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 Jamais 2 sans 3... Ma 3ème diag de ouf / Yoz 2013

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Maxime
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MessageSujet: Re: Jamais 2 sans 3... Ma 3ème diag de ouf / Yoz 2013   Lun 25 Nov - 15:28

Bravo YOZ, A travers ton super CR j'ai pu revrivre encore une fois ce GR, Merci.

et jamais 3 sans 4 ? Wink 
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hocine
Soyez sympa, je suis un nouveau membre !!
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MessageSujet: Bravo Yoz    Lun 25 Nov - 3:11

Encore bravo pour ton parcours et ton beau récit, ma description m'a bien fait rire.
Hocine 'l'ange gardien parisien vomisseur' qui a apprécié la tisane 'ascenseur' sur la seconde partie du Taïbit.
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Yoz
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MessageSujet: Re: Jamais 2 sans 3... Ma 3ème diag de ouf / Yoz 2013   Mer 23 Oct - 8:37

@Cri a écrit:
  Yoz, très beau récit ! On arrive à revivre tes "sensations"...

Toutefois, tu me permettras une remarque ?

... Je t'ai surtout dis de penser au bonheur de tes proches, de ceux qui étaient venus te suivre et qui t'attendraient aux prochains ravitaillements... Wink   Non, sérieusement, je suis heureux que tu aies terminé ta course correctement Very Happy 

Bonne récup...

Cri - "l'ange gardien qui tombe à pic"
flower Génial !!!! Oui je me souviens !!!!! Merci merci Cri, tu fais un parti de ma Diag 2013 cheers 
Tu as pu finir comme tu voulais???
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Yoz
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MessageSujet: Re: Jamais 2 sans 3... Ma 3ème diag de ouf / Yoz 2013   Mer 23 Oct - 8:35

@Gino LEE SONG YIN a écrit:
Yooo Yoz ! Bravoooo !

Hé Gino! Tu te souviendras de moi maintenant? Smile 
On a discuté un peu au Maido, tu ne te rappelais plus m'avoir déjà vu en 2010 (Brigitte) lol
Bravo pour ta course cat 
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Cri
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MessageSujet: Re: Jamais 2 sans 3... Ma 3ème diag de ouf / Yoz 2013   Mer 23 Oct - 8:24

  Yoz, très beau récit ! On arrive à revivre tes "sensations"...

Toutefois, tu me permettras une remarque ?

... Je t'ai surtout dis de penser au bonheur de tes proches, de ceux qui étaient venus te suivre et qui t'attendraient aux prochains ravitaillements... Wink   Non, sérieusement, je suis heureux que tu aies terminé ta course correctement Very Happy 

Bonne récup...

Cri - "l'ange gardien qui tombe à pic"
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chrisfatboy
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MessageSujet: Re: Jamais 2 sans 3... Ma 3ème diag de ouf / Yoz 2013   Mer 23 Oct - 8:07

Très beau récit,   Yoz
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schuchu
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MessageSujet: Re: Jamais 2 sans 3... Ma 3ème diag de ouf / Yoz 2013   Mer 23 Oct - 7:12

Beau et juste ressenti, bravo
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Pier974
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MessageSujet: Re: Jamais 2 sans 3... Ma 3ème diag de ouf / Yoz 2013   Mer 23 Oct - 6:32

La mascareignes me semble tout d'un coup une simple balade à côté de ton GR. Crying or Very sad 
En tout cas merci pour ton récit et... Respect !
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titirun
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MessageSujet: Re: Jamais 2 sans 3... Ma 3ème diag de ouf / Yoz 2013   Mar 22 Oct - 22:22

Félicitations pour ta course et ton récit !   
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flavie
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MessageSujet: Re: Jamais 2 sans 3... Ma 3ème diag de ouf / Yoz 2013   Mar 22 Oct - 21:47

enfin un cr de femme !!! félicitations et bonne récup bien méritée !!!
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Gino LEE SONG YIN
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MessageSujet: Re: Jamais 2 sans 3... Ma 3ème diag de ouf / Yoz 2013   Mar 22 Oct - 21:44

Yooo Yoz ! Bravoooo !
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Bacchus
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MessageSujet: Re: Jamais 2 sans 3... Ma 3ème diag de ouf / Yoz 2013   Mar 22 Oct - 20:21

Bravo pour ta gestion de course, belle régularité
Merci pour ce sympathique compte rendu
Bacchus
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yableo
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MessageSujet: Re: Jamais 2 sans 3... Ma 3ème diag de ouf / Yoz 2013   Mar 22 Oct - 18:46

Très beau compte rendu, on s'y croirait !

Félicitations pour cette superbe performance. Bon, donc, plus jamais ! hein ? On y croit tous ... mouhahahahaha ! Wink Laughing 
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sengreve
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MessageSujet: Re: Jamais 2 sans 3... Ma 3ème diag de ouf / Yoz 2013   Mar 22 Oct - 18:33

Beau recit !! Merci
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Yoz
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MessageSujet: Jamais 2 sans 3... Ma 3ème diag de ouf / Yoz 2013   Mar 22 Oct - 18:15

DIAGONALE DES FOUS 2013



1. SAINT PIERRE-CILAOS:
1.
« Plus jamais » m'étais-je promis lors de mon Grand Raid 2010.
« Plus jamais ».
Et m'y revoilà.
M'y revoilà, assise sur le sol, la tête posée sur les bras, essayant de trouver un dernier moment de répis avant la folie. Il bruine, il fait nuit. La horde des raideurs est amassée dans l'enclos de départ sur le site de la Ravine Blanche à St Pierre. Les danseuses bougent sur la scène au son du maloya. On ressent la tension qui monte peu à peu parmi les fous attendant qu'on les libère enfin. Mon gsm bippe régulièrement au rythme des messages d'encouragement.

L'heure du départ approche. Les meilleurs sont placés devant, et tout le monde se relève en sentant que le moment de la délivrance, après de longs mois de préparation physique et mentale, arrive. L'énergie de cette foule impatiente est tellement inmaitrisable que les quelques barrières de sécurité sensées la retenir sont aussitôt enfoncées. « Les fous se sont libérés tous seuls, avant l'heure! » lance la voix dans le micro. On trottine les uns contre les autres jusqu'au sas de départ où on est à nouveau stoppés. On pourrait presque entendre les battements de cœur des uns et des autres tellement l'émotion est forte. Les milliers de spectateurs sont amassés de part et d'autre de la route et hurlent inlassablement des encouragements.

23h. C'est parti, enfin. Nous nous élançons tant bien que mal sur le boulevard du front de mer de St Pierre. La scène est inédite, irréelle, extraordinaire. Sur les 3 kilomètres du boulevard, la foule de supporters ininterrompue crie chante tape dans les mains hurle danse, des lumières des musiques des feux d'artifice dans tous les sens. « Allez les fous! » , « EXTRATERRESTRES! », « Tien bon, larg pa! », « Nou artrouv la Rédout »... On en prend plein les yeux et plein le cœur. C'est grandiose. Nos pas sont littéralement portés par la foule. Un sourire, que je ne peux contenir, me fend le visage jusqu'aux oreilles... Je ris malgré moi. C'est un truc de dingue.. …Les premiers kilomètres, imperceptibles, filent ainsi, et on s'élève déjà sur les premières hauteurs. Le rythme est rapide et il fait déjà chaud.
Ça monte régulièrement. Il faut tenir bon, pas trop vite, la route est longue.

MontVert les Hauts, un haie d'honneur hurlante, digne des premiers du Tour de France, nous attend et nous tape dans la main, nous appelant chacun par notre prénom. J'ai l'impression d'être la championne que tout le monde attend!!!!

Après quelques kilomètres de route, nous voici dans les champs de cannes, terrains privés fermés aux reconnaissances avant le grand raid. La boue colle sous les chaussures qui pèsent alors à chaque pas de course. Devant et derrière nous s'étale le long serpent scintillant des frontales.
Au milieu de nulle part, nous sommes fréquemment surpris par des veilleurs festifs qui ont planté la tente et allumé un grand feu afin d'encourager en chantant chacun des 2000 grands raideurs. Percus, kayambs, chants, danses... et ni le froid ni la nuit ne saurait les arrêter!

Ça va toujours vite, j'espère qu'il aura bientôt quelques ralentissements à l'entrée de la forêt de Domaine Vidot. Le sentier est assez facile, quelques marches, quelques racines, de la terre assez souple. Et puis peu à peu, il devient plus étroit, plus escarpé, plus glissant. Et les bouchons apparaissent. J'apprends alors que je suis dans les 500 premiers environ, j'ai du partir trop vite... Ça me permet au moins de bénéficier des ralentissements de quelques minutes et non pas des longs arrêts forcés (¾ d'heure pour certains sur la fin du peloton..).

Je ne m'arrête quasiment pas aux premiers ravitaillements. Juste le pointage obligatoire, un verre de coca dans notre gobelet pliable (!) et c'est reparti. Notre Dame de la Paix est atteinte. On marche sur la route quelques kilomètres. Le clair de lune intense me permet même d'éteindre ma frontale sur cette portion. Le ciel constellé d'étoiles est bleu marine. C'est beau, il fait bon. On aperçoit bien plus bas les lumières de la ville.
Après avoir récupéré un chemin à nouveau assez roulant, et bénéficié d'un collègue fou émettant du reggae depuis son kamel back (ça motive!) nous voici arrivé à piton Textor pour le lever du jour. Quelques bouts de pain/jambon, coca. A partir de là, je connais l'itinéraire qui suit. Et ça descend! C'est reparti.

Direction, Mare à Boue et la plaine des Cafres. Je trottine, je me sens bien. Il faut, ça n'est que le début. Les vaches nous dévisagent lorsque nous passons, perturbant leur tranquillité habituelle. Au niveau de la RN3, je partage un bout de chemin avec une raideuse qui fait là son 1er grand raid, après une Mascareigne en 2011 et un Trail de Bourbon en 2012. Elle est hôtesse de l'air et est tombée amoureuse de la Réunion. Elle a l'air en forme, ça me motive et on marche d'un bon pas. Mare à Boue: pâtes chaudes et poulet grillé, on nous apprend que Kilian Jornet est blessé et que ce n'est pas lui qui est en tête.
Et c'est reparti direction Kerveguen et le souvenir du calvaire que j'y avais vécu en 2009. Là où j'avais cru devoir abandonner.

Ma collègue part devant et je me cale en mode « ti pa ti pa ». on me dépasse très régulièrement mais peu importe. Tant que j'avance. La montée est fidèle à mon souvenir: affreuse et interminable. Plusieurs raideurs surpris par la dureté et la longueur de ce passage sont immobilisés sur le côté. Je suis moi même, malgré ma lenteur, forcée de m'arrêter à plusieurs reprises. Passage d'échelles, rochers, boue, racines. Il faut bien calculer où on pose le pied, et lever haut les jambes au prix d'importants efforts supplémentaires. La route est encore tellement longue et ça fait déjà si mal. J'en viens à espérer me faire une blessure, rien qu'une petite entorse! Pour avoir une raison « valable » de rendre mon dossard... …
Je parviens malgré tout jusqu'au poste de la croix rouge et c'est bientôt la descente raide vers Cilaos qui s'annonce. Seulement 2Km d'échelles et de sentier étroit et dangereux, pour 400m de dénivelé négatif! Un mur. Ça paraît à nouveau interminable, et c'est raide! Et le vide juste à côté de ce sentier tellement étroit! Je me demande alors comment l'organisation du Grand Raid a pu accepter de nous faire passer par un tel endroit et surtout, comment il n'y a pas plus d'accidents! Et tout à mes pensées, me voilà justement qui glisse et chute. Le raideur juste derrière moi se précipite et me rattrape par le bras! Ouf, merci !Me voici toute tremblante de fatigue et d'émotion..
On poursuit notre descente, les articulations souffrent. Mais voici mare à Joseph et le dernier petit ravitaillement avant Cilaos. Je ne m'arrête pas, on descend un peu puis remonte direction le 1er gros poste et les kinés bienfaiteurs.

Entrée et pointage à Cilaos vers 13h. Ca fait plus de 14h que nous sommes partis. Je file à la douche (froide) bienfaitrice, puis rejoins les kinés pour donner une deuxième vie à mes cuisses déjà bien atteintes. Ensuite pâtes chaudes et poulet habituels, et on repart sans perdre trop de temps tant qu'il fait jour!


2. CILAOS-MAIDO:

Une collègue raideuse me tape la causette tout en descendant vers la cascade bras rouge. Elle m'explique qu'elle est sponsorisée, qu'elle a déjà fini 3ème féminine au Grand Raid, et patati et patata...l'avantage au moins, c'est que le temps passe plus vite, et il faut déjà remonter vers la route du Taibit. Revoilà le fameux sentier dangereux, avec ses passages entonnoirs avec 30m d'éboulis en dessous. Ouf, personne au fond à priori! Je finis la montée avec un nouveau compagnon de route qui peine comme moi lorsque la pente devient raide. Il s'arrêtera s'allonger un peu au prochain poste.
Pour moi, on enchaine avec le sentier difficile qui s'élève vers le col du Taïbit. Et on change de compagnon de route (d'ange gardien?) .Cette fois ci, un parisien qui veillera sur moi et m'aidera à avancer jusqu'au sommet. Il me raconte qu'il vient de traverser un mauvais moment car vomissait tout ce qu'il avalait. Il est d'ailleurs couvert de sa polaire et de son coupe vent alors que nous sommes tous en T-shirt. « Avec mon ami, nous t'avons observé marcher tout à l'heure. Tu es d'une régularité exceptionnelle! C'est la qualité la plus importante et c'est comme ça que nous devrions tous faire! On se disait que tu avais l'air faite pour ça! » .. Ah bon...? Merci ! Pourtant, quand on commence à souffrit et à douter, on se dit que PERSONNE n'est fait pour ça. Et c'est ce qui commence à m'arriver... Douter... Avoir mal...Ressentir la fatigue physique et mentale. Et pourtant, on n'est pas très loin du départ. Heureusement, l'arrêt à l'ilet les Trois Salazes, les rastas, leur musique et leur tisane « ascenseur » au géranium me font du bien. Même mon collègue « vomisseur » parvient à boire la sienne.

Deuxième partie du sentier jusqu'au col TRES rude pour moi. Beaucoup d'arrêts malgré ma lenteur de base. Un homme très pâle n'a pas l'air bien au bord du sentier. « Ca va??? » , « Non, je n'en peux plus du tout, suis vidé, épuisé,... » Pas d'autres choix que de monter jusqu'en haut cependant. Il faut tenir jusqu'à Marla maintenant.
Col du Taibit, enfin. Et on replonge vers Marla, presque 18h30, la nuit arrive, et il nous faut ressortir les frontales. Nous sommes accueillis dans l'ilet tels des héros.
Je vais voir François, médecin du poste et ami, qui m'a amené mon sac de couchage, car je sais qu'il va faire froid. Il bruine à nouveau. Des dizaines de raideurs sont amassés à même le sol sur une grande bâche, recroquevillés sous leur couverture de survie, trempés et grelottant. La musique résonne. Odeurs de saucisses grillées dans l'air. Je mange un bout puis part m'allonger sur la varangue couverte du gite au dessus. Je parviens à dormir près d'une heure sur ma couverture de survie, en boule dans mon sac de couchage, ayant enfilé toutes les couches de vêtements que je possède. Une forte conversation en créole à quelques mètres de moi me réveille en sursaut. « Hé les gars, chuuuut, je peux pas dormir!! » Les 2 raideurs s'excusent et se mettent à chuchoter. De toutes façons, c'est déjà l'heure que je reparte. Mes 2 voisins ont trouvé un bout de carton et essaient de se blottir dessus. Je leur laisse mon duvet, leur demandant de le rendre au poste médical en partant. Les voici tous deux assis côte à côte sur leur carton, en boule sous mon sac de couchage. « Merci! Et courage! ».

Je repars dans la nuit mafataise, mais m'aperçois rapidement que j'ai le bas du dos complètement trempé. Mon kamel back est mal fermé? Je m'arrête comprendre ce qui se passe, à la frontale je vide mon sac. Oh non!!!! Ma poche à eau est percée !!!! !!!! !!! L'eau fuit partout! Demi tour, je vais demander un bout de sparadrap au poste médical pour essayer de colmater le trou (sans grande efficacité) et surtout je m'arrange pour ne remplir ma poche à eau qu'aux 2/3 afin de ne pas atteindre le trou. Il va falloir bien gérer mes réserves d'eau maintenant. La poisse.. Au pire, je jetterai la poche à eau et trouverai une bouteille en plastique. Galère mais efficace.

Je craignais de me retrouver seule en pleine nuit sur les sentiers mafatais (hallucinations effrayantes de 2009) et je suis soulagée de voir que nous sommes toute une troupe à progresser ensemble. Mes 50 minutes de sommeil profond m'ont fait du bien et la montée vers la plaine des Tamarins passe assez facilement. Il y a là, parsemées, des grappes de raideurs enveloppés dans leur couverture de survie dorée. Patates à la braise ou papillotes de chocolat de noël. Ils doivent avoir froid.

Remontée vers le col des Boeufs, où un vent violent nous transit de froid. « C'est à cause de ce couloir de vent que l'hélico s'est écrasé! » me raconte mon compagnon du moment. « Les mafatais ont été bien embêtés de ne plus avoir leur pilote... Heureusement, le fils a repris la suite.. » et il me raconte alors qu'il connait un gramoun qui livrait dans le temps les ilets de Mafate avec ses 2 bœufs . « Les bœufs étaient capables de passer sur ces sentiers?? » suis je étonnée.

Descente vers la plaine des merles, dans le vent glacé. Je bois une soupe chaude et on repart déjà. Ne pas perdre de temps. Si on avance bien, on pourra débuter la gigantesque montée entre la Roche Ancrée et le Maido avant le jour et le soleil brulant. Je discute avec un nouvel accolite qui a lui aussi beaucoup souffert de troubles gastriques. Il arrive seulement à boire un peu de coca (c'est toujours ça!) mais tout le reste ressort aussitôt avalé. Courage, on va croiser les doigts pour que ça aille vite mieux.

Nous voici sur le sentier scout que je ne connais que de nom. Waw. Sentier étroit à flan de falaise avec un grand précipice sur la droite, assez roulant car plat cependant. Je repense au départ de la Mascareignes à ce niveau, où les raideurs impatients ont bien du se bousculer...!!! Il faut qu'on m'explique comment il n' y a pas des dizaines de gars là, tout en bas, au fond du trou..??? ??
Et soudain je lève les yeux, et.. vision irréelle, heroic fantasy? 4ème dimension? Nous nous avançons, à la lueur tremblante de nos frontales, sur une crête large de quelques mètres. Un gouffre sombre de part et d'autre. Et un courant de vent tiède s'engouffre dans ce couloir en vrombissant dans nos oreilles. « Il y a toujours beaucoup de vent ici! » me lance le raideur de devant. C'est complètement irréel, complètement magique, complètement exceptionnel. Et je suis là, moi, maintenant, vivant cet instant de toute sa force et de toute sa splendeur. Rien qu'en l'écrivant j'en ai les larmes au yeux. Émotion si intense et si précieuse. Quelle chance et quel privilège de pouvoir vivre une telle expérience en cette nuit de pleine lune.

Et nous voilà sur la descente abrupte, plongeant vers ilet à bourse. Nouveau compagnon de route et nouvelle discussion nocturne, cette fois-ci à propos de l'organisation du Grand Raid. Histoires de gros sous concernant la ville de départ. Et course de plus en plus élitiste car exigeant désormais une course qualificative pré inscription. Tout en parlant et écoutant, je me rend compte que je ne connais de mes compagnons de quelques heures que la voix, les mollets et le kamel back! On partage des moments tellement forts, se parle parfois de ressentis personnels, et on sera dans quelques jours incapables de se reconnaître en se croisant dans la rue! Certains me demandent mon numéro de dossard afin de pouvoir savoir après la course comment je m'en suis sortie.

Le son d'un djembé et des chants créoles résonnent en contrebas. Ilet à bourse? Non simplement un campement de supporters rasta au beau milieu de la forêt. La lueur et le crépitement du feu me réchauffent le cœur. En levant les yeux, j'admire le serpent des frontales qui remontent à plusieurs endroits des remparts du cirque. « Certains sont déjà presque au Maido! »; Le disque parfait de la pleine lune semble sourire pour tenter d'apaiser les douleurs physiques des fous. Comme je suis émue et heureuse d'être là , maintenant, au milieu de ce cadre parfait, au sein intime de cette ile tant aimée, résonnant des rires créoles et des chants de maloya à la lueur d'un feu de joie.

Passage vertigineux, un par un, sur une passerelle rouillée vacillante au dessus d'un précipice, et nous voilà remontant vers ce fichu ilet à Bourse qui n'arrive jamais. Je commence à avoir mal au ventre. Et la fatigue qui me rattrape. Enfin on atteint l'ilet, où je ne m'arrête que très peu, le temps de sortir un caillou de ma chaussures et de remettre un peu d'eau dans mon sac. Beaucoup de personnes en papillote endormies ici les une contre les autres

Je repars vers Grand Place, dernier pointage avant la terrible épreuve de la double remontée vers le Maido. La poussière des sentiers est rentrée partout. Dans mes yeux, dans mon nez, dans ma gorge. Je pensais que ça descendrait, et c'est en fait une montée infernale qui nous attend, alors même que LA montée n'est pas encore entamée. Ça promet. Et mon ventre qui ne semble pas d'accord commence à me poser problème.

Grand Place école. Et des papillotes de dormeurs en-veux-tu en-voilà. Et des vomisseurs. décidément en nombres impressionnant cette année. Je demande « un verre » de coquillettes chaudes pour tenter de me redonner quelques forces. J'en mange une cuillerée et là.... Non... Ça ne passe pas, mais alors pas du tout... Qu'est ce qui m'arrive? Je ne peux pas manger plus, ni même boire. Ça ne va pas... Je jette la fin du contenu de mon gobelet pliable, et je m'essaie à la micro sieste de 5 minutes. Gsm réglé pour sonner à 4h37 (il est 4h32). Je ferme les yeux et bip! Le réveil sonne. Ça alors. C'est surprenant.
On repart. Le bide en vrac mais on repart.

Nouvel ange gardien qui me rejoint alors que je suis assise au milieu d'une montée, retirant un nouveau caillou de ma chaussure. « Tu comptais aller te frotter toute seule à la terrible montée de la Roche Ancrée?? Pas question, viens avec moi, on y va ensemble, je t'attend». Merci, j'accroche son pas, et on avance plusieurs heures comme ça, approchant de la pire épreuve du parcours et du lever du jour. Je ne peux toujours rien manger, seules quelques gorgées d'eau passent et me permettent d'enlever la couche de poussière qui tapisse le fond de ma gorge.
Je glisse et tombe à plusieurs reprises lors de la descente avant la Roche Ancrée. La montée va être abominable et me donne des frissons de terreur dans le dos. Nous voilà au passage du gué, au point le plus bas, avec cette terrible étape qui se dresse devant nous. Continue tout seul compagnon, je vais reprendre mon rythme d'escargot. Et surtout, merci, merci. Bon courage. Larg pa tien bon.

Ti pa ti pa c'est reparti. Ne pas réfléchir, ne pas penser, avancer. Les premières lueurs du jour sont là et les auréoles des frontales s'estompent peu à peu autour de nous. C'est dur, je souffre, mais en regardant autour de moi, les autres n'ont pas l'air en bien meilleur point. La montée, verticale par endroit, nous obligeant à mettre les genoux et les mains au sol, n'en finit pas.
Ça y est il fait jour. Et Roche Plate approche, en même temps que la pente se fait plus clémente et que mon pas accélère. Je rejoins une raideuse qui, elle aussi, est confrontée à de gros ennuis gastriques. « Ils ont mis quelques choses dans l'eau cette année ou quoi? »  « Tout le monde est parti trop vite? ».
Roche Plate est atteinte! Le soleil commence déjà à bien chauffer, il n'est pas encore 8h. J'appelle Sandra qui doit me rejoindre au Maido, et Morgane qui s'inquiète de mes soucis d'alimentation. J'essaie de boire un peu de coca, de manger 2 biscuits salés... Ça ne fait pas lourd mais ça a l'air de passer... il faut repartir, ne pas trainer. Les remparts du Maido m'attendent, en plein soleil. Surtout ne pas y penser. Avancer.

Le manque de sommeil essaie de tirer mes paupières vers le bas mais je ne suis pas d'accord. Pas de sieste maintenant!!!! On monte, touuuuut doucement il me semble. Un raideur devant moi marche d'un très bon pas, mais il boite considérablement. « Ça va? » En fait il était dans les 50 premiers hier soir, et il s'est fait une grosse tendinite au genou. Il a rendu son dossard à Roche Plate, où il a dormi 5h avant de repartir pour sortir du cirque par ses propres moyens. Et il a tôt fait de disparaître de mon champ de vision tellement il progresse plus vite que moi!

Premier marquage 25% de la pente accompli, 1ere pause que je ne peux éviter. Mon cœur et mon souffle ne suivent plus. Mon ventre me lance des signaux de détresse. Ma tête s'interdit de penser. On m'attend là haut. Je repars, me faisant dépasser par des dizaines de coureurs, jamais très frais. Les temps sont durs, nous commençons à être tous bien usés, après près de 110 km de course et 2 nuits blanches.

3. MAIDO-HALTE LA:

MAIDO!!!! !!!!! Beaucoup de monde et d'ambiance là haut! La terrible épreuve est accomplie, nous voici sortis de Mafate! Sandra, Siloë et Sam sont là, bienveillants et bienfaiteurs. J'essaie de manger 2-3 toasts au ravito, un gobelet de coca. Sandra a préparé du café à ma demande. Mais une seule gorgée me fait comprendre que ça ne passe pas. Le ravitaillement que je transporte dans mon sac n'a pas bougé, je n'arrive pas à manger. Seule l'ananas victoria que mes amis ont apporté me fait beaucoup de bien. On discute un peu, je suis heureuse mais me sens faible. Sandra me trouve assez pâle, ça ne m'étonne pas , je ne suis pas au top de ma forme! Patricia essaie de nous joindre sur le gsm, elle m'attend au ti col 1500m plus haut!!! Descend, on t attend, ça fait 2 fois qu'on se sera loupée sinon (elle était à St Pierre alors que j'étais déjà entrée/bloquée dans l'enclos de départ) Finalement, juste le temps de s'embrasser et de s'échanger quelques mots et je repars, après..1h30 d'arrêt sur ce poste!!! L'avance que j'avais sur les chronos prévus n'est finalement plus aussi grande...

Longue descente vers Ilet Alcide et Sans Soucis. Je vais enfin pouvoir courir je me dis. Courir? Tu parles. J'essaie de m'élancer quelques pas, et ni les jambes, ni la tête ne suivent. Je me sens mal, je me sens faible, je me sens à bout, je me sens finie. J'ai sommeil mais je ne veux pas dormir, j'ai faim mais je ne peux pas manger. On me dépasse. Je me motive, « le plus dur est passé! » oui, le plus dur est passé, il ne reste plus que 55km.. … … Mon visage se crispe, je ne vais pas tarder à fondre en larmes...NE PAS REFLECHIR! Avancer. Comme très bien dit dans l'un des nombreux sms qui me permettent de tenir bon «  mental mental mental, avance et ça va passer ». C'est exactement ça. Avance, et ça va passer. Facile à dire, difficile à croire, même si j'ai déjà vécu ça. Et comment je sais, moi, que ça va VRAIMENT passer? On peut bien être réellement épuisé et à bout non? Ça existe ça? Comment on fait la différence?
Ouf, nouvel ange gardien, il tombe à point celui-là. Il marche assez vite mais souffre de la voute plantaire à droite. Le médecin de Roche Plate lui a parlé d'une inflammation. Il boite un peu, mais il veut y croire. Il me parle, me motive, m'encourage. Tu vas voir, tout à l'heure, tu vas me dépasser en courant! « Ça, je n'y crois vraiment pas.. »je lui répond. « Garde confiance, et ne t'arrête pas! Tu verras! », «  Et aussi, pense aux blessés, comme moi! Continue ta course pour eux.. »
Tout d'un coup, j'aperçois une cabane sur la gauche au bout du sentier « Ilet Alcide!!!! » je m'écrie toute joyeuse. « Quoi??? » me demande mon collègue de marche.
_« Euuuuuuhhhhhh........ …... j'ai cru voir une cabane, mais il s'agit en fait d'une grosse fougère avec des branches qui dépassent sur le sentier.. C'est mon cerveau fatigué qui fait des associations d'images. Par exemple je vois des hiboux dans les troncs des arbres, des enfants et des chiens dans les cailloux et les plantes du bord du chemin.... »
_ « Ah bon? Non moi ça ne me fait pas ça... »
Et le 3eme larron, un grand raideur qui marche juste derrière moi, de répondre:
_ « Moi aussi je l'ai vu la cabane! »
Ahahaha je ne suis pas complétement anormale, tu vois, lui aussi il voit des choses partout!!! Et finalement, en discutant de nos « bugs cérébraux », l'ange gardien me raconte qu'il s'est fait attaquer par des cailloux sur le sentier la veille (!!!) et que deux de ses amis qui courraient à ses côtés se sont dédoublés !!!! Pour moi pas d'hallucinations pour le moment, on verra bien la 3ème nuit.
Enfin, le « vrai » Ilet Alcide est atteint. Je stoppe, en me disant que je ne peux plus continuer comme ça, quelque chose ne tourne pas rond.
Sommeil? Dormir.
Bide? Manger.
« Pourriez-vous me réveiller dans 10 minutes? » je demande aux bénévoles de ce pseudo poste-pointage. « Oui, bien sur! Allonge a ou dans la tente, ou sera mieux! »
Je m'allonge, je ferme les yeux, on me réveille, c'est l'heure. Ça sent bon, une marmite de carry est entrain de chauffer sur un bon feu de bois. « Il faut que je mange », je me force à prendre un biscuit, une barre de céréales. Ça a l'air de passer.
« Merci! » , je repars. Bip bip bip, nouveaux messages, les copines m'attendent à Sans Soucis. Ça commence à aller un peu mieux, micro sieste réparatrice. Je...non.. si, je trottine sur le sentier poussiéreux, au milieu des cultures de géranium. Sans Soucis, j'arrive!

Musiques et clameurs me parviennent d'en bas. Je double quelques raideurs, je rejoins la route, je ne trottine plus, je cours. Et juste avant d'arriver à Sans Soucis, je double en courant l'ange gardien à la voute plantaire inflammée. «  Tu as vu, tu avais raison, je te double en courant!!!! !!!! Merci pour ton soutien! ».

Morgane, Fleur et Julie (finisheuse rayonnante de la Mascareigne) sont là. Quelle assistance de choc!!!! Fleur m'étire les quadriceps, Morgane me masse le dos, Julie court (malgré les douleurs de sa course de la veille) me chercher crêpes (et oui quand l'appétit va, tout va), remplir ma poche à eau percée,... On rigole bien, elles me motivent, je me sens à nouveau pleine d'énergie et de volonté. «Hé les filles, vous me promettez de m'empêcher de refaire un truc pareil un jour hein? Il faut m'empêcher, c'est trop dur, ça fait trop mal...! » Et ça, ça les fait rire!
Allez, c'est reparti!!!! !!!

Descente rapide, pleine d'une nouvelle vigueur, vers La Rivière des Galets et le stade de Halte là, 2ème gros poste après Cilaos.


4.HALTE LA-LA REDOUTE:

Je m'y arrête me faire masser, changer de chaussettes et mettre le T-shirt officiel de la course pour la dernière portion. Carole est là, médecin responsable du poste de Halte là. Elle me donne de ses nouvelles, prend des miennes. Tout va bien. La nuit ne va pas tarder à tomber. Dernière nuit, on peut encore arriver avant le lever du jour.
Après le rougail-saucisse/cary poulet traditionnel du dernier poste, je prépare ma frontale et m'élance sur le chemin. Plus qu'une bonne dizaine d'heures à tenir.

Je suis en forme, on avale rapidement les 300m de dénivelé positif du sentier qui mène à Dos d'Âne. Le métropolitain devant moi n'arrête pas de parler technique, de son UTMB, de son matériel, de sa vitesse ascensionnelle,... « Quel est notre vitesse actuelle sur ce dénivelé? »
« Euuuuuh, je n'ai pas pris de montre, je n'ai aucune idée de l'heure qu'il est! » Et en plus, je m'en fous pas mal de ma vitesse ascensionnelle et de ton UTMB... bon ok, c'est pas gentil, mais quand même quoi.

Dos d'Âne, puis chemin ratineau ambiance sega/maloya au milieu des pieds de bananes. Une femme au bord du chemin me donne de son eau pour remplir mon kamel back percé. Merci!!!

Nous voici à présent sur le sentier de la Kalla, tout poussiéreux et glissant à souhait. Heureusement que les racines et les branches nous permettent de nous agripper à quelque chose. « Je voudrai bien voir le doyen du grand raid 2013, 77 ans, passer sur ce sentier!!! ça doit être quelque chose! ». Et vas y qu'un énorme rocher se dresse en plein milieu, et vas y qu'un toboggan de poussière plonge quelques mètres plus bas, et vas y que d'irrégulières marches de géant finissent d'achever nos muscles implosés...
On remonte aussi sec de l'autre côté de la ravine. La grotte de la Kalla!! Je voulais tenir jusque là, en hommage à ma chienne Kalla qui m'a accompagnée si souvent au cours de mes entrainements en montagne, et qui est morte brutalement d'un lymphome il y a quelques mois... Je sais, c'est ridicule, mais on s'accroche à ce qu'on peut!
Descente vers la Possession, je suis toujours bien, sereine, et j'accroche même des traileurs de Bourbon qui ont rejoint notre chemin. On approche de la dernière étape et du chemin des Anglais. Patricia est à la Possession, m'encourage à nouveau. Arrêt 5 minutes et je repars. Direction..le Colorado!!!! !!!!!!

Chemin des Anglais, que je n'ai encore jamais fait de nuit.. Un calvaire. Le manque de sommeil me rattrape. Je marche telle un automate, la lumière tremblante de ma frontale sur le ruban ininterrompu des gros galets sombres. Ça martèle les pieds. Aie. Je vacille à plusieurs reprises et me rattrape de justesse. Je me surprend à rêver éveillée. Je ne différencie plus ce qui est réél de ce qui ne l'est pas. Les galets sont devenus des sacs à mains surmontés d'une fermeture éclair. Ou parfois des coussins, que je trouve un peu trop ferme à mon goût. Soudain, je panique en me demandant si je progresse vraiment ou si je rêve que j'avance. (Vous savez comme quand on rêve qu'on se lève et qu'on se prépare lorsqu'on est dans son lit, et que tout est à refaire!).
Est ce que je m'arrête faire une nouvelle microsieste de 5 minutes, non, c'est trop bête, l'arrivée est proche. Avance. Comment lutter contre le sommeil? L'eau froide sur le visage n'y fait rien. J'essaie de chanter. Rien. La douleur je me dis, alors je me pince la joue le plus fort que je peux. Rien n'y fait. Il faut que je dorme.
Ceux qui vont me sauver sont 2 raideurs, grâce à ce qui s'apparente à une discussion d'alcooliques. Le premier raideur est l'unique personne a avoir participé sans exception à la totalité des éditions du Grand Raid et de ses précédentes versions (marche des cimes et autres). Chapeau. Mais il pense à arrêter (enfin comme tout le monde pendant la course!) car c'est trop usant.
La deuxième est une femme d'une quarantaine d'années avec qui nous allons presque jusqu'à l'arrivée. Pour se tenir éveillées (elle est dans le même état de fatigue avancée que moi) on se raconte tout et n'importe quoi. Et je ne comprend pas la moitié de ce qu'elle me dit. Sa frontale n'éclaire presque plus car son compagnon a oublié la caisse d'assistance avec les piles de rechange lors de leur point de rencontre précédent!

L'itinéraire a changé cette année, et on ne nous impose plus la montée vers la Fenêtre suivie de la portion jusqu'au Colorado.

Je me dis que si je parviens jusqu'au Colorado, l'excitation de l'arrivée toute proche chassera le besoin de sommeil.
C'est ce qui se produit. Je revis. Les lumières de Saint Denis sont là, juste en bas, accessibles. Ça glisse mais on ne traine pas, grands raideurs et traileurs de bourbons, T-shirts rouges et t-shirts bleus mélangés. Morgane est sur la route, elle arrive.
Le pont, la route, les voitures, les gens, le stade... Je cours, bien dans ma tête et dans mes chaussures. Heureuse.

54h24 ! Dernier pointage, il est un peu moins de 5h30, le jour se lève à peine. Morgane est là, tout sourire. Tous ces anges gardiens, rien que pour moi. Tout ce bonheur et toute cette intensité, cette force de vie... Quel privilège et quelle chance de pouvoir vivre ça encore une fois. Toutes les belles valeurs de l'humanité sont là: la beauté, le courage, l'Amour, l'amitié, la passion, l'entraide, la solidarité, le respect, et le dépassement de soi...


LES ENCOURAGEMENTS :

Et en bonus, quelques un des 135 sms d'encouragement reçus durant la course:

« Et hop et hop et hop! »
« L'heure approche!! Bonne chance a ou! Meme nous le stress monte. Suis à St Pierre, c'est dingue le monde »
« Allez allez Brigitte. J'étais à Terre Sainte mais trop de monde. J'ai cru te voir passer. Mental, mental, avance et ça va passer! »
« Tu es trop forte, tu as 1h30 d'avance sur tes prévisions »
« Bravo! Beti ainzina eta kaxu egin! »
« C'est bientôt l'heure du rougail saucisses!!! Alleeeez!!! »
« C'est bien!! Tu vas même dépasser Kilian il boite!!! Gooooo ninja »
« Ca va poulette? Ca pique pas trop? »
« Grosse patate! 3X plus vite que de nuit il y a 3 ans cette cascade bras rouge!! »
suivi rapidement de:
« (Tu as la grosse patate ça veut dire) »
Et en arrivant sur Cilaos:
« Prends moi des lentilles au passage!!!! »
« Merde le pointage plante j'espère que ça va »
« Vive ma soeur!! Ca c'est ma soeur à moi ça. Elle est très forte. Ouais. Je sais. »
« Super course tu es 17eme feminine c'est excellent. Les premières sont en haut maido. Courage et tout dans le mental. Pense à ces moches de requin qui bouffent nos potes et empechent de surfer! Bonne nuit fais attention à toi. »
« Comme on dit dans le Jura: ça caille pas chaud!! J'espère que tu tiens le coup. Que la force soit avec toi pour cette nuit à venir»
« Allez Brigitte...!!! François d'Haenne vient de franchir la ligne d'arrivée. Kilian est blessé et a attendu Emelie dans la descente du Maido, ils sont 17emes et viennent de passer à Halte là! COURAGE COURAGE COURAGE..!!!Je pense fort à toi! Bisous »
«C'est la pleine lune! Regarde! Les fous et les bretons peuvent la voir en même temps!!!! »
« Tu as réussi à boire, manger? »
« Bravo! La vache! »
« Allez ma Bribri cé dur mais souviens toi chaque pas te rapproche de l'arrivée! Courage! »
« Alleeeeee alleee pleure pas!! Et fonce tas tout tué resté plus que deux petites montagnes!!!! »
« Miss!! Je suis a l ecole de la possession mi attend a ou! »
« Alle allez allez encore encore encore encore. T'as peut etre déjà allumé ta frontale a l heure que il est. C'est la vraie vraie dernière ligne droite. La nuit tombe et tu arrives CETTE nuit! Tiens bien le rythme.T'es forte, lache pas.Fière fière de toi! »
« Tchimbé raid, pa moli! »
« Fossss ma fi!!! »
« Ziva gittebri! »
« Allez c'est la fin de la fin là. Bientôt les lumières de l'arrivée. Je sais que tu vas finir haut la main. Je pense bien fort à toi. Fonce! »
« C'est bon tu peux arriver, je suis à la Redoute. Youhouu!! »
« Bravo, génial, exceptionnel, sensationnel, FELICITATIONS!!! »



Merci !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
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Jamais 2 sans 3... Ma 3ème diag de ouf / Yoz 2013
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