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 CR : à la rencontre d'un mythe: part 1

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Olivier91
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MessageSujet: CR : à la rencontre d'un mythe: part 1   Sam 3 Nov - 13:25

Allez, foin de la petite polémique sur mon post un bilan de ma course, si ça vous tente, je vous livre mon récit, un peu édulcoré au début pour ne pas envenimer les choses Smile :


Quand j’ai entendu parler de la première fois de la Diagonale des Fous, je faisais partie de la majorité oisive qui admire les exploits des autres à la télé, le ventre bien protégé d’une couche de graisse bien installée. Je voyais ces extraterrestres vivre des émotions qu’ils nous communiquaient par procuration. Jamais, je n’aurais imaginé mettre le bulletin d’inscription, quelques années plus tard, dans une enveloppe, destination « Association Grand Raid – St Denis ».
En tout cas ce jour de mai 2007, j’ai franchi le pas, non sans avoir testé mes capacités d’endurance sur 3 éditions de l’UTMB. La perspective de me confronter à ce deuxième mythe, plus ancien que le tour du Mont-Blanc, ajoutée au plaisir de découvrir la Réunion en amoureux avec ma petite femme Alice (merci à mes parents de combler le vide que parents défaillants temporairement, nous laissons auprès de nos 4 enfants) m’emplit de joie pendant les longues semaines d’attente. Ces semaines ont heureusement été comblées par de superbes ultras en montagne, avec pour point d’orgue l’atteinte de mon objectif principal, 32h à l’UTMB).

Au fil de ces semaines, je constate que nous ne serons pas dans l’inconnu dans ces terres australes, puisque nous serons hébergés avec Val et sa famille et Gui, deux coureurs proches du podium, et que les UFOs ou Kikoureurs se déclarent plus nombreux de jour en jour à vouloir défier cette course d’anthologie. La perspective de croiser Tamiou (Patrice) et Brigitte sa femme, La souris (Virgine), Castor Junior (Cédric, notre voisin Orcéen), L’bœuf (Mathias), Stef, que j’ai pris l’habitude de croiser lors de nos UTMB, Monstertruck et Taz (Domin et Sandrine), Soul (Pierre, croisé une première fois lors du GR73), la Libellule (Yohann), j’en passe … accroît mon impatience d’arriver dans « l’île intense ».

Cette année, dans ce qui me semble être une surenchère inadaptée, le parcours du GRR s’annonce plus corsé encore que d’habitude, d’autant que l’ouragan de l’été a rendu impraticable la descente de Kervegen, ce qui conduit l’organisation à nous dévier jusqu’au refuge du piton des neiges, ce qui fait passer le parcours pour la première fois au-dessus des 150 km et 9200m de D+. Les sentiers sont annoncés très techniques et cassants, le programme est inquiétant mais bien alléchant.

Nous sommes donc nombreux à nous croiser les jours précédant la course, le lagon de St Gilles concentrant les coureurs en mal de repos avant l’épreuve. Nous croisons ainsi deux top-coureurs, Pascal Blanc et surtout le sympathique Antoine Guillon qui font partie des favoris. Antoine semble très affûté, concerné sans être crispé. C’est toujours un plaisir de converser avec lui.

L’ambiance lagon et cocotiers nous tient éloignés de la pression de la course jusqu’à la remise des dossards au stade de la Redoute. Là, cette pression nous gagne, mi-frisson d’émotion, mi-tremblement d’énervement devant quelques petites difficultés : 1h30 à 2h d’attente pour récupérer le dossard puis à nouveau attente pour récupérer les petits cadeaux des sponsors. Je me permets à ce propos une petite digression sur ces sponsors. Admettons qu’ils ne soient pas directement concernés par le trail (banque, alimentaire, …), même si je préfère la force et la cohérence du partenariat noué entre The North Face et l’UTMB, mais il faut bien vivre. Ce que j’admets moins bien est l’obligation qui nous est faite de porter un t-shirt hideux et rarement à la bonne taille (XL pour certaines femmes d’1m60, de vraies jupes !!) portant les logos de toutes ces marques dont je me contrefous absolument. Cet aspect-là me rebute profondément, « philosophiquement ». Mais, j’ai signé, je m’exécute en maugréant et en regrettant la part de liberté individuelle qui s’envole.

Au final, me voici en possession de mon sauf-conduit pour la course, le dossard 467. Je repousse les quelques idées négatives que les petites misères ci-dessus ont occasionnées et je commence à me laisser aller à la magie de l’épreuve. La pasta-party m’y aide. Elle nous conduit gentiment au moment du départ vers St Philippe et le Cap Méchant. Nous prenons de l’avance, je ne tiens pas à stresser pour arriver à l’heure. Alice, fidèle, m’accompagne. Nous avons mis au point notre plan de bataille, nos points de rendez-vous qui sont importants pour le moral. Par contre, le départ à minuit et la difficulté des routes de montagnes de la Réunion m’incite à proposer à Alice de ne me rejoindre une première fois qu’à Cilaos en milieu de journée.

Nous arrivons à destination et nous approchons du point de rassemblement du départ. Cédric, Mathias, Virginie et Yohann sont déjà là, dans la mêlée. Car, coupe du monde de rugby oblige, c’est à une vraie mêlée que nous convie l’organisation. Elle a décidé de nous faire passer, les 2500 coureurs, par une entrée de 2 m, par paquets de 6 ou 7, pour nous diriger vers le contrôle des sacs. La pression des coureurs est importante, on risque de se faire arracher le ou les sacs prévus pour les déposes sur le parcours à chaque instant. Les petits désagréments qui se succèdent, me mettent un peu mal à l'aise. J’ai du mal à entrer dans la course. Les autres ultras sont l’occasion de frissons d’émotion dès avant le départ. Ici, je suis énervé. L’énervement croît avec les atermoiements concernant l'utilisation des bâtons et le parcage de coureurs, sans échanges possibles avec les accompagnants. Cela crée une ambiance bizarre, ce n'est pas la convivialité tant recherchée par la plupart d'entre nous.

Nous nous rapprochons de la première ligne quand Stef nous appelle : il est en tête du peloton et nous invite à le rejoindre. Après avoir hésité, Cédric, val et moi le rejoignons. Nous serons bientôt positionnés juste derrière l’élite appelée à se mettre en place quelques minutes avant le départ. Celui-ci est donné sous les auspices d’une météo légèrement menaçante.

Ne comptant pas me griller d’emblée, j’avais décidé de partir au petit trot, mais c’est une marée humaine qui me fait passer à l’essorage. Je suis pressé de partout, çà pousse, çà piétine et, parti en deuxième ligne, je me retrouve peut-être 500è au bout de 100m !!! Ouaouff ! Quel départ. Je cherche absolument à me mettre à mon rythme, sans être influencé par celui, trop rapide, de la plupart des participants. Je cherche du regard Alice, espérant pouvoir l’apercevoir dans l’obscurité et la marée humaine. En vain. Et c’est presque un miracle qui me fait retrouver Cédric au bout d’un kilomètre. Nous avons un objectif similaire et sommes d’accord pour une stratégie de course en commun. Nous cherchons donc à rester ensemble. Malheureusement, une première colique au bout de 3-4 km me conduit à aller engraisser les cannes à sucre et à laisser filer Cédric. Tant pis pour la course en duo, mais c’était une règle que nous avions fixée ensemble. Je repars au niveau de Virginie. Je dois être au-delà de la millième place. Mon premier objectif de figurer aux alentours de la 500è place au volcan semble compromis.

Ces premiers km de montée progressive sur la piste forestière me permettent malgré tout de commencer à redoubler les coureurs par grappes entières. Je fais course commune pendant quelques instants avec Yohann, mais des cailloux me gênent dans la chaussure. Pas question des les laisser me gâcher la course dès le début. Je m’arrête deux fois et reperds une partie des places regagnées. Je ne m’affole pas. Je sais maintenant d’expérience que la course n’est pas vraiment commencée. Je devrais donner toute ma mesure sur la deuxième moitié. Seul souci, ne pas se laisser enfermer dans un faux-rythme de milieu de peloton.

A l’occasion des 2 ravitaillements qui précèdent la vraie montée au volcan, je double plusieurs dizaines de coureurs et je dois être environ 700è à l’entrée de la monotrace boueuse que nous allons remonter pendant 1800 m de D+. Cà y est, ce coup-ci on attaque la vraie course. Le terrain est particulièrement difficile, racines et boue, grandes marches, flaques où l’on s’enfonce à la cheville, bas-côtés couverts d’une épaisse mousse qui ne porte pas le poids d’un coureur. Je sens bien que je suis loin de mon rythme de croisière, alors je commence ma partie de pacman. A chaque léger élargissement de la trace, je donne un coup de rein et gagne quelques places. Le jeu est relativement amusant, même s’il est interrompu par quelques arrêts prolongés dès que le terrain nécessite de poser les mains. Certains coureurs se lancent dans ce genre de course avec une pratique visiblement limitée de la montagne.

Cette longue montée (2300m de D+ en tout) me permet de trouver le rythme de la course, mais les nombreux bouchons ne me permettent pas encore de l’apprécier. Cependant, la forêt devient soudain moins épaisse, moins humide, moins sombre. Nous approchons du volcan. En même temps, les coureurs commencent à s’étaler. Nous arrivons sur une espèce de contrefort du cratère où la pente devient soudain plus douce, et commence même à onduler dans un terrain qui se devine lunaire aux premières lueurs d’un jour naissant. Il fait froid, mais nous étions prévenus et le coupe-vent fait son office. Peu à peu la sérénité commence à s’installer en moi. Les énervements initiaux font place à un émerveillement progressif. La magie de l’ultra conjuguée à la magie de la Réunion commence à faire effet. Je débouche à Foc-Foc, 3è ravitaillement, au moment où le soleil illumine une épaisse mer de nuage recouvrant le versant est de l’île. Je vais prendre pied sur la plaine des Sables. Je quitte une végétation rare, dominée par un vert pâle et un jaune citron pour arriver là où pas une végétation ne poind. Mais le minéral prend le relais, avec des couleurs de roches couvrant tout le spectre des rouges, ocres, marrons, gris, flamboyantes sous l’éclairage rasant du soleil. Je suis enfin saisi par l’émotion. La bonne, la positive, celle que je recherche dans mes ultratrails, celle qui fait dire en son for intérieur « P…, que je suis bien ! » La beauté du paysage, magnifiée par l’effort, par les longues heures d’obscurité et d’humidité que je viens de traverser me prend à la gorge. Bête émotif que je suis, je ris au vent, les paupières se charge d’une humidité bien agréable. Je pense à Alice, à mes enfants. J’aimerais leur faire partager ce moment. Je pense aux potes qui ont déjà pris ce choc esthétique en plein visage … ou qui vont le faire sous peu. Je pense à Soul et Domi qui passeront certainement plus tard, mais qui liés d’une indéfectible amitié goûteront ensemble ce moment, pour peu que le physique suive. Je pense à Cédric, certainement loin devant, que j’espère en voie de tenir sa revanche après sa déconvenue de l’UTMB. Je suis empli d’ondes positives. Je ressens, j’imagine les potes connus ou inconnus qui suivent notre progression sur Internet. Leurs messages m’ont fait chaud au cœur.

Je pense aussi à tout ceux qui, trompés par les paillettes de la vie moderne, passent au travers de ces émotions, se limitant à vivre par procuration en regardant Koh Lanta. Quelles peurs les éloignent de ces moments forts, quelles illusions ? Il faut de tout pour faire un monde, certes, mais combien sont-ils ceux qui loupent une vie plus intense par aveuglement ?

En tout cas, moi aveugle, sur ce coup-là, je ne le suis pas ! Et c’est les yeux écarquillés, mus par une force vitale d’enfant que je cours d’une foulée souple sur ce sol si adapté à la course à pied. Je ne tarde pas à avoir la surprise de reconnaître Sandrine au loin. Elle est avec Mathias. Elle a dormi 1 heure et remonte tranquillement le sentier à la rencontre de ses nombreux amis. L’embrassade est chaleureuse. Elle m’apprend que Cédric est juste devant, à 3 minutes. Je suis surpris, mais ragaillardi par la perspective de faire la jonction, et pourquoi pas renouer le fil rompu de notre course à deux.

Effectivement, je ne tarde pas à le retrouver au ravitaillement suivant. Il a une tête un peu fermée : dans la cohue du départ, il a reçu un coup de coude violent dans les côtes qui le font souffrir depuis le début de la montée. Nous reprenons noter petite foulée ensemble, mais je sens son moral chancelant. Je pense soudain que j’ai de l’Ibuprofène sur moi, et que cela fait souvent des miracles. Je lui propose, il accepte … et bientôt ses douleurs s’estompent. Le sourire revient et nous entamons une longue partie de course en commun. La règle que nous nous fixons volontiers est : on finit ensemble quitte à ne pas optimiser notre temps … sauf en cas de défaillance sévère de l’un des deux. Cédric insiste pour n’évoquer que sa propre défaillance. Je lui rappelle qu’en ultra, personne n’est à l’abri, surtout pas moi.

A ce moment, j’ai la sensation d’aider Cédric à maintenir un bon rythme. L’ambiance est sympathique entre nous, nous discutons, prenons des photos (enfin surtout Cédric). Nous doublons peu à peu les coureurs qui nous précèdent. Aucune douleur, pas de fatigue, des moments de détente quand nous amusons à dévaler les descentes rapides dans les cendres du volcan. La montée à l’Oratoire St Thérèse se fait en souplesse. Nous affichons entre nous l’objectif de finir en moins de 35h. Nous apprenons que nous situons aux alentours de la 400è place, ce qui est conforme à cet objectif, si je me fie à mes repères de mes 2 UTMB terminés.

Autour du piton Textor, nous croisons et recroisons la route du Volcan et donc des supporters en nombre. Le temps est au beau, la lumière envahit le paysage. Les pentes ondulent doucement, nous proposant un terrain technique mais pas trop, ludique à souhait. Peu à peu l’ambiance minéral fait place à des champs ou paissent des vaches. C’est la Normandie !! Réunion terre de contrastes ! Je suis à ce moment un peu plus rapide que Cédric qui décroche lors descentes. Je l’attends régulièrement en récupérant. Je choisi le plus épais tapis herbeux pour tomber de tout mon long pendant que je téléphone à Alice pour caler notre rendez-vous de Cilaos. La même chute sur le volcan m’aurait arraché toute la peau.

Seules quelques portions boueuses présentent quelques obstacles à nos foulées. Nous débouchons sur une route goudronnée où Cédric me rejoint, ses meilleures qualités de coureurs lui permettent de prendre des relais plus longs, même si tous les deux nous nous entendons pour trouver cette portion de bitume moins agréable. Habituellement, ceci me conduit à perdre mon rythme, mu par un plaisir moindre. Heureusement, Cédric me motive et nous continuons à mener un rythme correct pour rejoindre le ravitaillement important de Mare à Boue.

Nous sommes 379èmes. Ce qui nous conforte dans notre stratégie. Elle est assurément la bonne compte tenu de nos qualités respectives. Nous faisons une pause efficace, car nous mangeons pas mal, sans perdre de temps. Nous repartons en aillant certainement doublé quelques concurrents, dont certains semblent déjà bien entamés sous leur couverture de survie. Nous nous attaquons à la dernière difficulté avant la mi-course et le point stratégique qu’est Cilaos : la montée au gîte du piton des neiges. La première moitié de cette montée se passe comme sur un nuage. Nous doublons encore et encore, malgré le terrain très gras … voire liquide. La perspective qui s’annonce d’une longue (1500m) descente technique me remplit d’allégresse. Je me sens euphorique, et j’ai l’imprudence de le proclamer à Cédric, dans une déclaration historique : « On avance super bien, je n’ai mal nulle part, on reprend des places sans arrêt, le parcours est sublime, je suis bien !!! ».
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