Salut à toutes et à tous,
Voici quelques bribes de mon humble expérience de 59 heures et quelques leçons à en tirer :
Tout d’abord la préparation :
- je n’ai jamais couru de trail auparavant, mais sur les conseils d’un ami (qui lui a abandonné à Hellbourg) je m’inscris au GRR ;
- je suis quand même un assez bon montagnard, vivant près des montagnes et aimant le dénivelé ;
- bonne préparation physique avant l’épreuve : 3 sorties de 1h1/2 par semaine sur du plat à 11 km/h ;
- une sortie montagne tous les 15 jours pendant 6 mois avant le GRR avec au minimum 2000 m de dénivelé;
- le GR20 en Corse en 6 jours en août 2010 ;
- 13000 m de dénivelé en septembre 2010 ;
- préparation du pied : jus de citron appliqué au pinceau pendant 3 semaines, en commençant 1 mois avant l’épreuve puis crème NOK ;
- puis, 10 jours avant le GRR : plus d’entraînement et régime dissocié type scandinave ;
La course :
- au départ : milieu du peloton, mes XT Wings aux pieds et un sac de 3kg (ne prendre que 1,5l d’eau, pas +)
- démarrer assez vite au moins sur jusqu’au sentier du volcan car plus on prend son temps et plus l’embouteillage sera long, à un moment où on est en pleine capacité de courir mais surtout parce que les barrières horaires sont serrées jusqu’à Cilaos et ensuite, elles sont plus larges. Et enfin paraît-il que pour les derniers, le ravitaillement manquait ...
- Puis, obligation de marcher avec des embouteillages interminables, mais qui permettent d’arriver à 2300 m d’altitude en parfait état.
- Donc pas de perte de temps au début, je me suis maintenu dans les 1200 au Volcan (au passage, superbe vue sur les coulées de lave) ;
- Ambiance de feu au ravitaillement de piton textor avec bénévoles danseuses ! ; puis coca salé, soupe, etc …
- Courir sur les portions plates ou descendantes ; rythme 9/10 km/h ;
- A Mare à boue : repas servi par le BIMA, très sympa ;
- Puis marche rapide dans la forêt de Bélouve, que j’ai trouvé cassante mais incroyablement belle ; c’est la première forêt équatoriale que je traverse ; ça a énervé tout le monde, mais moi j’ai trouvé la portion superbe et plus intéressante que certaines autres plus loin (à la Possession pas exemple) ;
- Bien s’étirer et s’auto-masser si on sait faire.
- Il faut arriver à Hellbourg en forme car les difficultés commencent seulement. Bien manger, se faire masser, s’étirer, changer de chaussettes et c’est reparti.
- Pour le cap anglais je propose l’apnée : il ne faut pas s’arrêter sinon, on ne repart pas ; c’est selon moi la grosse difficulté, avec des pas techniques, des passages glissants et aériens et surtout c’est très très long. C’est LA confrontation avec les fameuses marches Réunionnaises, caractéristique : 70 cm de haut.
- Une fois que l’on est arrivés au panneau, on pense avoir terminé ? hé bien non, ça continue sur un terrain accidenté jusqu’au gîte du piton. Là, c’est impossible de courir.
- Au gîte du piton, c’est glauque : tout le monde fait la tronche, il fait 1°C et il bruine. Vite repartir après massage vers des cieux plus cléments.
- La descente du bloc n’est pas fatigante, sans être facile techniquement ; mais ça glisse moins que la montée du cap anglais. Il vaut mieux le faire dans ce sens que dans l’autre comme pour le TDB,
- A Cilaos, ne pas dormir : c’est un mouroir et on risque de ne pas repartir tant les prestations proposées sont confortables. Bien manger, s’étirer, etc … mais ne pas trop tarder à reprendre car le Taïbit n’est pas très difficile. La montée est progressive et la descente permet d’accélérer ou de trottiner ; dans la montée du Taïbit, plein de gars dorment enroulés dans leur couverture de survie ; c'est assez irréel quand on éclaire avec la frontale ; on se demande aussi si ils sont bien ou en détresse ...
- Une fois dans Mafate, à part quelques grimpettes (d’ailleurs assez violentes), l’orientation est globalement descendante, avec toutefois des aimables marches de 70 cm qui traumatisent les quadris ;
- Une petite halte-sieste à Roche Plate d’une demi-heure et c’est reparti. Il est alors 9 heures du matin le samedi. Se faire masser dès que possible et le faire soi-même de temps en temps.
- A Deux Bras, superbe halte de 1h30 avec toujours la même formule : massage, changement de chaussettes et/ou chaussures, repas complet et on repart à l’attaque de Dos d’âne ;
- Dos d’âne c’est pas long mais au bout de 40 heures de course/marche, c’est éprouvant, surtout dans la partie descente (après le ravitaillement) où nous attendent des superbes marches à la réunionnaise (toujours 70 cm). Là encore, le massage reste le seul remède pour pouvoir encore plier les genoux ;
- Et là commence la partie ignoble : la descente vers La Possession, ou comment on paie avec nos quadris les luttes d’ego entre l’UTMB et la diagonale … le parcours de la grotte Kala est insensé et totalement dénué d’intérêt, sans marquage ce qui m’a fait douter de l’itinéraire véritable. C’est simplement faire du D+ pour du D+ et encore des p… de marches de 70 cm.
- A La Possession, je décide de dormir car les barrières horaires sont loin et j’ai peur de trébucher, de me casser la figure et donc de ne pas finir. J’enlève mes lentilles, je pique une couverture de survie qui traîne par terre et dodo.
- Je suis réveillé une heure après par la personne à qui j’avais « emprunté » la couverture et qui me la reprend. J’en profite pour repartir en pleine nuit car la montée des pavés noirs est préférable de nuit, sinon il paraît qu’on cuit dessus à cause du soleil.
- Cette portion est facile, il suffit de marcher au milieu ; les dalles sont à peu près alignées. La descente est comme toujours la partie la plus difficile.
- A grande chaloupe, arrêt rapide, avec soupe, sandwich et coca salé puis il faut repartir par la route.
- L’ascension du Colorado est interminable mais sans aucune difficulté. C’est pas marrant parce qu’on est sur la route assez longtemps à la fin. J’ai vu quelqu’un tricher et descendre d’une voiture furtivement. Chacun place ses performances là où il veut …
- je remarque plein de raiders qui dorment dans les abri-bus le long de la route alors j'en fais autant mais je n'arrive pas à dormir, donc je repars clopin clopant ;
- Mais une fois arrivé au sommet du Colorado, ça sent bon la fin.
- encore quelques marches de 70 et il me faudra un peu moins de 2 heures pour arriver à la Redoute, avec un petit sprint final pour le fun.
Quelques enseignements :
- le GRR en marchant c’est tout à fait possible, avec 3 nuits blanches consécutives. Comptez 59 heures quand même ! J’ai dû courir à peine 3 heures en cumulant tout.
- les Salomon XT Wings me conviennent parfaitement ; 2 ampoules seulement. D’où l’importance de l’entraînement et de connaître son équipement avant une telle course.
- Charger le sac au strict minimum : cela a un impact psychologique pendant la course ; il faut débusquer le moindre gramme superflu (je n’avais même pas pris mon portable)
- savoir se masser soi-même et ne pas hésiter à demander à une spectatrice sur le passage de vous aider ; les gens sont généralement ravis de nous rendre service.
- Boire salé fréquemment. Pour ma part, l’eau salée ne passe pas ; je préfère le coca salé
- Se renseigner sur la distance et le dénivelé avant chaque prochain ravitaillement pour prévoir la quantité d’eau à emporter (compter 0,6l par heure le jour),
- Se crémer les pieds à tous les gros ravitaillements, changer de chaussettes,
- J’espère que vous aimez le poulet rôti et les pâtes car c’est presque la seule nourriture que l’on trouve sur les ravitaillements, mais c’est quand même très bien ; y'avait aussi rougaille saucisse à Deux Bras ;
- L’enfer dans la montagne, le paradis au ravito : bien discuter et plaisanter avec les bénévoles, ça remonte le moral avant la reprise, c’est essentiel ;
- Prendre du Sporténine dès que possible ; ils en proposent souvent ;
- C’est le mental et lui seul qui permet de surmonter les douleurs articulaires et l’envie irrépressible de tout arrêter. Donc, cultiver celui-ci toute l’année dans les entraînements et ne jamais « négocier ». Se tenir à l’entraînement prévu, sans s’arrêter ni marcher par exemple.
- Le GRR devient une course exigeante et l’aspect course en famille disparaît. C’est la surenchère avec l’UTMB qui rend le parcours difficile et parfois même inintéressant, alors que la pente contre-indique la course, même à la descente. Parfois on se demande si on en retire un réel plaisir, alors que le site est grandiose.
- Compte tenu de la nature du terrain et de ces fameuses marches de 70, je ne pense jamais refaire le GRR, mais plutôt des courses plus roulantes comme l’Ultra trail des Pyrénées ou pourquoi pas l’UTMB. Il vaut mieux revenir faire de la rando à la Réunion ; les paysages sont beaux à couper le souffle.
Voilà pour mon expérience, très positive dans le CV d'un traileur !