Ca y est j'ai fini mon récit de ma diagonale des fous et j'avais envie de vous la faire partager....
Avant le DépartNous partons en fourgon, le 13/10/2011 à 12h00 de ST
DENIS avec pour but de dormir, ou au moins de rester allongés toute
l’après-midi, les jambes surélevées jusqu’à l’entrée dans le sas de sécurité du
départ du GRAND RAID.
Le temps n’est pas clément. On risque de démarrer sous
une pluie battante. Les sentiers vont être très boueux et on devra résister
longtemps avec des chaussures trempées, dans le froid du volcan.
On se gare à environ 200 m du Stade. Puis repos dans le
fourgon. A 17h30, barquette de riz cantonnais, qu’on a ramené de ST DENIS, puis
derniers préparatifs… Dernière vérification du sac et de la lampe, tout est
O.K.
La foule commence à arriver…
On quitte le fourgon à 19h30 : direction le stade et
ses formalités : enregistrement, contrôle de l’équipement obligatoire. Puis un
petit café, histoire de tenir le plus longtemps possible éveillé ; enfin, aux
toilettes où un bouchon commence à se faire.
Finalement, il fait doux, le temps est serein, et l'on trépigne
d’impatience avec le groupe DENIV. Depuis le temps qu’on attend ce moment… Je
ressasse encore et encore les mêmes pensées : pourrai-je résister au
sommeil ?
Enfin, l'heure fatidique approche, tout le monde se lève
et commence à s'agglutiner prés de la ligne de départ. Le chrono est lancé :
10 – 9 – 8 – 7 – 6 – 5 – 4 – 3 – 2 – 1 - l
e
départ se fait à coup de canon !Je suis prise dans l'entonnoir du départ.
Nous sommes comme des sardines en boîtes.
J’en perds ma timbale fournie par l’organisation. Une
bouteille a éclaté… qui sort de je ne sais
où. Je suis trempée.
La foule des coureurs s'écoule très vite, nous défilons entre les haies de
supporters. Nous trottinons à allure moyenne, en essayant de ne pas se perdre
dans la foule, Bernard et moi. Sara n’est plus visible. On a décidé que chacun fera
son GRR à son rythme mais on devrait pouvoir rester ensemble jusqu’à
Hell-Bourg, au moins.
On quitte la ville, le petit chemin serpente à travers les champs de cannes, et
monte en pente douce. On ne peut plus
courir et commence une marche très rapide.
Nous doublons des ombres qui s'éparpillent à droite ou à
gauche en fonction de leur gros ou petit besoin, tandis que certains continuent
à courir et nous dépassent.
2h38 plus tard, nous voici, au kiosque Basse Vallée qui marque le début du
sentier FOC FOC.
Pointage, Réapprovisionnement en eau et ravitaillement
marathon.
Montée vers Foc Foc :
Le sentier démarre de façon très abrupte, aucune vue,
pendant plusieurs kilomètres. Beaucoup de boue… Suite logique des pluies
survenues les jours précédents. On commence à croiser des gens assis au bord du
sentier, ceux qui ont démarré trop vite et qui ont un coup de pompe. D'autres
nous dépassent.
L'altitude augmente, le paysage change, il fait de plus
en plus froid.
C’est là que je suis toujours malade en reco. Mais là, le
rythme est tellement ralenti du fait des bouchons que je ne ressens rien.
On arrive près des rochers qui m‘ont servi de repère
durant les recos : les grosses difficultés de cette 1
ère partie
sont terminées.
On monte une colline de roches volcaniques, toutes les
petites lumières formées par les lampes frontales font une ligne continue dans
la colline : c’est féérique.
En contrebas, très loin, on aperçoit les lumières d’une
ville : peut-être ST PHILIPPE. Toute cette lignée est concentrée et on
avance presque d’un seul et unique pas. Personne ne parle, tout le monde est
perdu dans ses pensées et garde son souffle.
Je frôle l’hypoglycémie, je dois m’arrêter pour
m’alimenter. C’est là que nos chemins à Bernard et moi se séparent. Je prends
mon temps, j’ai de la marge. Lui, ne veut pas perdre de temps. Je lui rappelle
que mon but c’est d’arriver au stade de la redoute avant dimanche 16/10 à
16h00. Je m’assois, prends une barre de céréale, bois quelques gorgées de
coca : Ca va mieux… Je repars.
Enfin me voici à 04h43 à
FOC-FOC : 6h43 de marche pour 23 km et 2350 m de dénivelé.
Je cherche Bernard, je ne le vois pas. Tant pis ! il aura fait son chemin,
je continue après m’être réapprovisionnée en liquide.
ROUTE DU VOLCAN
05h35, voilà enfin l'immense ravito du Volcan, avec contrôle
informatique, des tas de voitures, les assistants personnels et notre
assistance DENIV. Je ne reste pas longtemps.
Je souhaite garder une marge sur les limites de pointage afin de me requinquer
sur Cilaos si possible. Je vois Valérie de DENIV de loin et je me dis que ce
serait sympa de faire un bout de chemin ensemble : je la rattrape.
Plaine des
Sables : J’aime bien ce passage, je trottine sur le plat et la
partie sableuse. Je regarde avec crainte la montagne en face qu’il va falloir
gravir et j’y arrive.
J'atteins le point culminant, l'Oratoire SAINT-THERESE. Le soleil se lève, on a
une vue magnifique sur la plaine des sables.
Puis je commence à descendre vers le
piton Textor. Petit ravitaillement, tout va bien. Et je
continue vers les pâturages en trottinant, c’est une descente cool. Je rejoins
Corentin et Mat du Forum. Corentin confirme une information reçue
précédemment : on ne devrait pas passer par les sentiers de Bélouve car
trop boueux. Ca me ferait gagner une heure sur le temps à effectuer pour
rallier Hell-Bourg. On discute et Mat me propose le ravito DDE avec massage.
Je ne peux pas refuser ça : je vais bien mais j’ai quand même fait 50kms
et il me reste 93kms…
On rejoint donc le point de contrôle de
MARE A BOUE au bout de 10h54mn.
Je suis affamée et dévore avec appétit les morceaux de poulet qu’on nous
propose. Je suis au campement de la DDE en compagnie de Corentin, Mat, et de
Bernard qu’on a retrouvé, mais qui envisage déjà de repartir vers Hell-Bourg.
Je profite du
massage gentiment proposé avant de reprendre les sentiers. Je me souviens d’un
conseil donné par Schuchu sur le forum : quitter MAB avant 9h30. Je prends
donc congé de mes hôtes.
Me voilà repartie sur un sentier
très boueux où il est nécessaire de s’accrocher aux branches à disposition pour
ne pas tomber.
Mon rythme reste régulier, la boue ne m’a jamais vraiment rebuté et je descends
plutôt bien, malgré la technicité du passage. Je reste juste prudente pour tous
les kms qu’il me reste à parcourir.
Je me retrouve seule avec moi-même, perdue parmi un groupe d’hommes qui
papotent et je me laisse emporter par cette rage de vouloir à tout prix arriver
au stade de la redoute.
J’avance donc d’un pas rapide, soutenu. Et je rejoins les sentiers très
redoutés de Bélouve.
Je n’ai jamais vu autant de boue : on s’accroche, on
glisse, on patine, on s’essuie et on se salit à nouveau. Au fond de moi, je me dis que ce n’est pas plus mal, au moins
mes pas sont plus amortis et je m’économise pour la suite. Demain, il fera
meilleur dans le cirque de Mafate. Je me rassure et ça semble fonctionner. Je
reçois des messages d’encouragement de mes amies Sonia, Nadège...
A la fin du sentier les ravitailleurs me rationnent en
coca et en eau : il faut en laisser pour les autres derrière… Je suis à
sec depuis 20 minutes environ, j’ai du mal à comprendre, mais bon tant pis je
prends ce qu’on me donne et je continue.
Je retrouve Valérie,
découragée et fatiguée de toute cette boue. Je lui dis que je suis fatiguée
également mais qu’il n’est pas question de parler d’abandon avec 2 heures de
marge sur le pointage. Tant que je suis dans le respect de la barrière horaire
et que je ne suis pas blessée, il est hors de question que j’abandonne. Je lui
propose de rester ensemble puisqu’on semble avoir le même rythme, et de
s’allonger les jambes surélevées ½ heure avant de repartir : elle est
d’accord. On ne reste que 10 minutes et ça va déjà mieux et c’est donc reparti
vers le gîte. C’est bon de pouvoir s'entraider et s'épauler dans la difficulté
des passages délicats et des moments de baisse de moral…
Nous entamons la descente vers
Hell-Bourg à bon rythme car on a toutes les 2 une assez bonne
descente. On commence à sentir très rapidement l’odeur des porcheries et je
peux vous assurer que c’est agréable de sentir cette odeur à ce moment là. Je
sais que ma famille m’attend et je me laisse emporter.
Le sentier se termine, on passe un premier pointage et
c’est la route vers le gymnase. Les gens nous acclament, nous encouragent en
criant nos prénoms inscrits sur nos dossards. Je me laisse griser par cette
chaleur. Je vois ma fille qui accoure. Que ça fait du bien ! Je la
rassure : je vais bien, aucune blessure, aucune douleur et toujours cette détermination
à vouloir arriver su stade de la redoute.
Je prends de la soupe, une banane et un café.
Je me donne 15 minutes pour me reposer, manger, avant de repartir, car
la nuit va tomber et je ne veux pas me retrouver de nuit dans le sentier du
monstre cap anglais.
RV est pris avec Valérie qui a également retrouvé sa
fille.
Je craignais tellement cette partie que je l’ai faite en 4 fois sur 1
mois : j’y ai fait plein de photo et j’ai donc gardé en souvenir tous les
passages les plus techniques, toutes les difficultés. J’ai quand même peur car
c’est sur ce passage là que j’ai flanché sur le GRR 2010. Pour moi, c’est un
défi d’arriver au gîte, dans mon défi de finir ce parcours. Le doute
m’envahit : en serai-je capable ? Je pense à tout le monde qui suit
mon parcours, aux conseils reçus par Gino (membre de DENIV et du Forum),
Anne-Marie (RUNNING CONSEIL), … à la déception de ma famille si je devais
abandonner…
On y va, le sentier se rétrécit au fur et à mesure et le
dénivelé se fait de plus en plus important : doucement, on avance l’un
derrière l’autre. Je ne parle pas, je me perds dans mes pensées, je garde mon
souffle et je me répète que j’y arriverai. Ah tiens c’est là que je me suis
faite une photo, et là celle de Sara… Je vois le bout du cap anglais : on
y est !
On s’assoie, on mange un bout, le plus dur est fait. Je
prends une barre de céréale. ZUT ! j’ai oublié mes gants et mon pull. Je
vais geler de froid au gîte. Valérie, comme par miracle, retire de son sac un 2
ème pull et
une 2
ème paire de gants : ça c’est une chance ! On prend
direction le gîte, je me dis que dans une
petite heure on entame la descente vers Cilaos, et rien que cette idée me donne
des ailes.
Ma compagne de marche ralentit et me conseille d’aller à
mon rythme. Je continue donc toute seule mon chemin.
A 20h25, je pointe au
gîte. Il fait nuit, je prends du coca et de la soupe et
j’entame la descente vers Cilaos en trottinant, je distingue les lumières de la
ville en contrebas.
Je me rappelle ce que Gino m’avait dit : pour finir
ton GRR tu dois arriver à Cilaos fraiche, comme si tu n’avais encore rien fait.
Je crois que c’est le cas. Je n’ai toujours aucune douleur et je suis moi-même
étonnée de ma forme physique. J’ai juste sommeil mais je vais dormir à Cilaos. Je
reste très prudente, vu les pierres, les rochers, et le vide que l'on devine à
chaque pas. Je me fais dépasser par certains raideurs, j’en dépasse d’autres. Les
lumières se rapprochent, je commence à entendre la musique puis les bruits de
la route. Je pense au repas que je vais prendre, au massage qui m’attend.
Aie ! j’ai failli tomber. Je me suis fait mal à la
cheville. Je m’arrête, je tâtonne. Non je continue. Je sens une petite douleur
mais ça devrait aller.
Il est 22H40 quand j’arrive à
Cilaos.
Le temps est clément, il fait juste frais. J’aborde le campement, tout
illuminé, qui s'est installé sur le stade.
Je repère tout de suite l’équipe de kiné. Je retrouve
Bernard qui me dit qu’il est tombé et qu’il ne sait pas s’il pourra continuer.
Il m’indique le service de restauration.
Je prends du riz et du poulet : je suis toujours aussi affamée. Mais
j’avale difficilement, je prends donc du temps, ma gorge commence à être
enflammée.
Une fois le repas pris, direction le massage et là c’est
le paradis : je suis entre les mains de 2 kinés et je crie de douleur et
de bonheur mélangées sous leurs savantes mains. Je leur parle de ma cheville
qui me fait un peu mal, ils me proposent un strap. Je me dirige ensuite vers
les tentes avec pour objectif dormir au moins 1 heure. Mission impossible, je
ferme les yeux, me repose, mais n’arrive pas à trouver le sommeil : trop
bruyant !
Bernard me dit qu’il abandonne, il a trop mal à la cuisse
et il risque d’avoir du mal à continuer dans le cirque comme ça. Je réponds que
moi je m’en vais de suite, je vais bien et j’ai toujours cette volonté
d’arriver au stade de la redoute. Je dormirai dans un coin de sentier. J’aurai
aimé prendre une douche mais je claque des dents tellement j’ai froid. Je me
change juste, tant pis pour la bonne odeur. Et je quitte le campement à 01h33.
Ca fait donc 27h33 qu’on a quitté ST PHILIPPE. Je suis trop heureuse de rentrer
dans le cirque car je me dis que je passe là une étape qui me semble un point
de non retour. La partie
cascade Bras Rouge, je la fais
dans un état second tellement j’ai sommeil. Je n’en garde pas beaucoup de
souvenir.
J’arrive au début du sentier du Taïbit, des lits de camps
sont disposés mais là aussi trop bruyant. Je devrai arriver à la cabane du
tisaneur et je pourrai profiter d’un petit coin pour dormir ½ heure. J’entame donc
la montée du Col du
TAÏBIT,
qui m'apparaît assez éprouvante. Le sommeil est trop fort. A peu près à 500m de
la cabane, je ne peux plus avancer, il faut vraiment que je dorme. J’aménage un
petit coin prés du sentier et je mets mon alarme de téléphone pour ½ heure. Ce
sera ma 1
ère ½ heure de sommeil au bout de 28h de marche. Elle sera
revigorante, je me réveille en forme pour enfin démarrer la partie la plus dure
du Taïbit. J’arrive au sommet, un couple est assis et mange : je suis
tellement enthousiaste que je crie : « on entame le début de la
fin ! ». C’est ce qui se disait sur la vidéo du GRR de SFR. Je me suis
persuadée de la chose et j’y crois. Eux, sont un peu moins emballés.
Marla :
07h23 : Pain, Formage, Coca, Soupe et Toilettes qui sont dans un état
pitoyable. Mais… A la guerre comme à la guerre, je bouche mon nez et je ferme
les yeux !
C’est reparti. Je ne trouve personne à mon rythme
longtemps, comme je l’aurai espérer. Mais je fais quelques petites rencontres, j’échange
avec l’un, avec l’autre. Des encouragements par ci par là, toujours dans la
bonne humeur. C’est agréable.
Trois Roches08h46 je continue sans pause, juste petit ravito
Roche Plate10h44 : Ravito
Là je commence à faiblir. Le sommeil me gagne. Je passe
le campement et avant d’entamer la brèche, je me dis qu’une petite ½ heure de
sieste ne me fera pas de mal. Je cale sous les filaos, en enclenchant la
sonnerie de téléphone. Vive le portable !
Une ½ heure après, c’est reparti ! Petit passage
très raide mais assez court avant la descente vers les orangers (que du
bonheur) où je vais me régaler d’une bonne salade de macaronis. Je remercie les
ravitailleurs et me dirige vers le gros ravito de 2 Bras où je me dis que je
vais enfin dormir peut-être un peu plus convenablement.
J’arrive à
Deux
Bras à 15h25.
Une dame faisant partie des ravitailleurs me propose
gentiment un podologue, je lui réponds : « mais je n’ai rien aux
pieds, par contre je sens l’odeur du poulet grillé et je suis affamée ». Elle
rigole et m’indique le restaurant de circonstance. Je m’installe à côté d’Alain
(de DENIV) et me régale de riz, lentille et poulet.
En même temps, je pense à la montée de Dos d’âne, dans
laquelle j’ai eu tant de mal en reco, et je me dis que tant qu’à faire, autant
la faire de jour, et si je mange et que
je repars tout de suite, je serai à Dos
d’âne avant la tombée de la nuit. Je dormirai en haut.
Je repars donc à 15h44. Je suis contente de pouvoir
traverser la rivière sans me mouiller. C’est dans cette montée, que je
craignais tant, que je me retrouve dans un état d’euphorie hors norme (expliqué
dans un livre d’Ultra Raid). C’est ce qui me permet d’avoir le même rythme de
quelques semi raideurs. Je suis consciente que cet état peut être dangereux,
mais je vais profiter de ça, pour tenter de finir cette ascension le plus
rapidement possible. Je sais qu’une fois arrivée en haut, Bernard sera là, et
que je pourrai dormir suffisamment. Alain me reparlera après coup, de cette
euphorie qui m’a gagné, mais qui m’a bien servi.
J’arrive au sommet de
Dos d’âne vers 17h30. Bernard m’a ramené un bidon d’eau et
c’est ce qui va me permettre une douche qui me fera le plus grand bien :
1ere toilette au bout de plus de 43h de marche. Je n’ai rien aux pieds, aucune
ampoule. J’en suis moi-même étonnée. La toilette me réveille, je n’ai plus
sommeil.
Je mange et je repars.
J’aime bien le
sentier qui suit : la kalla. Du coup, je n’ai pas fait cette reco.
Erreur : j’ai oublié les parties techniques du sentier. Je déchante au
bout d’une heure : je trouve que ça n’en finit plus, j’ai sommeil. Je vais
être à cours d’eau…
5 minutes après… une tuyauterie cassée.
Tous les éléments me sont vraiment favorables. Je dois me
reposer ½ heure, sinon je ne pourrai plus avancer. Je fais un petit coin dans
la descente de
la kalla et
c’est reparti pour ½ heure de sommeil réparateur.
Je continue et pointe à la
Possession à 22h02 soit au bout de 48h02. Je décide de juste
me ravitailler et de repartir tout de suite : ST DENIS est à côté.
Je me fais interpeller par un jeune homme qui me dit
« Oté Madame, Madame ou la fait Grand Raid ou ??? » Je réponds
« ben oui » Il se retourne vers ses camarades et dit « Oté
madame là, l’a fait grand raid oté ! ». Je rigole et je vais
reprendre ma route. Mes cousines viennent vers moi et me félicite, je leur
réponds juste « je vais bien, là je rentre à la maison ! » Je
croise Jean Hugues VOS, content de me voir là, et qui m’encourage.
J’ai de plus en plus de
mal à réagir, je sais juste qu’il faut que je continue à mettre un pas
devant l’autre pour arriver au stade.
Je commence à avoir un nœud à la gorge parce que je me
dis que là, plus rien ne va m’arrêter et que je vais y arriver. Je ris et je pleure déjà ! Je vais y arriver…
Chemin des
anglais fait en pleine nuit, je dépasse, me fait dépasser, j’ai
toujours du mal à trouver quelqu’un du même rythme longtemps. Je profite donc
de toutes les compagnies que je peux avoir. C’est à ce moment que mon
imagination commence à me jouer des tours : - Tiens ! des souris
accrochées par leur queue aux branches des arbres - Mais, non Bernadette ce n’est pas possible.
Et je rigole… Un autre raideuse, m’interpelle : « Eh venez voir une
famille souris, la maman et ses petits ». Je vais voir, me penche sous les
rochers, me relève, et dis « Y’a rien madame, mais ne vous inquiétez pas,
moi aussi je vois des souris aux arbres ». Faisait-elle partie de mon
imagination également ? A-t-elle vraiment existé ? Je ne pourrai pas
le dire…
Grande Chaloupe :
Bernard m’attend et je profite de la voiture pour dormir ½ heure. Il me
réveille au bout de 45 mn et là je fais un scandale parce qu’il m’a laissé
dormir 15mn de plus que ce que j’avais prévu. Je m’en excuserai et on en
rigolera par la suite. Il s’inquiète pour moi, je lui confirme que je vais y
arriver, j’ai mal au ventre mais ce n’est plus grave à ce stade.
Je monte au Colorado difficilement, fatiguée de ce bitume
qui n’en finit plus. Mon mal au ventre me gêne, je m’arrêterai régulièrement. Je
vois des lumières devant et derrière moi. Tout le monde avance presque avec autant
de mal, sans parler, machinalement. Des voitures passent, klaxonnent. On entend
de la musique. Mais il faut continuer de marcher : l’arrivée n’est plus
loin.
Colorado :
Pointage à 4h18 au bout de 54h18. Je m’assois, je mange, je prends un café
(après tout c’est le matin !) et je savoure déjà mon arrivée ! Je me
dis que tous ceux qui m’attendent ont vu mon pointage. Ils savent que j’y suis
presque.
Je vais redescendre la montagne en gagnant 25 places au
scratch général, tellement je suis contente d’être arrivée là. Je me vois
dévaler la pente, dépasser des semi-raideurs.
Arrivée au dernier point de vue du pont, je crie le
prénom de ma fille qui me répond. Et là je pleure, je rigole et n’arrête pas de
répéter à haute voix : je sors de ST PHILIPPE !!! Je sors de ST
PHILIPPE !!! Je l’ai fait ! Punaise, je l’ai fait ! Un assistant
du GRR qui monte le sentier me dit que ça fait super plaisir de voir quelqu’un
arriver comme ça en forme et aussi heureuse !
En bas du pont, je prends une allure marathon pour rejoindre
le stade : mes 4 sœurs, mes filles, mes neveux, ma copine et Bernard sont
là et je pointe à 5h36mn soit après 55h36mn de marche.
Je savoure ce moment qui passe finalement trop vite. Et
déjà, je suis pressée de la prochaine édition 2012.
Cette victoire je me suis battue avec moi-même pour
l’avoir et je remercie
particulièrement :
- mon club DENIV, ses entraineurs (Fred, Johnny et
Viviane) et mes camarades du club qui m’ont soutenu et encouragé
- RUNNING CONSEIL représentée par Anne Marie NEDELLEC, pour l’équipement LAFUMA et ses conseils
d’experte
- les forumers GRR
- mes amis, et surtout Gino et Sonia, Sara, Fred et
Sabrina
- ma famille, et surtout mon compagnon Bernard, ma mère,
mes sœurs et mes filles
RENDEZ VOUS EST DONC PRIS POUR 2012…