Bonjour à tous,
Je ne résiste pas plus longtemps à vous proposer quelques moments de ce temps fort de 2011 et, à la veille du renouvellement de vos bonnes intentions pour l'année à venir, je vous souhaite à tous une bonne et heureuse année 2012.
Bloavez mad ( comme on dit chez nous)
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Diagonale des fous 2011, le cheminement du doute à la redoute
Pas de doute, ce sera la redoute. C’était ainsi que j’avais terminé mon récit de 2010 ponctué par l’arrêt à CILAOS.
Après la tentative de 2010 et cet abandon justifié par, au moins, la raison, car pour être fou, la première condition est d’être doté de bon sens, la décision de repartir tenter le GRR en 2011 s’est imposée comme une évidence.
D’abord profiter de l’entraînement acquis pour l’édition précédente et utiliser l’expérience pour améliorer ces exercices. Ce qui avait lourdement péché, c’était l’entraînement spécifique. Ensuite, la course de montagne ne s’improvise pas sur les sentiers bretons. Il faudra renforcer l’entrainement en montée et surtout en descente. Au moment de descendre le Bloc avant CILAOS, mes quadriceps qui n’avaient pas été sensibles jusque là, s’étaient à la fois tétanisés, étaient devenus douloureux, et ne permettaient plus le contrôle des pieds. Ceci engendrait des pas mal assurés et des mouvements de pieds désordonnés avec chevilles tordues régulièrement et quasi entorses. J’avais mis près de 4h à descendre ce qui aurait dû ne prendre que 2h30.
Par contre j’avais senti que la forme physique générale était présente, et grâce aux randonnées de la semaine de vacances suivante, Mafate avait été démystifié. C’était la deuxième raison de l’abandon. En effet, rentrer dans cet univers inconnu et sauvage d’où l’on ne sortait paraissait-il que par ses propres moyens m’avait paru déraisonnable pour un organisme diminué par l’effort accompli.
Donc, dès la reprise, en décembre, maintenir une hygiène de vie. Pour moi, ça veut dire qu’au contraire d’avant, où je n’avais aucun effort à faire pour prendre un ti punch, il suffira de n’en faire aucun pour ne pas en prendre car curieusement cette envie m’a quitté au fur et à mesure de l’entraînement passé. Par contre, je m’astreindrai sans effort à prendre mon (plutôt mes 2) verre de bordeaux quotidien; On ne se refait pas complètement à l’orée de la soixantaine.
Entraînement progressif avec au moins 2 séances d’1 H 20 par semaine de vélo elliptique toute l’année complétées d’une sortie route d’abord en janvier/février puis de sorties sur les sentiers d’1 à 2 heures en mars avril. De temps en temps du fractionné et surtout des montées descentes multipliées à plusieurs reprises dès qu’un raidillon se présentait sur le sentier, prolongées par des séries de 2000 marches consécutives sur les portions plus accidentées du sentier. Pour l’endurance, pas de sorties longues prévues sauf, tous les 10 à 15 jours, une sortie de 3 heures sur sentier de douanier (25 kms à peu près).
En 2010, l’année d’entraînement avait été ponctuée par 3 tendinites et 2 entorses ce qui avait lourdement pénalisé le volume d’entraînement. Il s’agissait d’une reprise après plusieurs années sans aucun sport et tendons et articulations s’étaient eux aussi relâchés.
En 2011, aucun problème articulaire ni tendineux à déplorer, par contre, l’absence de périodes forcées d’arrêt d’entraînement par blessure a amené un phénomène nouveau : le problème musculaire, ainsi, 2 déchirures mal soignées aboutiront à un claquage musculaire du mollet droit en mi juin avec cette fois repos forcé de 5 semaines et reprise progressive en fin juillet.
Une reprise pour aboutir à de l’intensif en août (intensif pour moi veut dire 5 séances par semaine soit 8 h d’entraînement) Puis une inquiétude vers le 15 septembre par une petite douleur au mollet qui m’amènera à tout arrêter immédiatement pendant les 4 dernières semaines (sauf le vélo elliptique) finalement à bon escient comme la suite le prouvera.
Je note qu’à chaque fois le problème musculaire était intervenu au cours d’un fractionné ou d’une course trop rapide pour la bête. Soit, ce type d’entraînement ne convient plus aux seniors trop murs soit il faut être temporisé par un coach où un homme de l’art. Pour moi qui ai effectué mes entraînements en solitaire endurci, cette absence de science a été payée cash. Cela a été l’occasion d’acquérir cependant une connaissance de mes limites et l’habitude d’être attentif à ce que mon corps exprime car j’avais bien senti mais un peu tard, après coup, que j’atteignais une limite. Il aurait probablement suffi de réduire l’entraînement et même de l’arrêter quelques jours pour éviter le phénomène.
A ce stade on se repose la question, « Mais pourquoi remettre le couvert et tenter ce truc de ouf ? »
C’est vrai, c’est beaucoup d’entraînement, de temps à passer pour une réussite aléatoire et rien à gagner sauf peut-être une expérience personnelle nouvelle et un recul de certaines limites pas encore explorées à 57 ans.
Et puis ce sont les Iles tropicales et le plaisir de retrouver cette ambiance et ce sourire créole si agréable. Disons le tout net « y a pas que la course dans la vie » mais ça aide pour apprécier cette Ile et la découvrir car on s’imprègne d’un élément majeur de la culture locale. La Diagonale c’est le sport national, Il faut voir la ferveur et le dévouement autour des coureurs, la place prépondérante dans la presse locale. Pas un endroit où, pour lier amitié, il n’ait suffi d’indiquer qu’on a fait la diagonale.
Il faut dire que chaque famille Réunionnaise doit avoir au moins un membre plus ou moins éloigné qui s’y soit frotté.
Mais ceci étant, il y a le plus qui fait la réussite : avoir sur place le staff rêvé et dévoué qui se pliera en quatre pour permettre au sportif de participer dans les meilleures conditions. Merci Suzel, Merci Pierrot ; sans vous cette ballade aurait manqué de convivialité et le bonheur c’est surtout de partager les moments fous où les moments forts, C’en était un, et même majeur.
Et pourtant tout cela n’aurait pas été sans la complicité, la confiance et l’appui donné par Marie, dénommée : « Le Coach », qui a bien voulu vivre ces mois avec à côté d’elle, quelqu’un obnubilé par sa quête et conditionnant son temps à sa préparation, allant jusqu’à participer à certains entraînements et pas les moindres (Le SANCY dans le froid et brouillard au plus rude de l’été).
Et puis Jean Luc et Maryse qui ont permis et accompagné cette escapade en auvergne.
Quant à la propulsion elle a été donnée par Pierre l’ostéocoureur qui vise, le pôvre, le même objectif mais dans un avenir bien plus lointain. Bon, les conseils et l’expérience d’un vétéran pourront peut être suffire à le démotiver si besoin.
Il a fallu l’aide familiale avec les entraînements electrogsocontrôlés de François et la confiance permanente de Simon dans l’évidence de l’exploit et de sa suite tout aussi évidente dans une dimension encore plus grande (t’oublie pas que je frise la soixantaine quand même !!!). Je n’omettrai pas celle qui a permis de maintenir la lucidité tout au long du parcours : les bonnes intentions du « coach lentilles».
Grâce encore une fois au professionnalisme de mon médecin et sa confiance dans les moments de casse musculaire ou tendineuse, il a pu être possible de s’envoler vers le nirvana sans appréhension.
A la différence de l’année précédente, c’est sans stress que cette année s’est déroulée. Probablement car le parcours était connu et démystifié et que j’avais compris que le projet était suffisamment conséquent qu’il n’était pas besoin d’en rajouter et que par ailleurs l’ampleur en était telle que tout résultat (fût il l’abandon) méritait pour le moins le respect.
Le sac à dos quasiment complet, décollage pour la réunion le vendredi précédent la course, ce qui permet une adaptation parfaite. Le complément du sac à dos consistait au vêtement noir et bleu coupe vent imperméable respirant et tout et tout …qui m’avait tant réussi l’année précédente et qui avait disparu en cours d’année (probablement pas pour tout le monde, mais je ne citerai personne …). Pas moyen d’en trouver un en Bretagne malgré une commande réalisée en juin auprès du magasin spécialisé. A la réunion pas de problème : commandé avant de partir et disponible à l’arrivée chez «run escapade»
J-1 : Mercredi 12 octobre 2011 : distribution des dossards et puce électronique au Stade de la Redoute, Robert CHICAUD laisse entrevoir une adaptation du trajet pour tenir compte de certaines difficultés et là on se prend à rêver que le sentier dans Belouve décrit comme gorgé d’eau sera évité car déjà l’an dernier c’était une galère interminable.
Je passe un temps trop long à attendre les collègues du Forum pour une photo qui n’aura pas lieu du fait d‘un temps pluvieux digne de la Bretagne avec quelques degrés en plus. Je m’organise très mal pour aller chercher le bandeau de soutien à la lutte contre la mucoviscidose que, comme quelques autres, je porterai sur mon sac à dos sur le parcours. Si bien que je suis dans les derniers de la file qui recueille les échantillons publicitaires distribués dans les stands (crème pour les pieds, produits énergétiques pour avant, pendant ou après la course) et que je ne compte pas utiliser car j’ai ma religion et mes habitudes.
Le jour J comme Jeudi 13 Octobre 2011, Marie, Suzel et Pierrot me laissent m’isoler et préparer mes affaires du Sac à dos et les 2 sacs spécifiques qui seront acheminés vers 2 postes stratégiques (CILAOS et DEUX BRAS). En début d’après midi, une sieste assez longue me rassure sur le fait qu’il n’y a pas de stress particulier. Préparation des petits sandwichs (1/6 baguette jambon) Je compte en manger un toutes les 2 heures et j’en prépare 8 en demandant à Marie de m’en procurer d’autres pour HELL-BOURG. Finalement, seuls 3 des miens auront été mangés et je n’aurai pas besoin des autres. Il y aura suffisamment de nourriture qui me convienne aux différents postes de contrôle.
Pas non plus de barres énergétiques, mon alimentation se limitera aux soupes de vermicelle à quelques ravitaillements, à de nombreuses bananes et à des fruits secs. Ils seront complétés à Mare à Boue, à Cilaos et à Deux Bras par les repas complets pris en 5 minutes maximum et composés soit de poulet nouilles, soit de cari saucisses.
Cette année, je décide d’utiliser le même sac à dos du début à la fin même s’il est un peu lourd. Je le traîne partout depuis 2 ans et y suis tellement habitué que je ne le sens plus.
Il sera composé des matériels obligatoires, couverture de survie, coupe vent, 2 lampes frontales et leurs piles de rechange, sifflet, polaire, La réserve d’eau de 2 litres, les 2 bandes de contention, les médicaments pour les risques digestifs ou les douleurs, blessures et bobos du parcours. S’y ajoutent mes incontournables : une deuxième polaire car je passerai tous les cols en pleine nuit et il fera très froid, 2 tee-shirt, 2 paires de chaussettes, la casquette saharienne, mon téléphone qui fera office également d’appareil photos, plus celui, plus simple, de Suzel qui assurera les communications, une paire de lunettes normale, plus la paire de lunettes de soleil, 2 paires de lentilles quelques barres de céréales, et des médicaments homéopathiques, dont 2 tubes de sporténine. Un certain poids quand même
J’ai utilisé régulièrement au long du parcours ces gélules homéopathiques et toutes les 2 à 3 heures un comprimé de sporténine et aucune crampe, aucune douleur musculaire liée à la fatigue ne m’a pénalisé. J’avais aussi la fameuse pommade locale à base de plantes : « Le Kalmanou » conclusion : ça marche : Km 16 douleur au talon d’Achille qui de plus est un peu gonflé : je tente la pommade et m’oblige à continuer sans forcer sur le pied droit en limitant l’extension du tendon sensible et, au bout de quelques kms : plus rien et cette douleur ne réapparaîtra plus. A CILAOS et à DEUX BRAS, un petit massage des jambes au « Kalmanou » et je repartirai comme neuf. Donc j’y ai cru et ça a marché … Au moins cette fois.
Côté vision, l’an dernier j’avais galéré avec mes lunettes en ayant enlevé les lentilles au bout de 12heures comme le veut le protocole. Dans la partie humide et boueuse je ne voyais pas grand-chose et cela m’avait réellement pénalisé dans ma progression. Cette fois ma décision est de les garder jusqu’à ce qu’elles me gênent et je les conserverai avec bonheur jusqu’à la ligne d’arrivée sans aucun problème.
Pour limiter encore le stress, il me semble plus judicieux d’aller au stade avec le bus « spécial Grand raid » qui prend les concurrents sur le parcours et passe à PETITE ILE vers 18 h. Mon staff pourra venir plus tard pour le départ.
A l’arrêt de bus se trouve un groupe d’Ultratrailers de PARIS qui semblent très aguerris des grands rendez vous. Aucun n’a fait le grand raid mais le marathon des sables, l’UTMB et bien d’autres épreuves paraît-il. Un vétéran comme moi, de RENNES est aussi là. Il connaît bien la REUNION mais fait la course pour la première fois et a besoin d’information et, semble t’il, d’être rassuré. Je ne suis pas sûr que mes propos sur ma course de l’an dernier le rassurent Malgré mes affirmations qu’il ne faut pas traîner sur le sentier à cause des barrières horaires, il partira quand même trop lentement pour assurer et se fera éliminer à HELL-BOURG. (Très sympa il m’a appelé en novembre pour me féliciter et me raconter son naufrage dans la boue de Belouve).
Dans le car, en compagnie d’un réunionnais qui en est à son 15ème grand raid, on devise. Il a son staff un peu partout sur le circuit et semble très affûté.
Mais !!! J’ai oublié ma bouteille de Malto qui devait me permettre d’attendre les 3 dernières heures tout en accumulant de l’énergie.
19 h 30, à CAP MECHANT. Quelques minutes d’errance sur le site avant d’entrer dans le stade car une fois à l’intérieur on est bloqué jusqu’au départ.
Je déambule quelques temps entre les raiders pressés d’entrer et les spectateurs impatients de voir le départ des fous. La première, la plus visible est tout à fait dans le ton, c’est une spectatrice du coin tout digne d’un asile qui débite des prières à haute voix en se mêlant aux coureurs.
Finalement, il faut rentrer pour essayer de se placer et éviter la queue du peloton synonyme de retard au pied du volcan.
Aussitôt franchi le portillon, vérification du sac, premier pointage pour voir si la puce fonctionne, et puis on traîne parmi les 2500 coureurs, Un gars du groupe de PARIS me propose de venir parmi eux. C’est très sympa, le vétéran du groupe raconte leurs virées sur les plus beaux trails ou marathon connus et je me sens moins isolé, quoique leur expérience me semble un élément un peu déstabilisant. L’animation est là avec un groupe créole qui reprend régulièrement la chanson « officielle » de la Diagonale des fous. Une sorte de truc simple qui vous reste facilement à l’esprit et rythme chaque pas.
Marie Suzel et Pierrot sont arrivés avec ma bouteille de Malto, mais il leur est interdit de remettre quoi que soit aux coureurs dans le stade.
C’est d’autant plus étonnant que dans quelques minutes nous serons libérés et libres de retrouver la foule.
Après quelques tentatives infructueuses, Pierrot parvient quand même à me glisser la bouteille à la barbe des contrôleurs.
Je retrouve mon groupe et quelques minutes après 5…4…3….2…1
C’est le départ, ça pousse comme pour entrer au RU du temps des années universitaires. Il est 22H, il fait doux, contrairement à l’an passé, je pars en milieu de peloton ce qui m’assure un rythme plus rapide.
Nous avions convenu qu’il n’était pas la peine de rester dans la zone de départ totalement envahie par les spectateurs, aussi, Marie Suzel et Pierrot sont postés à un rond point plus loin. Je les salue au passage avant l’entrée dans le monde de la nuit et du volcan, sous le clair de lune qui permet de courir dans le halo des lampes frontales des voisins sans trop de risques pour l’instant.
Mon rythme est volontairement plus rapide que l’an dernier où je pensais qu’il fallait s’économiser pour la distance.
Les kilomètres dans les champs de canne à sucre sont agréables. Douce montée d’abord, j’en profite pour bien régler mon matériel en évitant de me faire doubler.
Déjà le kiosque de la forêt où nous avions randonné hier avec mes trois compères, le kiosque de Basse Vallée ne doit pas être trop loin. Mais non, je cours, j’avance bien, mais finalement c’est assez long. Le chemin est carrossable, parfois cimenté, rocailleux, mais assez homogène et large. Je suis bien, pas de pression rien que la lucidité qui me fait me concentrer sur chaque pas et sur l’objectif final, déjà.
On ne parle pas et d’ailleurs à qui ? Par contre je fredonne silencieusement le refrain entendu dans le stade.
Enfin !!! Le kiosque, qui préfigure la montée du Volcan. Au moment de pointer, après 16 kms et les 800 premiers de dénivelé positif, il est 0h16, un ¼ d’heure d’avance sur l’an dernier.
Tiens, Elzbieta (son nom, n’est pas commun et elle est facilement repérable), rencontrée à l’arrêt de Bus de PETITE ILE, pointe en même temps que moi, avec un de ses comparses. Pas le temps de traîner, juste de remplir le camel-back, d’avaler un mini sandwich, un demi verre de café, un peu de coca et je file vers la rampe qui débute à quelques centaines de mètres de là.
Effectivement, mon quart d’heure d’avance me fait éviter les bouchons et la montée est plus rapide que l’an dernier.
J’avais galéré en mettant ma tenue plus chaude l’an dernier à un moment où j’avais déjà froid, dans la montée. Cette année j’ai anticipé, juste avant le début de la rampe, pour être bien jusqu’à la partie moins dense en végétation où j‘enfile en plus le coupe vent.
Pendant 3 heures, je m’oblige à suivre un gars qui a un rythme souple et efficace et mettre mes pas dans les siens car il semble à l’aise et habitué de ces sentiers. Quoique l’on soit dans un boyau étriqué plus ou moins glissant et à la dénivellation très importante, certains forcent le passage pour doubler. Et déjà on commence à rencontrer quelques présomptueux, partis sur un tempo trop élevé, soit qui redescendent la rampe, soit qui sont écroulés, livides sur le bord de la trace, visiblement hors de leur limites. Et puis c’est le temps de la nuit qui passe en lucidité car aucune faute de pied n’est admissible et en somnolence mobile, c’est le temps du silence et de l’appréhension des éléments en 3 D car pour grimper on marche mais on s’aide des mains aussi.
Il faut arriver en quelques kilomètres à 2400 m d’altitude. Petit à petit, le froid engourdit et réveille en même temps.
Enfin, Foc Foc, la fin de la rampe sévère, puis le rempart que l’on longe en fin de nuit avec depuis quelque temps ce paysage qui perd progressivement sa végétation pour devenir lunaire. C’est aussi le moment où l’aube nous apparaît avec le froid intense quand on transpire et qu’on est habillé somme toute assez léger (on frôle seulement les 3°) et qu’on reprend des forces avec la dissipation du besoin de sommeil.
Toujours ce refrain permanent à l’esprit, ça commence à m’agacer, je vais essayer d’en trouver un autre.
Il est 4h53 très exactement au pointage et, sympa, Elzbieta et son copain ont décidément le même rythme que moi (malheureusement, elle n’arrivera pas au bout se fracturant la jambe en arrivant à HELL-BOURG). Quelques étirements, un bout de banane, remplissage du Camel-back et c’est reparti. Conscient de l’avance accumulée sur l’an dernier je ne veux pas prendre de risque en lambinant.
Rapidement arrive le ravitaillement du Volcan
Il est 5h54 quand j’y suis, en 1820ème position. Pointage, je vide mes chaussures de petits gravillons qui s’y ont insérés, quelques étirements, une soupe de vermicelle, un peu de coca, remplissage du Camel-back (le tout en 3mn) et direction, en trottinant, dans la plaine des sables, vers l’oratoire et sa rampe. Cà va bien, je double en douceur, mais je double.
En haut de la muraille, je retrouve la stèle du soldat mort de froid et hop : une photo pour la mémoire (la mienne).
C’est la fin de cette montée, direction Piton textor ; Pas de problème mais M….. il ne reste plus d’énergie dans le téléphone qui me sert d’appareil photo.
- Et alors on pense à quoi pendant toutes ces heures ?
- Heu !!! à rien, si ! à ne pas se casser la g…, à bien vérifier que le sac à dos est bien fermé, qu’on est toujours dans les délais pour le point de contrôle suivant, qu’on n’a pas trop froid ou trop chaud. Finalement on n’est recentré que sur soi même et son objectif. Pour moi, je m’étais conditionné pour l’arrivée à la redoute en visualisant le trajet mentalement et je ne voyais que l’étape suivant chaque point de contrôle ce qui m’évitait tout stress. Ainsi, que de la lucidité, sans autre perturbation avec la certitude de gérer, le temps, le trajet, l’alimentation, l’hydratation.
Point important : je me suis focalisé sur les sensations, et expérience oblige, j’ai été attentif, à tous les pas, au ressenti articulaire ou musculaire, à l’écoute de tout début de douleur ou perception d’anomalie.
J’ai aimé cette descente caillouteuse vers la route et le pointage de Piton Textor et en ai profité pour admirer tout en avançant ce paysage rude et sa transition instantanée vers les pâturages d’altitude de la Plaine des Caffres.
Piton Textor, il est 9h32, je suis 1722ème. Remplissage du Camel back et étirements, boissons, alimentation, le tout toujours en 3mns maximum chronomètre en main. C’est alors la descente à rythme rapide entre 2 rangs de fils barbelés agrémentés d’échelles pour franchir leurs intersections. On se suit par grappes de coureurs, cela commence à glisser dans les sentiers humides. Mais rien de conséquent. Puis quelques passages sur la route entre les prés où les paysans nous applaudissent et où on s’étonne pour la première fois d’être reconnu (les prénoms sur nos dossards sont, en fait, très visibles).
L’endroit m’est connu, les jeunes m’y avaient retrouvé l’an dernier et on est déjà à Maraboue
Maraboue, Km 50, il est 11h39, 1696ème.
Les militaires nous accueillent. C’est le poste de ravitaillement complet. Je pensais être à l’aise dans les délais mais le doute s’insinue. Ainsi, on nous informe qu’il n’y a plus de verres jetables. Il faut dire qu’on a reçu au départ un kit pour la boisson qu’on était censé utiliser, écologiquement parlant, jusqu’à l’arrivée, mais le système d’accroche du verre est trop fragile et nombre de ces gobelets seront perdus sur le sentier. Prévoyant le risque, j’ai mis le mien au fond de mon sac et avais prévu de ne l’utiliser qu’en cas de rupture de stock aux ravitaillements.
Ici, une et même 2 soupes de vermicelles, des nouilles au poulet, un café, j’en profite pour libérer mes pieds de leurs carcans et d’en faire l’inspection : RAS. Après les avoir enduis de pommade NOK, je reprends la descente.
Elle est d’abord agréable en lisière de champs et de bois puis brusquement abrupte, humide et glissante. C’est la déclivité de flan d’un haut coteau où on se retient à tout végétal possible, branche ou racine, en espérant que le précédent ne calera pas et que le suivant ne vous percutera pas.
Quelques commentaires sur le danger du sentier commencent à fuser. Certains confirment que plus loin c’est probablement pire et que les premiers ont été déviés sur la route pour éviter le sentier impraticable. Lueur d’espoir car l’an dernier, même sèche, cette partie avait été interminable et pénible (En fait c‘était faux, les premiers ont bien emprunté le sentier dans Belouve)
Col de Bébour, Enfin la route, avec, comme partout où l’on croise une partie carrossable, un orchestre improvisé qui vous ovationne et vous encourage. Et puis, c’est midi, il fait doux, pas de pluie cette année sur cette portion. J’en profite pour courir et doubler une bonne vingtaine de concurrents qui se ménagent.
Je confirme à 2 réunionnais qu’on va éviter le chemin difficile, si !! si !!! Y en a des qui l’on dit et en plus je vois bien qu’on commence déjà à l’éviter (je sais bien, je l’ai fait l’an dernier !)
Mais qu’est ce qu’il fout celui là à empêcher les coureurs de continuer tout droit ?
- Hein ? ah bon… on rentre dans la forêt là. Mais c’est comme l’an dernier alors M…
Je reconnais et au bout de 50 mètres déjà la boue et on s’enfonce, on glisse, on essaie de se frayer un passage ou plutôt des points d’appuis pas trop profonds dans les ornières. Et ça va durer 3 à 4 heures à patauger, à escalader le flan des ravines et sitôt la crête aperçue, à y redescendre, avec régulièrement de la boue jusqu’aux genoux. Certains y perdent leurs chaussures à plusieurs reprises. Heureusement pour moi qui ai déjà vécu la longueur de cette partie, sachant à quoi m’attendre, je tempère mon exaspération.
Mais j’en ai marre et je voudrais que ça en finisse là, maintenant, car je crois me souvenir que ça ressemblait à ça la fin du sentier ….
Mais non, une fois de plus on redescend et on redescend et on retraverse la rivière et ça remonte et on glisse, on s’accroche où on peut, les pentes sont abruptes et il faut non seulement dépenser de l’énergie pour gravir mais en même temps pour se retenir ou s’extraire des ornières profondes de 40 à 50 cm. Les pieds, les jambes, les mains sont pleines de boue et on nettoie de temps en temps l’excès au passage dans la rivière. Je m’inquiète pour mes pieds car je sais que les pieds humides dans les chaussures favorisent l’arrivée des ampoules. Je m’oblige à boire et m’alimenter en sporténènine et gélules d’arnica régulièrement.

Et toujours à l’esprit les premières mesures de la chanson du grand raid ; ça m’exaspère désormais mais je ne trouve rien d’autre qui veuille bien prendre le pas sur celle là.
On croise parfois un gars du coin à qui on demande si c’est bientôt la fin. Toujours les mêmes réponses qui semblent vouloir dire qu’il ne reste que quelques hectomètres ou que c’est dans 10mn et invariablement, une heure après, toujours rien en vue. J’ai aussi entendu le contraire, à croire que les réunionnais n’ont pas la même notion du temps et de l’espace que nous.
Et puis, enfin !!! on débouche sur le ravitaillement en eau de Belouve. Un pointage manuel où je remplis à moitié le Camel- back car je sais qu’après on est vite arrivé à HELL-BOURG. Mais, comme tous les collègues, beaucoup de temps a été perdu dans cette partie et mon avance par rapport à l’an dernier a fondu. Alors il faut accélérer pour limiter les dégâts et se faire plaisir à descendre en courant le plus possible les 400m de dénivelés de la rampe qui mène au fond du cirque de SALAZIE, premier des 3 cirques que nous devons parcourir.
Il est 16h25, 1592ème, quand j’arrive à l’entrée d’HELL-BOURG.
J’avais prévu d’y retrouver mon staff car je savais que c’était l’endroit stratégique après l’épisode démoralisant précédant. Marie est venue au devant et m’accompagne en prenant quelques photos, Désolé, Marie, j’émerge, hébété de la fatigue et de la boue et mes souvenirs restent imprécis sur notre rencontre qui pourtant me fait le plus grand bien.
Pierrot et Suzel sont là aussi et nous faisons ensemble les centaines de mètres qui séparent l’entrée de HELL-BOURG du stade. C’est un moment fort de retrouver son staff car HELL-BOURG est le point de non retour cette année pour moi. Comme je n’aurais personne à CILAOS, c’est maintenant qu’il faut être sûr de soi. Bon, en fait, je ne me pose même pas la question car je peux toujours avancer et je suis conscient que les heures qui suivent seront déterminantes en terme de forme et de délais.
Marie me fait savoir que le comité de course a pris conscience du caractère particulièrement difficile de la course cette année avec son passage anormalement boueux et a octroyé royalement ½ heure de plus aux barrières horaires. En fait il faudra quand même revenir aux barrières initiales au sortir de MAFATE car la course doit être terminée Dimanche à 16h.
Pour moi ça va pour l’instant, j’ai toujours 1h 3O d’avance sur la barrière à HELL-BOURG
Il ne fait pas chaud mais il faut me changer un peu et Marie lave mon corsaire que je souhaite continuer à utiliser car avec celui là je sais que je n’aurai pas d’échauffements.
J’ai l’intention de dormir un peu à CILAOS mais ayant peur de ne pas me réveiller, Pierrot règle mes téléphones pour une sonnerie à 2h 45, ce qui me rassure. Je voudrais voir un kiné où un podologue mais on me dit qu’il n’y a rien de tel au poste de HELL-BOURG.. C’est vrai que l’an dernier la question ne s’était pas posée, ayant sur place ma kiné et mon ostéopathe
Je me lave à l’eau froide, prends un maximum de ravitaillement, d’eau, car la montée du piton des neiges sera froide, longue et éprouvante. Je quitte les chaussures ASICS Trabucco choisies à bon escient pour leur accroche dans les zones boueuses qui sont derrière moi désormais et prends la paire de HOKA Mafate qui devrait permettre de moins sentir les cailloux et les aspérités de la trace ( c’était un conseil de shushu sur le forum et c’était bien vu). Il reste encore à ma mémoire les douleurs d’ampoule de l’an dernier dans la descente vers CILAOS.
Je traîne un peu avant de partir et c’est un tort car le soleil se couche à 18h30 et il fera progressivement de plus en plus froid à mesure que je monterai vers le Piton des Neiges, sommet de la Réunion.
Tiens !!! Mais j’ai oublié le refrain du grand raid, je tente quelque chose, non c’était pas ça et ça non plus, c’est étonnant, il m’a obnubilé pendant 80 Kms et je ne m’en rappelle plus !!
Cette portion constitue un fameux mets de résistance par sa difficulté car il va falloir passer de 1000m à 2500m d’altitude en quelques kms pour arriver au Gîte du Piton des neiges (caverne Dufour) et surtout gravir 1200m en 5 kms pour arriver au Cap Anglais, embranchement intermédiaire.
Un peu frisquet de partir avec mon corsaire humide même si Marie a réussi à le nettoyer sans le tremper. Au moment de repartir, je me rends compte que tout en étant déterminé, je n’ai pas l’enthousiasme de l’an dernier à ce point de la course. Sans doute car la nuit arrive, avec son lot de solitude, de froidure, mais surtout car je sais ce qui m’attend.
Et pourtant, avec humour, la direction indiquée nous dirige vers « Terre plate » !!!! mais ça ne dure que ….50 mètres maximum.

Et ça commence comme prévu, rapidement la pénombre sous les grands arbres de la forêt de résineux. Le chemin est difficile car c’est un enchevêtrement de racines que nous franchissons pendant un long moment avant de gravir, et là le terme s’applique vraiment, les rampes qui mènent au cap anglais.
J’avais trouvé cette partie très longue l’an dernier et l’inquiétude me prend quand le froid me saisit de plus en plus. J’ajoute la deuxième polaire qui se trouve dans mon sac depuis le départ. Mais au bout d’une heure, ça ne suffit plus, je me fais doubler, non pas par fatigue musculaire mais parce que je suis de plus en plus gelé.
A deux reprises, sur des lacets plus difficiles, je m’arrête, incapable de monter, transi, tremblotant. A ces moments, je prends conscience que mon chemin s’arrêtera là, que j’ai trop froid, que je vais prendre ma couverture de survie et me blottir dans un fourré en attendant les secours car c’est hors de mes limites. Je m’arrête donc, me recroqueville sur moi-même, et attends pour décider de la suite inéluctable. Ce qui me surprend c’est que cette éventualité ne me dérange pas. L’abandon dans cette épreuve n’est sans doute pour moi pas synonyme de ridicule. Je m’y suis préparé et je ne m’en voudrais pas. Je sais que je pourrais le dire sans en rougir. De toute façon j’ai trop froid et tant pis cette course n’est pas pour moi. Je suis quand même capable de faire 80 kms du raid le plus dur de la Réunion et même du plus dur de France, probablement du Monde et encore c’est la partie la plus dure du raid le plus dur que je suis capable de faire.
Mais au bout de quelques instants, je reprends un peu de chaleur, n’ayant pas envie de rebrousser chemin surtout que je dois être déjà assez haut et que, de toute façon, il vaut mieux abandonner à CILAOS où il y aura un poste de ravitaillement important pour attendre qu’on me rapatrie. Quelques raiders qui passent ne me semblent pas au top non plus mais ils avancent. Alors je repars et arrive progressivement au croisement du Cap Anglais. Cette partie m’avait semblé plus longue et même très longue l’an dernier et la fin de montée jusqu’à la caverne Dufour n’avait été qu’une formalité. Alors je retrouve un peu d’ambition pour la suite mais la route s’éternise et j’ai toujours froid surtout que sur la hauteur on a, en plus, le vent des cimes qui cingle et la végétation est plus rase.
Au bout d’un long moment apparaît la caverne Dufour, d’une manière différente de l’an dernier où je la voyais arriver de loin. Cette fois, c’est à quelques centaines de mètres seulement que je l’aperçois. Pourquoi ? Le sentier est le même, de toute façon il n’y en a qu’un !
Gîte du Piton des neiges : Il fait au mieux 2°, Il est 21h55, 1535ème, j’ai perdu une heure dans cette montée par rapport à l’année passée et j’ai désormais 1h30 de retard en comparaison de l’an dernier. Contrairement à ce grand raid 2010, je ne m’y arrête quasiment pas car l’espoir d’avoir peut être encore quelques chances d’arriver dans les temps me revient. J’ai un mauvais souvenir de ce mouroir alors, juste une soupe chaude et direction l’arrête qui surplombe le cirque de CILAOS. J’ai du mal à trouver mon chemin dans la nuit et les blocs de cailloux et hésite plusieurs fois. Alors j’attends quelques raiders qui semblent connaître le coin.
C’est avec appréhension que j’entame la descente qui m’avait été fatale à l’occasion du GRR 2010.
Mais surprise, la même que l’an dernier mais à l’envers : mes jambes répondent et je dévale la pente sans aucun soucis, sans aucune gène ni douleur. Au bas du « bloc », la route qui mène dans le dernier kilomètre à CILAOS me semble plus longue que dans mes souvenirs, il faut dire que j’étais en compagnie de Marie et de Pierre en 2010 et qu’ils me stimulaient.
CILAOS enfin !!! Après 90kms, il est 00h44 quand j’arrive. J’ai mis une heure de moins qu’en 2010 pour descendre le « bloc ». Je suis bien, juste une gêne sous les pieds, synonyme d’ampoule. Récupération de mon sac assistance et je m’en vais à la cantine pour un repas complet. Après m’être restauré en 5mns, retour vers le stand médical où il me faut attendre un moment mon tour pour voir le pédicure podologue s’occuper de mes ampoules. D’après lui rien de grave, il va percer les deux ampoules. Je lui demande de revoir mes straps en même temps car ma confiance dans mon boulot du départ est très relative et surprise, il me dit qu’ils sont encore très corrects. Ce sera aussi l’avis du professionnel à deux bras. Je rejoins les tentes des militaires et trouve un lit de camp juste libéré par un raiders qui lui, reprend sa route. J’ai ¾ d’heure pour dormir dans un endroit où ça caille réellement, mais je m’endors immédiatement.
Suffisamment inquiet de rater la suite bêtement, je suis réveillé avant mes sonneries et suis déjà debout dans le froid du matin quand Marie m’appelle, elle a organisé son sommeil pour m’assurer le réveil. Belle solidarité. C’est de plus en plus une réussite partagée et ça aide et conforte pour l’objectif final. Nouveau changement de chaussures (toujours des HOKA mais j’avais prévu une pointure de plus à cet endroit et ma vieille paire était placée dans mon sac d’assistance, alors pourquoi s’en passer ?)
3h 15, je me rends à la sortie du stade où un groupe d’autres coureurs semble sur le départ. Je cherche en vain une boisson chaude. Rien, un coca cola fera l’affaire. Et c’est parti direction le cirque de MAFATE. A CILAOS 250 raiders vont abandonner, fourbus, démoralisés par la route qu’il reste à parcourir ou blessés physiquement ou moralement.
La confiance est là, chez moi et chez tous les membres du groupe qui s’anime dans la nuit. Je sens que la forme est là aussi, le petit repos m’a requinqué. Mes collègues parlent de quelques douleurs ici où là. A part cette petite gêne sous les pieds, tout va bien. Si je ne me mouille pas les pieds ça devrait se stabiliser aux dires du pédicure. Je suis le groupe car il fait nuit noire et ce parcours qui commence dans la ville ne me semble pas clair mais certains semblent connaître. En plus leur rythme me convient.
Tiens voici la rivière qui signifie le bas de la zone, On la traverse en passant d’un caillou à l’autre et M … même après une heure de descente dans la nuit, je suis encore somnolent et je rate un appui et j’ai les 2 pieds mouillés. Quel C… ça va pas arranger mes ampoules !
Je rencontre Mat, la conversation est facile avec lui, c’est un membre du forum du grand Raid qui m’est familier depuis un an. Il connaît bien le parcours apparemment.
Au bout d’un moment arrive le ravitaillement du pied du Taïbit. Il est 05h 44 et je suis 1226ème. Enfin du café, des sandwiches, de la soupe, des bananes.
Quelques étirements et direction la 3éme grande ascension du trajet et là, si on était au niveau de la rivière à 900m d’altitude, on se retrouvera en haut du col du Taîbit à 2100m. Ce sera alors la bascule dans MAFATE, le 3ème cirque, celui d’où l’on ne sort que par ses propres moyens et qui fait peur à ceux qui sont trop affaiblis. L’an dernier des coureurs m’avaient effectivement découragés en disant « Le Taîbit c’est le juge de paix, si t’es pas bien tu ne le passes pas ».
Cette année, pour moi rien à voir avec cette prédiction. La montée est finalement facile, je devise tranquillement avec Mat. Le jour s’est levé et il fait bon. Au détour d’un lacet, Mat me raconte l’histoire d’un original écolo du coin qui accueille d’autres marginaux dans sa cabane, sur le parcours. Quelques minutes plus tard, il me propose de s’arrêter y boire la fameuse « tisane ascenseur » qu’on prend en montant le Taïbit (Pour les gens qui font le chemin contraire, il propose une « tisane descente »). C’est un jeune, habillé en bonze, qui nous accueille et nous sommes servis gratuitement par un autre jeune très gentil et souriant. La tisane est très bonne, je ne sais pas ce qu’il y a dedans mais il parait que ce sont des plantes du coin.
On continue et au hasard d’un détour, je décide de prendre un bâton comme autorisé par le règlement et jette mon dévolu sur une branche qui a été coupée récemment. Mat hésite et finalement en prend un car son respect de l’environnement lui interdisait d’en couper mais celui-ci fait partie des branches taillées par les services d’entretien des sentiers.
Des gars arrivent en courant derrière, ils protestent pour qu’on les laisse passer, ce qui a le don d’agacer Mat qui leur répond vertement mais poliment et s’amusera quelques kilomètres plus loin de les retrouver explosés.
Les 3 Salazes, 3 monolithes acérés que l’on longe marquent le haut du col du Taïbit et le 100ème kilomètre. C’est la descente vers MARLA sous le soleil, c’est magnifique. Des groupes d’Allemands nous croisent, que je salue et qui s’étonnent et semblent nous encourager pour certains et rester impassibles pour d’autres. Mat est resté derrière car il connaît quelques douleurs aux genoux et moi je dévale. Il fait doux puis chaud quand arrive le poste de MARLA qui nous accueille royalement avec repas complet. Je suis bien là et lambine, si bien que je retrouve Mat et nous repartons dans le même groupe qui s’ouvre également à un autre copain du Forum : Aurélien (Teten de son nom du forum du grand raid)
Je prends conscience, petit à petit, que contrairement à ce que je pensais, pour les horaires ce n’est pas gagné, surtout à « Trois Roches » où il est 11h26, je suis 1262ème, et où j’apprends qu’il n’y a plus qu’à peine quelques dizaines de coureurs derrière nous. Teten réussit à prendre des photos et de temps en temps à filmer notre progression. Il en tirera un document très réaliste sur son grand raid mais aussi finalement le mien car nous l’avons fait dans les mêmes conditions et ensemble pour une partie.
Mat et Teten connaissent bien le parcours, Mat est confiant et souhaite qu’on reste à son rythme, mais il connaît des difficultés articulaires et je commence à craindre qu’on en subisse des conséquences. Je lui dis que je vais aller à mon rythme car je n’ai pas le droit à l’abandon cette année. Mon âge ne me permettra très probablement pas de retenter le parcours alors que lui, plus jeune, et résident à la REUNION, pourra revenir plus sûrement. Il comprend et je m’éloigne progressivement.
La descente de MAFATE est belle, longue, mais est aussi composée d’une difficile et longue montée avant d’arriver au point de secours de la croix rouge. La nuit arrive alors que nous ne sommes pas encore à la canalisation des Orangers. Je pense régulièrement reconnaître le chemin mais tout aussi régulièrement j’ai l’impression que c’est beaucoup plus long et j’en arrive à être désorienté. Je ne comprends pas par où on passe. DEUX BRAS c’est par là pourquoi on passe par le sud du piton et pourquoi ça monte autant et si longtemps alors que Deux Bras c’est en bas de MAFATE au niveau de la mer ? Si je n’apercevais pas de temps en temps sur le sentier un trailer, je m’inquièterais vraiment. Une fille est devant moi et je la rattrape progressivement, elle est totalement dans sa progression, elle semble souffrir, je la double en la saluant brièvement pour ne pas la déranger dans sa marche laborieuse et la laisse à la quête de son graal.
Les paysages sont grandioses, j’ai beau y être passé l’an dernier en rando, je suis tout aussi surpris à chaque détour de découvrir des pitons et des ravines époustouflantes ; On traverse à plusieurs reprises la rivière des galets en la surplombant sur des passerelles ou en sautant d’un rocher à l’autre.

A un moment je m’inquiète, il fait nuit, on ne voit plus les rubalises rouges qui ornent le sentier et nous orientent. Le rouge c’est bien le jour mais la nuit comme il n’y a rien de phosphorescent sur ces bandes plastiques, on ne les voit que si, par hasard, la lueur de la frontale les éclaire de près. Ce pourrait être une suggestion pour les prochaines éditions.
Et encore plus inquiétant, des voix viennent d’un autre sentier qui rejoint le nôtre et des coureurs venus de je ne sais où me doublent. Là, commence la crainte d’avoir raté une bifurcation et de me retrouver avec des coureurs qui devraient être largement devant. Au prochain qui passe je pose la question de savoir par où ils sont passés et ouf !!! Ce sont des raiders du Trail de Bourbon qui sont partis ce matin et dont le circuit rejoint le nôtre à cet endroit. Ainsi, tout au long du reste de la course, je retrouverai ces traileurs. Le trail de Bourbon est le petit frère du Grand Raid, il fait 90 kms et conduit les coureurs sur la deuxième partie du Grand Raid, de CILAOS à ST DENIS. Très sympa, beaucoup nous félicitent pour notre courage d’être sur le Grand Raid.
La nuit est très noire quand, alors que je pensais en être à bonne distance et y arriver en suivant la rivière sur 1 ou 2 kms, se présente un gué qu’il faut franchir. A quelques centaines de mètres, apparaît dans la lumière et une certaine moiteur le poste de contrôle de DEUX BRAS tant attendu.
Il fait bon, il est 19h 04, je suis 1243ème, c’est le 127ème kilomètre.
Direction le ravitaillement et le rougail saucisse, pas de problème niveau alimentation tout passe bien. Nous allons entamer la 3ème nuit et je compte prendre un minimum de repos, mais je traîne et perds du temps à attendre mon tour pour voir le podologue qui finalement ne fera pas grand-chose estimant que d’autres ont des lésions beaucoup plus intéressantes.
Je retrouve Mat qui souhaite repartir à 21h et il est déjà 20h ; Je récupère mon dernier sac assistance et cherche un lit de camp. Je m’y masse avec le baume Kalmanou, fais quelque entretien des jambes et m’enduis de pommade NOK sur les pieds et les zones sensibles aux frottements. Marie me téléphone et, caché sous la couverture du lit de camp pour ne pas gêner les voisins, nous convenons qu’elle me réveillera à 20h45.
Finalement, je pourrai dormir un bon quart d’heure avant de reprendre le sentier.
En attendant Mat qui dort quelque part, je déambule, prenant une soupe et quelques cafés.
Il est 21h45 lorsqu’on franchit la sortie du poste de DEUX BRAS. Il faut commencer par traverser la rivière des galets dans la nuit noire. De nombreux supporters attendent les raideurs d’un côté et de l’autre cette rivière. Heureusement une corde est tendue entre chaque rive pour nous assurer le passage. Pour moi, pas de problème, habitué des pêches en rivière, je franchis sans inquiétude le gué, mais M…. je rate le dernier rocher et tente le rétablissement en prenant plus appui sur la corde, qui vu sa longueur se détend un peu et Plouf… j’ai les pieds dans l’eau sous les applaudissements des spectateurs, Bravo pour le ridicule. Bon il fait nuit, ils ne me reconnaîtront pas demain mais ce n’est pas l’idéal pour les ampoules.
Mat dit qu’au milieu de la montée se trouvent des échelles et je commence à grimper. Ce que je rencontre ne ressemble pas du tout à l’agréable balade faite l’an dernier avec la famille à Dos D’âne du côté de la roche vert-bouteille. Comme on m’avait dit qu’il n’y avait qu’un chemin pour arriver à Dos d’âne je croyais connaître. Hé bien non !!!, rien à voir, cette 4éme grande ascension est peut-être moins longue car il n’y a que 650m de dénivelé mais cela s’apparente régulièrement à de l’escalade avec plusieurs passages le long de la paroi en suivant des lignes de vie en câble d’acier. Je me sens en forme et distance progressivement mes compagnons. Cependant, l’effort est conséquent et commence à m’inquiéter en ressentant nettement les battements très rapides de mon cœur pendant des heures. Il doit être costaud pour supporter ce rythme ou il va claquer.
Tout à coup, vers minuit, on débouche sur une route où nous attendent des dizaines de spectateurs qui chantent et scandent les prénoms des coureurs. Recherche du point de contrôle et ….rien. Je vais vers la gauche car d’autres s’y dirigent et demande mon chemin et où se trouve ce contrôle. Et là, toujours même réponses, ça va du « c’est juste après » en passant par « un p’tit bout » ou « c’est pas loin ». On me dirige presque par hasard vers un sentier qui me semble être une ravine qui longe les maisons d’habitation et qui est très accidentée et toujours rien. Pendant une heure il me faut redescendre cette ravine très casse g…. et enfin arrive le pointage de dos d’âne, il est 00 h56, 1192ème position. Il est temps d’attendre les copains mais au bout d’une demi heure, n’y tenant plus je demande aux contrôleurs de dire à Mat, s’ils le voient que je suis reparti.
En cette nuit, la fatigue commence à se faire ressentir et j’avance péniblement. Heureusement, un gars qui participe au Trail de Bourbon reste avec moi pendant un bon moment. Il est de GUINGAMP et mon drapeau Breton l’a intrigué. On discute mais j’ai conscience de le retarder et lui souhaite bonne chance en l’encourageant pour participer au Grand Raid l’an prochain. La nuit est présente tout autour, nous ne sommes plus très nombreux et c’est dans la solitude et le silence qu’il faut avancer sur le sentier qui descend vers LA POSSESSION.
Petit à petit la fatigue est de plus en plus présente, j’avance au ralenti.
Un phénomène nouveau apparaît : les hallucinations. Au début c’est un peu bizarre, légèrement préoccupant mais rapidement je comprends et trouve cela génial, j’en profite et en redemande. Des animaux sont très visibles là où il n’y en a pas. Ce n’est jamais inquiétant, ce sont toujours des masses qui dans la pénombre ne sont pas précises et qui deviennent qui un renard, qui un sanglier, un chat ou un chien toujours immobile et qui s’estompent pour redevenir la branche ou le tronc d’arbre que c’est lorsque j’en approche suffisamment. Ce qui m’étonne, c’est que 2 choses proches sont vécues différemment : le tronc avec sa forme classique est vu comme le tronc qu’il est mais son voisin plus difforme devient autre chose. Au bout d’un moment, je commence à tituber dans le noir et à butter sur les embuches du sentier et la raison prend le dessus. Par crainte de la chute pénalisante, je m’assois par terre sur le côté de l’allée et décide de prendre ma couverture de survie pour dormir un peu. Mais mon geste ne se finit pas et je m’endors immédiatement sans avoir eu le temps de prendre mon sac à dos. Un bruit de passage à côté de moi me réveille. Je suis dans la même position que lorsque je me suis assis. Je repars un peu hébété, il s’est passé entre un quart d’heure et une heure et demie. Je ne saurais pas. Je finis la nuit comme je peux. J’ai perdu mes illusions ; dommage c’était génial!!! .
Aux premières lueurs du jour, il est 4 h 40 quand j’atteins LA POSSESSION au km 142. Plus que 20 kilomètres ; cela sent la fin. J’attends un peu les copains mais ne connaissant que leur surnom et même pas leur n° de dossard, impossible de savoir où ils en sont du parcours. Au moment de quitter LA POSSESSION, Mat arrive et me dit qu’il reprendra la route après une pause, je ne l’attends pas car, toujours inquiet des barrières horaires, le coup de barre de la nuit m’a fait craindre que d’autres moments difficiles n’arrivent.
C’est le chemin des Anglais qui nous attend, un chemin large de 15 mètres pavé de gros cailloux souvent noirâtres, très disjoints, en montagnes Russes sur 6 kilomètres où il fait de plus en plus chaud. Comment les anglais ont-ils pu faire cette allée si accidentée et surtout comment ont-ils pu l’utiliser ? C’est tellement vallonné que les carrioles devaient avoir mille difficultés à transporter leurs matériaux. Bizarre ces Anglais. Après ce passage où je me fais doubler, sans doute surtout par les coureurs du Trail de Bourbon, arrive la GRANDE CHALOUPE.
Pierrot m’appelle pour m’encourager et dire qu’il sera à La redoute pour mon arrivée en après midi et qu’au vu de ma cadence, il m’espère dans les délais.
Il est 7h34 quand j’arrive à GRANDE CHALOUPE au kilomètre 147. Je suis 1176ème et me requinque en quelques minutes. Le soleil achève de me redonner le tonus.
La forme est telle que je file sur Colorado en surprenant sur la route de SAINT BERNARD les coureurs du trail de Bourbon qui s’étonnent que je sois sur le Grand raid. Pierrot m’avait imaginé vers midi à SAINT BERNARD mais j’y suis et il est 9h 40 alors je l’appelle pour lui donner ma position. Branle bas de combat à St Pierre, pas une minute à perdre car ils avaient prévu notre rencontre à Colorado et Marie souhaite finir la dernière portion avec moi. Plus que quelques Kms pour y être. J’avance bien avec quelques moments plus difficiles dans le sous bois, mais ils ont dû foncer car ils sont là quand j’atteins Colorado, il est 10h52, je suis 1161ème.
Retrouvailles, c’est le moment d’enfiler le Tee-shirt officiel nécessaire pour arriver à la Redoute car désormais, il n’y a pas de doute : j’y serais à la Redoute
Marie prends des photos, se prépare. Je profite du ravitaillement et me goinfre de petits sandwichs au pâté, au jambon, au fromage et voyant un bénévole étancher sa soif avec une bière, lui en chine une qu’il me donne bien volontiers.

Ouahhhhh !!!!! Quel délice …. C’est le moment de prendre son temps car plus rien ne peut m’arriver. Je discute avec les bénévoles de la course de mes chaussures MAFATE qui les intriguent et repars avec Marie et un groupe de coureurs normands qui sont assez fatigués. On refait la course un moment et je les laisse derrière car décidément, la forme est là.

Pour la photo mais aussi parce que la musculature est toujours en état, je cavale d’un caillou à l’autre.
Quel c…. Aucuns problèmes musculaires ni tendineux pendant toute la course et là pour épater la galerie, je me fais des débuts de contractures aux deux cuisses. Bon j’arrête de déconner, un peu de Kalmanou et je descends en profitant de cette dernière phase que je savoure et sur laquelle on fait photos sur photos.

Il est facile de discuter avec les photographes officiels qui, comme par hasard sont bretons.
Le pont sous la route signifie la fin du grand raid et l’arrivée au stade. Marie m’avait prévenu mais effectivement, malgré son état fiévreux, Pierrot est là pour m’attendre avec Suzel et c’est au son de son accordéon que j’atteins l’entrée du stade.

Merveilleux moment dont j’aurai dû profiter plus longtemps, mais, l’envie de voir cette ligne d’arrivée qui me tend les bras désormais et cette route qui longe le stade en descendant agréablement dans la ville, m’emportent et, que dis je plutôt me font planer vers la banderole.
Nous avons bricolé mon bâton dans la dernière descente pour y installer un drapeau breton et je franchis l’entrée avec ce flambeau en ayant laissé Marie me devancer pour immortaliser en photos et films ce moment magique. Ouais ! je sais elle aura été plus vite que moi depuis Colorado !!!! Mais je me suis retenu. Bien que….
Je passe sous le portique d’arrivée dans un stade où règne toujours de la festivité et des applaudissements bien présents et c’est quand même extraordinaire car il y a déjà 40 heures que le premier est passé. C’est dimanche et finalement quitte à ne pas gagner le grand raid, il vaut mieux arriver à midi le dimanche quand la population est présente que 36h ou 12 heures plus tôt à minuit dans un anonymat relatif.

Là, une jolie créole vous passe la médaille du grand raid autour du cou, et vous remet le tee-shirt officiel de survivant du grand raid 2011 (un maillot jaune digne de ceux du tour de France mais que l’on n’échangerait pour rien au monde contre un tel maillot fût-il offert par Bernard Hinault) Passé la ligne c’est l’émotion, probablement parce que c’est fait, c’est gagné, on l’a réussi, tous ces mois d’entraînement, toutes ces difficultés surmontées, ces douleurs, ces inquiétudes de ne pas y arriver, d’être hors délais, toutes ces émotions, et surtout toute cette fatigue accumulée au long de ces 3 jours et 3 nuits sont libérés. Les larmes sont proches, elles perlent même, mais on a sa fierté et c’est si bon de retrouver les siens et d’être poussé vers le podium (juste pour y faire une photo) et d’enfiler le maillot jaune et de faire la photo avec la famille et ce raideur qui a abandonné à CILAOS mais se rappelle de vous et viens vous féliciter.

Longeant les « pom pom girls », direction le stand des podologues pour être tranquille dans les jours de vacances à venir et le repas servi au coureurs.
Je retrouve Teten déjà là et savourant son arrivée, puis Mat qui arrive aussi et c’est le retour à la voiture pour le rentrée triomphale vers PETITE ILE et là, sommeil intégral, bercé dans le cocon métallique jusqu’à la maison.

Sommeil difficile la première nuit avec réveil toutes les heures puis toutes les 2 heures le lendemain et au bout de 3 jours retour à la normal. Pendant 3 jours les jambes ont aussi exprimé leur désaccord sur ce qu’elles avaient subi en se manifestant par des douleurs sourdes et une augmentation du volume des chevilles. (C’est peut-être de là que vient l’expression qui veut que certains êtres extraordinaires ont les chevilles qui enflent).
Tout est rentré dans l’ordre au gré des baignades à grande Anse.
Et après quel programme ???
A ce jour tout est permis, et peut être de ne rien faire mais il est encore trop tôt pour décider, la Diagonale des fous 2011 est encore trop présente et probablement pour longtemps….. A suivre mais pas forcément à refaire ou à imiter… quoi que ….