Jeudi 13, il est 2h30 du mat et je n'arrive plus à dormir.
Alors que j'étais zen il y a quelques jours, ce départ à St Philippe commence à m'angoisser.
Arrivée à 17h sur place avec mes 2 dalons, Théo et Erick, de la Team qu'on a formé pour l'occasion.
Nous entrons dans le sas vers 20h et avons le temps de nous placer devant.
Objectif : Rouler ensemble le plus longtemps possible, jusqu'à Cilaos... si tout va bien.
Départ stressant et rapide. Je reste ds la foulée de Théo mais nous perdons Erick.
On se retrouve au premier ravito et à partir de là, rien ne va plus pour moi.
Mes jambes sont lourdes, le rythme n'est pas élevé mais je n'arrive pas à suivre mes 2 dalons. Ils ralentissent, m'attendent mais je sens que je suis dans un mauvais jour.
Ravito avant l’ascension vers Foc Foc, j'oblige mes camarades à grimper sans moi.
Je monte à mon rythme mais après avoir glissé une ou deux fois, j'ai une crampe qui lève aux ischios. C'est pas normal, pas maintenant, pas à ce stade de la course... Je ne comprends pas. Je mange bien, m'hydrate bien mais rien n'y fait, je souffre déjà...
Arrivé à Foc Foc en 5h35, ravito rapide et je continue vers le Volcan. Je commence à avoir un peu froid comme tout le monde mais je reprends quelques couleurs sur le plat.
Arrivé au Volcan en 6h12, mes ravitailleurs sont là, me réconfortent et m'annoncent que je n'ai que 10min de retard sur mes 2 dalons et qu'ils m'attendront à MAB... Mais je sais d'avance que je ne les reverrai plus.
J'ai mal au ventre, au dos et mes jambes ont du mal à tourner.
La montée courte vers le Textor devient un enfer. Arrivée au sommet, je me pose, regarde le soleil se lever... et je pleure. Gros coup au moral, je me dis que ce GRR va être un enfer mais je ne baisse pas les bras. Je me relève et j'essaye de me fixer des objectifs à court terme pour avancer.
Ma chérie me réconforte au téléphone et cela me fait un bien fou.
Je vois le ravito du Textor et d'un coup, je suis pris de vomissements. Plusieurs raideurs passent à côté de moi sans me calculer, sans me dire un mot, sans m'encourager, sans pitié...
Je me relève, repars et j'essaye de reprendre confiance en moi.
J'oublie les temps de passages que je m'étais fixé et me concentre uniquement sur le fait que je veux rentrer à la Redoute coûte que coûte.
Le ravito du Textor est à 500m... Je traverse la route... Je suis pris d'un mal de tête fulgurant... Et BOOM... le trou noir...
J'entends des gens parler autour de moi mais je ne comprends pas ce qui m'arrive.
J'entends : "
Cédric, Cédric, tu m'entends ?" mais aucun son ne sort de ma bouche et je n'arrive pas à ouvrir les yeux.
D'un coup, tout mon corps se met à trembler dans tous les sens, ma respiration s'affole...
J'entends l'agitation et des gens qui parlent autour de moi :
"Il part en convulsion",
"appeler les pompiers",
"Cédric, c'est Joel (Delmas), tu m'entends", "Cédric, reviens avec nous, ouvre tes yeux"
Mon corps se calme, ma respiration ralentit mais le froid m'envahit jusqu'aux os.
J'entends pour la xieme fois :
"Cédric, tu m'entends ?" et j'arrive enfin à hocher la tête en signe d’approbation.
A demi-conscient, Joel m'explique qu'il était juste derrière moi et que je me suis écroulé sur la route comme un pantin.
Les secouristes s’affèrent autour de moi, on me ramène au Textor. Je reprends vie tout doucement mais suis toujours en hypothermie car je suis resté longtemps allongé sur la route.
La chaleur recommence à habiter mon corps et on me transfère au Volcan pour voir le médecin.
Arrivé sur place, je vais beaucoup mieux, le médecin émet des hypothèses sur cette perte de connaissance mais rien de concret. Déshydratation, hypothermie, gastro... J'ai été grippé tout le mois de septembre, pas bien dormi la veille du départ mais je me sentais prêt malgré tout à affronter cette épreuve.
Il s'est passé 45min depuis mon malaise et j'ai l'impression que je pourrais repartir tellement ça va mieux... mais ça fait longtemps que les secouristes ont coupé mon bracelet jaune et découpé mon dossard...
Ma chérie fait la route depuis St Denis pour venir me récupérer à la Plaine des Sables...
Je suis inconsolable... J'ai tellement rêver de cette arrivée à la Redoute qu'il va me falloir un moment avant de m'en remettre.
Je sais que c'est mon corps qui m'a trahit et pas un manque de courage pour finir ce GRR. Mais pour moi, le résultat est le même et la déception tout aussi grande...
Bravo à tous les finishers et les non finishers GRR, TDB et Mascareigne.
Mention spéciale personnelle à mes 2 dalons Théo, finisher en 41h20 et Erick 48h46.
Mention spéciale Faux Rhumers Kea (super TDB, l'ami), Gaf (Je suis en admiration) et Laurent Delnard (J'aime me plonger dans brique après brique), Schuchu, Gino.
Je vais m'absenter du forum, histoire de me remettre tout doucement mais j'y reviendrai sans aucun doute d'ici quelques temps.
