________________ Mi en fou dsa moi, mi sort Saint Joseph!!!
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|  | | Olivier ADMIN


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 | Sujet: Re: La Diagonale des VRAIMENT fous, ou Yoz, le retour Mer 27 Oct - 16:40 | |
| | Leplunul a écrit: | A faire publier dans la presse et à faire lire à tout le monde... |
Je vieux bien essayer encore cette année, mais l'an dernier, ils m'ont fait un sale coup à la dernière minute, après le concours de récit :
"Trop long" ils ont dit..... pfffffffffffffff..... |
|  | | Leplunul Ultra-Trailer


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 | Sujet: Re: La Diagonale des VRAIMENT fous, ou Yoz, le retour Mer 27 Oct - 16:29 | |
| Récit fabuleux d'une course de "l'arrière du peloton"!
A faire publier dans la presse et à faire lire à tout le monde... _________________ Mi en fou dsa moi, mi sort Saint Joseph!!!
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|  | | Olivier ADMIN


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 | Sujet: Re: La Diagonale des VRAIMENT fous, ou Yoz, le retour Mer 27 Oct - 16:23 | |
| waoooowwwwwwwww Bravo les filles, quelle émotion !! Bienvenues au club des hallucinés |
|  | | schuchu Topo Guide


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 | Sujet: Re: La Diagonale des VRAIMENT fous, ou Yoz, le retour Mer 27 Oct - 13:42 | |
| et oui et on sait qu'il sait belle leçon de courage _________________ entrainement difficile - guerre facile
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|  | | Yoz Papangue


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 | Sujet: La Diagonale des VRAIMENT fous, ou Yoz, le retour Mer 27 Oct - 13:20 | |
| DIAGONALE DES FOUS 21, 22, 23 et 24 octobre 2010:
*Jeudi 21 octobre, 16h57:
Nous y voilà: point de passage de la navette à destination de St Philippe. Le nombre de raideurs qui attendent est beaucoup plus important que l'année dernière, c'est impressionnant. Fleur, qu'est ce que tu fous???? La navette passe dans 5 minutes et tu n'es toujours pas là? Ca serait dommage d'être déjà hors délai!!!! Ouf, finalement les voilà qui arrivent enfin tous les 3 (Fleur, ma coéquipière et amie, Karim et Titouan, ses 2 bonshommes adorés), Titouan constellé de points rouges, varicelle oblige. Un adieu à nos hommes (les petits comme les grands) devant le regard amusé des raideurs ou accompagnateurs: les femmes partent pour la course, les hommes gardent les enfants à la maison!
On essaie de piquer un petit, tout petit somme dans le car, après avoir avalé quelques bricoles qui tiendront office de diner...
Arrivée Cap Méchant. A cause des bouchons, le car nous laisse à environ 2km du stade. Ca commence bien avec notre bardas et nos 3 sacs poubelles d'assistance qui nous scient les doigts et craquent de partout.
Entrée du stade, pointage, vérification du matériel obligatoire. On grignote encore un bout et on part déjà faire sitting à distance respectable de la ligne de départ. Danses, cracheur de feu, et petite banda bien sympatique nous permettent de patienter. Fleur ne se sent pas très bien, mal au ventre, envie de vomir. Le stress peut-être? « Ca va passer dès que le départ sera lancé! ».
1.Saint Philippe-Cilaos: je suis déterminée à me battre:
1. Cap Méchant-Volcan:
Ca y est, c'est l'heure. Premier coup de canon, les meilleurs (dont Kilian Jornet l'ultra terrestre) sont lancés. Puis arrive notre tour. On est comprimé les uns contre les autres, certains évitent même de justesse un poteau central! Le nombre de spectateurs hurlant entassés sur le bord de la route est ahurissant, tout comme la guirlande de frontales qui s'étend à perte de vue devant comme derrière nous. Waw, c'est beau! Mais il ne faut pas perdre le rythme, pour passer avant les bouchons du sentier de la montée du volcan.
« Oh non! Mon camel back s'est ouvert! » s'écrie Fleur, « mais continue Brigitte, vas-y! ». Bah non quand même, on ferme ça en 2 secondes, apparemment (et heureusement) rien n'est tombé. C'est reparti. Début de la route forestière, la foule des supporters se fait moins dense pour s'estomper complètement. C'est pas vrai, maintenant, voilà qu'il faut que je m'arrête pour une envie pressante. Je m'éloigne de quelques mètres dans un champ de cannes, et repars sans savoir où est Fleur. Garde le rythme Brigitte! Il fait chaud , si chaud, je regrette presque la pluie torrentielle de 2009. Et je souffle comme une machine à vapeur, hé bé qu'est ce qui m'arrive??? Ca commence bien! Après environ ¾ d'heure je rattrape Fleur. On continue ensemble un bon bout, trottinant dès que la pente n'est pas trop raide. Un gars qui va à notre vitesse nous dit qu'il était dans le car à côté de nous et qu'il avait trouvé ça super les mamans qui partaient pour la guerre en laissant là leurs bonshommes. Je trottine sur une assez longue portion, et je me rend alors compte que Fleur ne suit pas. Bon, c'est ce qu'on avait prévu, de faire notre propre course sans s'occuper de l'autre. Alors je trace. Bientôt le début des bouchons, je pourrai souffler un peu.
Nous y voilà! Comme l'an dernier, c'est l'accordéon: arrêtés les uns sur les autres avant un passage un peu technique puis une grosse accélération derrière. Et c'est toujours bien raide. Dans un bouchon qui dure un peu « Kilian, tu avances ou kwé??? » « Ba le moun i koné pa le sentier, c'est pour ça!». Sortie de la forêt, après le trop chaud, voici le trop froid. Mais tant que ça va à peu près, je ne m'arrête pas mettre ma polaire, je remonte mes manchons de bras et double tout ceux qui se sont arrêtés sur le bord du sentier. Finalement, même en ayant l'impression de ne pas avoir trop froid, je me rend compte que mes bras sont tout engourdis. Euh...Ca serait bête de frôler l'hypothermie alors que j'ai tout ce qu'il faut dans mon sac! C'est reparti vers Foc Foc, beaucoup plus à l'aise sous mes 3 épaisseurs de vêtements. Le ciel commence à prendre une teinte rouge et un grondement sourd se fait entendre. A la bifurcation vers Piton Bois Vert, le spectacle est magique, irréel, extraordinnaire: un cratère propulse dans un bruit infernal des giclées de lave rouge vif, tandis que 2 coulées sanglantes éclairent le ciel étoilé. Comme je ne peux m'empêcher de me retourner pour admirer ce spectacle unique, je trébuche à plusieurs reprises et me rattrape de justesse.
Poste du Volcan, 4h48. J'ai presque une heure et demi d'avance sur le temps prévu. Comme à chaque fois, je me goinfre de plusieurs sandwich et soupes, et c'est reparti.
2.Volcan-Hell Bourg:
La Plaine des Sables, l'Oratoire Ste Thérèse et le Piton Textor passent comme une lettre à la poste, magiques avec le jour qui se lève sur la rivière de l'Est. A Textor, je me fais acclamer « une fille! OUUUAAIIIIIS allez les filles!!, vous n'êtes pas nombreuses alors faut vous encourager à fond! ALLEZZ!!! BRAVO! »; Super! Merci!
Je préviens Ludo que je suis en avance, et j'apprends que Fleur a pointé 10 minutes après moi au Volcan. Elle ne doit donc pas être trop loin. Tant mieux.
Mare à Boue, Ludo et Txomin sont bien là, à la croisée avec la RN3. « Ca va? Pas de blessure? » Non, non, tout va bien! Ravito, changement de chaussettes et crème anti frottements. Toujours pas de Fleur, alors je repars. « Merci les gars! A bientôt! » Vous me manquez déjà...
Voici maintenant la première portion non repérée en reco. Ca commence tranquille sur un large chemin quasiment plat. Puis sentier avec petites descentes et remontées dans un cadre idyllique: petits ponts, rivière entourée d'un écrin de verdure et d'arums lumineux sous la lumière du matin. Quelques raideurs s'arrêtent même prendre des photos! Finalement, les pentes se font plus raides, et un long passage sur la route commence à bien me marteler les jambes. J'en ai plein les pattes. La flemme de courir. C'est reparti pour les sentiers, cette fois boueux, glissants, abruptes, qui nous amènent au fond de la ravine pour remonter aussi brusquement de l'autre côté. Et ça continue et ça continue, encore et encore. Tout le monde commence à en avoir plein les jambes. Où est la route forestière? « Courage, à la sortie de ce nouveau sentier, vous êtes presque au gîte de Bélouve! ». Tu parles. Ce que ce bénévole ne nous dit pas, c'est que le dernier sentier en question est long de 10 bornes, 10 bornes à éviter racines, boues, et autres obstacles, tout en passant et repassant au fond de la ravine glissante, avec des murs à descendre et remonter à chaque fois. J'apprends alors que ce n'est pas l'itinéraire prévu au départ mais que l'organisation a changé le tracé au dernier moment. Mince, je ne suis plus du tout dans mes prévisions horaires, malgré l'avance prise auparavant! Ca peste et ça grogne dans la file tirebouchonnée des fous. Et voilà que je ressens mon tendon d'Achille à la cheville droite; oh non, pas déjà! Ce sera mon 1er coup au moral.
Enfin Bélouve et la descente qui provoque de gros ralentissements vers Hell Bourg. Karim, Titouan et la mère de Fleur sont là. Je m'arrête souffler un peu sur le stade, mange un bout, et me fais masser par les kinés bénévoles. J'installe au fond de mes chaussures les talonnettes anti tendinite d'achille en esperant que cela puisse empêcher l'évolution de la douleur.
La suite me fait bien peur, avec cette terrible ascension du Cap Anglais qui nous en a déjà fait baver lors de la reco... Je repars donc ti pa ti pa sur cette épreuve (celle que j'appréhende le plus de tout le tracé) qui m'attend. « Fleur me rattrapera peut-être dans la montée! ».
3.Hell bourg-Cilaos: la fin des haricots
Pas de temps à perdre, me voilà dans la montée au dessus de Hell Bourg, et je croise déjà plusieurs raideurs bien pâles qui redescendent, leur dossard à la main, la mort dans l'âme. Je progresse à la vitesse d'une tortue, mais fidèle à ce que je pense devoir faire: « ne crains pas d'être lent, crains seulement d'être à l'arrêt! ». Il se met à pleuvoir, et la vue, magnifique lorsque le temps est clair, est totalement occultée.1 Beaucoup me dépassent, mais je les rattrape à plusieurs reprises quelques kilomètres plus haut, stoppé par la douleur ou la fatigue sur le bord du sentier. Le Cap Anglais est bien fidèle à lui même. Plus qu'un mur, il demande à chaque pas un effort suprême, imposant parfois de se tracter avec les mains ou de poser un genou endolori au sol. Je m'arrête plusieurs fois reprendre mes esprits. C'est alors que je lève la tête pour voir ce qui m'attend plus haut, et je découvre alors une vision d'apocalypse qui restera gravée dans ma mémoire. Un homme se tient le ventre au milieu du sentier et semble soudain se vider tel un geyser, sur le sentier très étroit mais également en contrebas, où les autres raiders tous plus blancs les uns que les autres ne semblent pas plus en forme. Plusieurs sont appuyés contre un rocher, essayant d'avaler un remontant, ou occuper à étirer un muscle contracturé. C'est terrible. Je me demande alors qu'est ce qui a pu nous pousser à vouloir nous retrouver là, à nous imposer d'avoir à vivre un tel moment de souffrance et de faiblesse. Pourtant, j'y suis, et je n'ai pas d'autre alternative que de continuer à progresser coute que coute, ressentant à mon tour des nausées et un sensation de vide intense.
En parlant je rencontre Gino, bien connu du forum, et que je n'avais jamais eu l'occasion de rencontrer. « Mais, Gino, qu'est ce que tu fais là? Tu ne devrais pas être dans le top 50?? » (j'apprendrai plus tard qu'il a souffert d'hypothermie à Mare à Boue). Il reste souriant malgré tout.
Enfin, après cette montée abominable et éprouvante, le Cap Anglais est atteint. Mais il nous faut déjà repartir direction le Piton des Neiges et le froid, car je voudrai essayer d'arriver assez tôt à Cilaos pour dormir quelques heures avant d'attaquer la suite. Étrangement, maintenant que la pente est plus douce, beaucoup de ceux qui m'avaient rapidement dépassé dans la montée du Cap Anglais sont arrêtés, l'air épuisé. De mon côté, je souffre un peu moins, et le mental revient. Je me dis qu'avec la descente du Bloc après le gite du piton, tout devrait aller mieux. Je la connais bien pour l'avoir faite à de maintes reprises en courant, et elle devrait me rassurer.
Gite du Piton des Neiges, 18h15. Ca caille dur. Une soupe, et on ressort les frontales, gants et polaire. La nuit commence à tomber alors que j'entame la descente vers Cilaos. Je dépasse d'abord plusieurs personnes, en trottinant, mais je me rend rapidement compte que je n'ai plus les jambes pour courir, et ce d'autant plus que la nuit camoufle les dangers du terrain. Mes yeux sont embués, la lumière de ma frontale tremblotante, brouillée par la poussière que dégage le sentier. Le moral flanche. Je met beaucoup plus de temps à descendre que je ne pensais, et lorsque je glisse sur les rondins faisant office de marches, et que je tombe à plusieurs reprises, je ne peux empêcher mes larmes de couler, et m'arrêter souffler difficilement assise épuisée sur le bord du sentier. Je dois me rendre à l'évidence, je n'en peux plus. Je me demande ce que je fais là. Je m'en veux terriblement de m'être délibérément mise dans une telle situation de souffrance physique et psychique. Je donnerai tout pour rentrer chez moi, dormir dans mon lit, retrouver dès ce soir mon mari et mon fils. La descente est de plus en plus pénible, le moral de plus en plus bas. Je me jure de ne plus jamais courir, même un footing, de jeter mes affaires de trail dès mon retour, de ne plus jamais évoquer le sujet de la course à pieds ni encore moins de l'ultra trail. Et au diable tous mes proches qui me supportent et m'encouragent. Après tout c'est moi qui souffre et leurs encouragements n'y changeront rien. Je ne veux plus subir ça. Jamais. Et je ne veux pas que mon fils choisisse un jour de vivre une telle expérience. C'est inhumain.
Je passe enfin le minuscule ravitaillement du Bloc. Je n'arrive même pas à remercier les spectateurs qui me félicitent. Ma voix (que j'ai déjà perdu en grande partie depuis le gite) est tremblante. Dès que j'essaie de prononcer un mot ma gorge se serre et je fond en larmes; c'est décidé, j'arrête. J'appelle Ludo pour le prévenir que je pense abandonner. Je cherchais ma limite? Et bien, je l'ai trouvée, c'est fini pour moi, c'est trop dur, je suis incapable de le faire. C'est fini.
Cilaos stade, 20h30. Je pénètre dans un village de zombies, et j'apprends que l'hécatombe a commencé, le taux d'abandons battant tous les records précédents.
2.Cilaos-la Redoute: fini le chrono, on passe en mode rando survie
Je ne déclare pas forfait immédiatement. Comme je suis la première à le dire (et même si je n'y crois absolument pas à ce moment donné), il faut se laver, manger et essayer de dormir un peu avant de prendre la décision d'abandonner. C'est ce que je fais. Un message de Fleur sur mon répondeur m'informe qu'elle est au gite du Piton, environ 1h30 derrière moi, et qu'elle a la patate, motivée à fond. Elle a monté le Cap Anglais en 2h30, après en avoir bavé à Bébour. Des ailes, probablement procurées par la pause réparatrice avec sa mère, son homme et son fils, dont elle a profité à Hell Bourg. Je suis contente pour elle, ça me remonte un peu le moral; Mais je ne me vois pas repartir au combat, et je ne veux plus entendre parler de classement ni chrono.
Je me lave rapidement et douloureusement (douches glacées, température extérieure avoisinant les 5°C), je mange des pâtes froides, et je retrouve enfin Fleur qui arrive sur le stade. Je lui fais part de mon épuisement psychique. Je lui explique que j'ai du mal à me croire capable de repartir, même si physiquement je ne suis pas blessée. On se donne rendez-vous à 1h du mat' devant le poste des kinés, pour se faire masser avant d'entamer la suite. Je laisse mon amie aller manger et se laver, et je m'installe sur un lit picot sous une tente de l'armée, le froid me glaçant les os à travers mon sac de couchage.
Le réveil de mon portable sonne, et en ouvrant les yeux, je découvre que tous les lits sont occupés, et que de nombreux raideurs épuisés errent à la recherche d'une place abritée où s'allonger un instant...Je me glisse dans ma polaire et mon k-way, et je file vers la tente des kinés, dans un froid polaire, et entourée des fantômes titubants dont la course s'arrête ici. Fleur est déjà entre les mains expertes d'une gentille kiné bénévole, glissée autant que faire se peut sous son duvet, les jambes dépassant seulement afin de pouvoir confectionner son strapping. Je croise alors Carole, amie et médecin bénévole responsable du poste médical de Cilaos. Elle me dit que les temps sont durs, les raideurs en sale état. Notre copine Caroline a d'ailleurs abandonné au bloc, épuisée physiquement et à bout moralement. Des bus sont organisés pour évacuer les raideurs malheureux avant que les semi raideurs ne prennent place sur le stade pour leur départ à 6h du matin.
Ca patine pas mal et au lieu du départ qu'on souhaitait à 1h30, on ne décolle finalement qu'à 2h20.
1.Cilaos-Deux Bras, enfin de la descente!
Direction Cascade de Bras Rouge, qui paraît interminable, surtout la remontée vers la route du pied du Taïbit. Je m'insurge: ça, l'organisation du Grand Raid aurait pu s'en passer! Nous faire descendre au fond de ce trou pour remonter derrière, par ces sentiers dangereux et raides, alors que les kilomètres et obstacles se sont déjà bien accumulés, c'est du sadisme ou de l'inconscience!!! Fausse joie aussi lorsque Fleur s'écrit « La route! » alors que ce ne sont que quelques raideurs arrêtés sur le côté.. Arg! On finit pourtant par l'atteindre cette fichue route et son poste de ravitaillement de « Taïbit Plage ». Un feu réconfortant réchauffe les cœurs et les traileurs somnolents sur les quelques picots installés sur le bas côté. On essaie de ne pas trop trainer, surtout qu'avec notre départ tardif de Cilaos et les abandons massifs, il ne doit plus y avoir grand monde derrière nous...
Montée vers l'Ilet les Trois Salazes, en mode ti pa ti pa pour moi. Fleur est devant, mais je rame dans les montées, comme à mon habitude. Un gars se cale derrière moi et on fera toute l'ascension ensemble, malgré mon rythme dérisoire. Les « papillotes » des raideurs tombés endormis sur les côtés se font de plus en plus nombreuses, malgré le jour qui se lève et nous offre un spectacle grandiose sur le cirque de Cilaos et ses remparts. Notre allure ridicule nous permet en outre de ne pas faire de pause, et le col du Taïbit est enfin atteint. Fleur est arrivée juste avant moi, et craint la descente raide sur Marla. Pour moi, c'est l'inverse! Mon terrain favori! Je plonge donc dans ce cirque tant aimé qu'est Mafate, en courant sur le sentier poussiéreux.
Après le pointage de Marla, quelques étirements et je vais saluer François, médecin du poste, étonné de me voir arriver si tard, et pensant que j'avais du abandonner comme tant d'autres. Il n'a pas fermé l'oeil de la nuit, les blessés ou malades s'étant sans cesse succédés. Il m'avoue que le nombre d'abandons et l'état des coureurs l'impressionnent, et il se demande ce qui nous amène à prendre goût à un sport aussi destructeur. De plus, le poste de Marla ferme dans quelques heures, et les blessés « peu graves » qui n'ont pas de raison d'être évacués par hélico doivent partir par leurs propres moyens!! C'est ainsi qu'un estropié souffrant d'une tendinite cognée aux deux genoux se voit contraint de partir direction le col des boeufs où un ami le récupèrera...
Quelques pâtes plus tard (servies par un bénévole adorable qui nous traite comme des princesses), et quelques mots échangés avec Gino qui n'est malheureusement toujours pas remonté à la place qu'il mérite, nous voilà sur le sentier vers Trois Roches. Fleur a toujours mal aux jambes dans les descentes (et là, c'est QUE de la descente!) alors je pars devant en lui disant qu'on se retrouvera à Trois Roches. L'avion bombardier d'eau rapatrié de métropole à cause de l'incendie du Maïdo de la semaine dernière n'arrête pas de passer au dessus de nos têtes, s'associant au balai des hélicoptères. Trois Roches, je demande aux gentils bénévoles de passer le message à Fleur, comme quoi, si elle ne me rattrape pas dans les 3 côtes qui nous séparent de Roche Plate (je rame toujours à la moindre montée), je l'attendrai là-bas.
L'ascension des 3 cols est fidèle à sa réputation, tuante. Mes quadriceps sont en panne, et je dois exercer à chaque pas avec mes mains une pression sur la cuisse pour pouvoir lever celle ci... Un raideur est arrêté sous un arbre, l'air bizarre. « Ca va? » « Oui, mais j'ai un problème, je n'ai pas de casquette! ». Effectivement le soleil cogne déjà bien fort. Je me tartine d'ailleurs une nouvelle fois de crème indice 50, et je continue ma pénible avancée. Une demi heure plus tard, le gars en question me redouble, coiffé d'une « casquette péi », constituée de grandes feuilles de fougères arborescentes! Ahahah! Arrivée à Roche Plate sous un soleil de plomb. J'essaie d'étirer mes quadriceps, aïïïïeeeee!!!!! en attendant la miss qui tarde à arriver. Qu'est ce qui se passe??? Fleur finit par pointer au poste, très pâle et les yeux brillants, sans doute un peu dans mon état de la veille au soir. Elle a galéré dans la descente, son moral est dans les chaussettes. Pause donc. Étirements. Ravitaillement. Ca semble aller légèrement mieux, et il faut repartir car le soleil tape trop fort. « C'est une montée entre Roche Plate et la Brêche? » je demande. Je l'ai faite à de maintes reprises, mais ça me semblait plus un faux plat qu'autre chose, parcouru en 5 à 10 minutes lors de nos entrainements Maïdo-Roche Plate. Et bé...après 130 bornes les faux plats ne sont plus ce qu'ils étaient!!!! Ca monte raide oté!
Le sentier qui remonte au Maïdo est fermé pour cause de chute de pierres, mais nous voilà sur la descente luxuriante qui plonge vers l'Ilet des Orangers. C'est beau et rafraichissant, on traverse la rivière, au cœur de petites gorges tranquilles. J'abandonne une nouvelle fois Fleur pour accélérer le pas dans la descente. « Elle me rattrapera dans les montées », me dis-je à chaque fois. Et la montée vers les Orangers n'est pas des moindres, une série de marches irrégulières achevant de liquéfier mes pauvres quadriceps déjà bien atteints. Arrivée à l'ilet, je me déchausse et me prépare à attendre ma compagne un bon moment, lorsque je la vois arriver en quelques minutes, le sourire aux lèvres, et saluant deux raideurs qui continuent leur périple. « Ils m'ont aidée, on a marché ensemble! » m'explique t elle. Eux aussi ont des problèmes de genoux, et ils continuent à leur vitesse, supportant en silence leurs douleurs...Ils lui ont dégoté un bâton pour qu'elle y prenne appui dans les descentes.
Allez, courage, le prochain pointage, c'est Deux Bras et toute sa symbolique!!! Gros poste qui marque la proche sortie de Mafate. On y va. Fleur rame un peu dans les passages techniques des descentes les plus raides. On se fait régulièrement doubler par des raideurs bien valides, et finalement, on finit par former un wagon d'éclopés: les 2 compagnons de Fleur de tout à l'heure, un gars en savates deux doigts depuis le col du Taïbit (ses ongles n'ayant pas survécu dans ses chaussures de trail), et quelques autres boiteux. Mais tout ce petit monde avance tant bien que mal vers son objectif ultime. Soudain, vision écrasante pour moi, en face, la file des raideurs s'élève sur une paroi très raide, après avoir traversé la ravine sur une passerelle branlante. Oh non, il va falloir encore grimper. Sans quadriceps. Je décide donc de fausser compagnie à mes éclopés et de prendre de l'avance pour cette fichue montée que je n'avais pas prévu au programme. Je double du monde en courant dans la descente, traverse la passerelle vertigineuse, et je me retrouve à nouveau à mon rythme d'endormi à manger du dénivelé positif. Arrivée en haut de cette longue première montée, j'en aperçois une autre un peu plus loin, et en discutant avec les autres, je me rend compte qu'il y en a plusieurs comme ça; Tant pis alors, je continue, alors que j'avais dit à Fleur que je l'attendrai en haut. Je lui envoie un sms comme quoi, au pire des cas, je l'attend à Deux Bras.
Je marche et trottine d'une bonne cadence, pensant à Deux Bras qui n'est plus loin. Nouvelle traversée de ravine (Bras d'Oussy) sur une petite passerelle au travers de laquelle on aperçoit le précipice en dessous, à vous hérisser le poil! A un croisement de sentier, j'entends quelqu'un qui arrive en courant, et j'aperçois alors un raideur pressé (ça devient rare à ce point de la course) qui passe devant moi en de grandes emjambées. Mais... Oh, un bracelet électronique bleu! C'est un semi raideur! Hé! Le semi raid est là!!! En voilà d'autres qui dévalent la piste, décidément dans un état de fraicheur bien meilleur au notre! Ca me redonne encore un peu de peps de me retrouver au milieu de ces gars qui galopent, et j'accroche leur pas. La descente sur la Rivière des Galets me remplit de joie et je revis ces instants magiques de l'année passées, mon arrivée sur Deux Bras et les ailes que j'avais ensuite gardées jusqu'à la Redoute, remontant plus d'une centaine de coureurs.
16h et quelques, Deux Bras! Yeeeepee! Je récupère mon sac d'assistance, me lave les pieds et les jambes, dévore un cari volailles et un rougail saucisse (!!!), et je vais me faire masser à la tente des kinés. Wouuuuuuuaaaaaaiilllle!!! Maman, j'ai trop mal aux quadriceps! Les filles rigolent en voyant mes grimaces lorsqu'elles massent les zones les plus sensibles.
Fleur arrive enfin plus d'une heure après moi, livide et chancelante, désespérée. « Je vais peut-être abandonner tu sais! » me dit-elle. Je pensais prendre de l'avance pour la côte de Dos d'Ane et qu'elle me rattraperait à mi pente, mais finalement je vais l'attendre pour repartir avec elle, et on restera ensemble le temps qu'il faudra.
2.Deux Bras-la Possession, ou comment dormir debout
Touuuuuuut doucement, Fleur en tête, on s'élance sur la dernière énorme montée vers Dos d'Ane. Je ne sais pas l'expliquer, mais cette côte qui me terrorisait tant l'an passé me laisse sereine. Tout va bien; On monte doucement mais surement, et finalement, Fleur qui se sentait à bout se retrouve à mener la cadence à la tête d'un wagon d'une vingtaine de raideurs. Un chien perdu est blotti sous l'échelle à mi pente. Dia? La motivation semble revenir, et on atteint même le village de dos d'Ane en 2h30, du coup l'assistance de choc de Fleur n'a plus le temps d'être là pour nous. Pas grave, ce sera pour la Possession, notre prochaine étape qui nous semble bien proche. Erreur fatale. Elle ne l'est pas. Le long chemin bétonné éclairé par le halo de notre petite frontale nous écrase de sommeil à chaque pas un peu plus. Mes idées se brouillent. Je ne comprend plus la moitié des choses. Fleur semble dans le même état et on s'échange malgré tout quelques bribes de conversation qui doivent sembler paranormales à la plupart des gens normalement intelligents. La réponse à une question n'a aucun sens mais ce n'est pas grave car aucune de nous deux ne se souvient déjà plus de la question. On voit des visages dans chaque tronc d'arbre, des ventres de femmes enceintes dans les rochers, des animaux improbables sur le sentier...
Ouf, l'entrée dans le petit sentier chaotique de la Kala nous sort temporairement de notre torpeur. Ca glisse, c'est raide, il faut se tenir aux branches, et ça remonte tout aussi dur de l'autre côté avec comme récompense tagué sur une pierre au sommet « Dure, non? ». Puis vient le chemin pierreux interminable malgré notre passage lors de la dernière reco. Cela fait 2 heures que Karim, Titouan et Lulu doivent nous attendre à la Possession. On grogne toutes les deux. Y'en a marre. On veut dormir. Je me rend compte que en 2009, à ce moment là de la course, j'étais déjà arrivée depuis plusieurs heures... et là le manque de sommeil m'assomme vraiment. Quand je vois les papillotes au bord du chemin je rêve d'en faire autant. Mais on nous attend sur le stade en bas, on se promet de piquer un mini somme en l'atteignant. Mais on n'y arrive jamais, c'est toujours plus loin, plus loin, encore plus loin. Tout d'un coup, je me dis que mon rêve est bizarre, que les bruits sont étouffés...Et je me rend compte avec effroi que je me suis endormie une fraction de seconde, tout en marchant!!! Waw!! Est ce qu'on peut tomber raide endormie même lorsqu'on marche?? C'est dangereux!!! Quand je lève les yeux, je suis tellement fatiguée que tout vacille. Il faut lutter contre cette nouvelle épreuve qu'est le manque de sommeil. Lutter encore, à chaque pas lutter à nouveau.
ENFIN, la Possession et son camp de miséreux pâles et désorientés. La mère de Fleur et Karim nous assistent admirablement: semoule sucrée bienfaisante, thé chaud réconfortant, et surtout installation d'un lit de fortune dans l'herbe du stade, pour quelques dizaines de minutes de sommeil profond indispensables. Je demande à Karim et Lulu de m'excuser, mais je ne PEUX PAS dormir là, je préfère même aller me coucher sous ma couverture de survie de l'autre côté s'il le faut...un pauvre gars est en effet en train de dégobiller tout son contenu gastrique à quelques mètres de là... Désolée, là, je peux vraiment pas! On déplace donc le camp à cause de moi, et, alors que Fleur se fait douloureusement masser les jambes par sa mère, je sombre en quelques secondes dans un coma profond (et je ronfle il parait!). Réveillée par les douleurs qui me scient le bassin, je suis admirative de voir la mère de Fleur à notre chevet, soulageant un peu sa fille de ses douleurs en lui maintenant les jambes. Et Karim s'occupe de Titouan à l'autre bout du stade, petit bout venu supporter sa folle de maman à 4h du mat' dans la nuit noire et glaciale. Je regarde ma montre, il est déjà 4h et quart, il faut repartir. Encore, se lever, encore, avoir mal, encore avancer...
3. Possession-La Redoute
Là, on se rend compte qu'on est vraiment dans la fin de course. Plus un seul coureur qui semble gaillard, et les semi qui sont entrain d'être coincés par les barrières horaires doivent rendre leur bracelet après une ultime tentative de progression vers La Redoute...
Chemin des Anglais et ses pavés irréguliers. Ca monte mais bizarrement mes jambes sont plus puissantes que quelques heures plus tôt. Le soleil recommence déjà à cogner. Je réalise alors que ça y est, on est sur ce fameux chemin des anglais, dernier tronçon du Grand Raid 2010, et pour lequel je me demandais lors de notre reco si nous l'atteindrions ce fameux jour du mois d'Octobre..
Grande Chaloupe, c'est la fin pour les semis raideurs hors délai qui rendent leur dossard ou deviennent marrons, continuant la course pour leur propre compte... la montée vers St Bernard est rude, et la traversée du bourg l'est encore plus; Nous ne cessons de pester, de souffler, de râler. Fleur a des instants in et d'autres out. Un exemple qui m'a marquée, après avoir vécu un passage d'épuisement, la miss se met à parler à une poule dans une montée de St Bernard, raide soit dit en passant (j'avais le souffle court) « Cocococoooooooot! » Euuuh, bien sur Fleur!!!! Ahahahahah!
Enfin, la DERNIERE montée du parcours, dans une forêt lumineuse et magique. La Fenêtre!! J'appelle Ludo, pour le prévenir qu'on arrivera dans 1h30 environ, mais ils sont déjà dans la voiture, direction la Redoute! Là, ça sent la fin!
Fleur prend la tête et essaie de faire quelques pas de course, mais ses articulations et ampoules la font trop souffrir. Finalement, il nous faudra beaucoup plus de temps pour parvenir au Colorado (où on retrouve move handi run). Un bénévole nous offre un punch...pour fêter ça! Puis la descente sous les arbres au dessus de St Denis se fait très pénible pour ma compagne qui gémit presque à chaque pas. On se fait régulièrement doubler, mais qu'importe, on est largement en dessous de la barrière horaire et le but est d'arriver, ensemble, à bout de cette gigantesque épreuve. Fleur craque à nouveau 20 minutes avant d'arriver en bas. On s'assoie quelques minutes, elle mange un bout. Allez, courage, nos hommes nous attendent juste là!
C'est reparti. Enfin, la route, enfin le pont et les files de voitures garées ça et là. J'appelle Ludo qui me dit qu'il nous attend sur la ligne, et que Karim vient à notre rencontre avec les enfants. J'aperçois alors avec bonheur Titouan et Txomin qui arrivent vers nous en courant, devant les spectateurs émus. Et là... C'est trop devant mon état de fatigue: je tend les bras vers Txomin pour le serrer contre moi, mais au lieu de cela, il m'évite et continue sa course vers Fleur quelques mètres derrière moi!!!! Je fais demi tour, et lui explique qu'on va courir ensemble, passer la ligne d'arrivée tous les 4, que les gens nous applaudiront. « NON! » et il me repousse le bras. Arg, ça c'est dur. Surtout dans mon état à cet instant. Du coup je pars en courant devant eux, feignant de l'ignorer. Après quelques dizaines de mètres, je me retourne et le voilà qui arrive ce petit ingrat!
Nous voici donc à la Redoute, tous les 4 mains dans la mains, courant vers la ligne d'arrivée de ce fameux stade de la Redoute, un sourire scotché aux lèvres.
Midi et quart, il nous aura fallu 63heures et 8 minutes pour traverser l'Ile de La Réunion par les 3 cirques, en passant par le volcan en éruption. 63 heures et 8 minutes pour venir à bout de cette terrible épreuve...
Pourquoi avoir envie de revivre de telles choses après ça???? Pourquoi cette recherche du surpassement de soi-même???? Pourquoi se sent-on différent après un Grand Raid?? Quelle absurdité, mais personne ne peut comprendre ce mystère sans l'avoir lui même vécu. Lorsqu'on rencontre un survivant de la Diagonale, on peut en parler des heures, et on sait qu'il sait. C'est tout. |
|  | | | | La Diagonale des VRAIMENT fous, ou Yoz, le retour | |
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